L’édito d’Arnaud Benedetti avec notre partenaire Radio Orient

C’est un moment singulier que le pays traverse. Après un avant-goût de sortie de crise, le voici replongeant dans l’incertitude, et ce au cœur d’un été dont on espérait qu’il apporte a minima un répit.

Le variant Delta vient assombrir inévitablement l’horizon, contraignant l’exécutif à adopter des mesures qui  constituent, nonobstant le discours lénifiant des autorités, un dispositif qui sur le fond bouscule les principes fondamentaux qui régissent nos libertés publiques. On s’étonnera au demeurant qu’un amendement présenté à l’Assemblée posant une borne temporelle de principe à ce dispositif d’exception soit resté lettre morte, ce qui n’augure rien de fondamentalement rassurant sur les suites à venir.  
 
Les pouvoirs publics n’ont plus le droit à l’erreur, tant ils ont alterné depuis le début de cette crise des réponses chaotiques, une communication contradictoire, des ordres et des contre-ordres. Sans doute à leur décharge ne sont-ils pas les seuls confrontés à une épidémie inattendue à avoir oscillé au fil des événements. Mais sans doute aussi ont-ils contaminé par leur expression publique tour à tour dramatique, parfois excessivement sûre d’elle et péremptoire, souvent paradoxale et excessivement bureaucratique, du germe de bien des scepticismes le capital de crédit dont l’Etat en France est investi lorsque sa fonction protectrice et  sanitaire est en jeu.
 
Le modèle français, c’est un fait, en aura pris un coup. L’orgueil aura miné cette gestion de crise qui aura oublié que l’humilité est parfois un bien meilleur allié pour le pouvoir que le phrasé de la certitude. Tout repose désormais sur la solidité de la couverture vaccinale et ce qu’il faut bien appeler un durcissement du contrôle social dont on ne dira jamais assez qu’il enclenche un processus très aventureux.
 
A ce stade, l’opinion dont on surévalue certainement le consentement à cette stratégie paraîtrait néanmoins et pour l’instant prête à accepter cet ultime sacrifice. C’est au fond le mantra de « la der des ders » que nous vend le gouvernement, alors que les manifestations auxquelles donnent lieu ce pass sanitaire ne sont pas sans rappeler celles des Gilets jaunes, aussi hors les murs des corps intermédiaires que porteuses d’une mobilisation véloce et imprévisible.
 
Quoi qu’il en soit, après cela, si la situation ne parvenait pas à s’améliorer durablement, il n’y aurait plus de joker et d’après pour un exécutif dont la fin de mandat incertaine conduit à s’interroger si à défaut d’éteindre rapidement la flambée épidémique il puisse encore concourir à un droit de suite. L’écho des propos d’Emmanuel Macron voici plusieurs mois indiquant que des circonstances singulières pourraient l’empêcher trouvent ici tout leur sens.
 
Rédacteur en chef de La Revue Politique et Parlementaire
Professeur associé à l’Université Paris Sorbonne