Les résidences services : des lieux de vie nouvelle génération

Habitat intermédiaire entre le domicile historique et la maison de retraite traditionnelle, les résidences services offrent aux seniors, désireux de continuer à vivre pleinement et librement, un cadre sécurisé, une aide et un accompagnement, de nombreux services ainsi qu’une vie sociale. Elles concourent à prolonger l’autonomie et à prévenir la dépendance des personnes âgées. Rencontre avec Philippe Nicolet, président du Groupe Réside Etudes.

Revue Politique et Parlementaire – Qu’est ce qui caractérise les résidences services pour seniors dans l’offre d’hébergement des personnes âgées ?

Philippe Nicolet – La majorité des personnes âgées souhaitent rester vivre chez elles le plus longtemps possible. Mais lorsque le domicile devient une source d’insécurité, un lieu d’isolement et de solitude d’autres solutions doivent être envisagées. La perte d’autonomie, la grande dépendance ou les pathologies telles que la maladie d’Alzheimer nécessitent une entrée en Ehpad. Les résidences autonomie (ex-logements foyers) accueillent, quant à elles, des seniors autonomes qui ont peu de besoins en soins médicaux, mais qui veulent vivre dans un environnement sécurisé. Puis, il y a les résidences services seniors, telles que les Girandières, qui offrent à des personnes âgées autonomes ou semi-autonomes un cadre sécurisé, une aide et un accompagnement dans l’accomplissement de certaines tâches, de nombreux services ainsi qu’une vie sociale. Outre l’aspect rassurant pour le senior et sa famille, ce type d’hébergement est moins onéreux et plus efficace que le maintien à domicile puisqu’il évite la gestion de personnels ou d’organismes divers et permet une mutualisation des services. Contrairement aux Ehpad, la personne âgée dispose d’un appartement avec une cuisine, une salle de bains et une ou plusieurs pièces. Les résidents jouissent d’une liberté totale. Par exemple, Les Girandières possédant toutes un restaurant, le locataire a la possibilité soit d’utiliser sa propre cuisine, soit de prendre ses repas dans le restaurant de la résidence, soit de se faire livrer des plats de l’extérieur. Ainsi la personne âgée n’est pas astreinte à la vie d’une collectivité. C’est elle qui gère les services dont elle souhaite disposer et non les services qui la gèrent.

RPP – Quel est le profil des occupants des résidences services seniors ?

Philippe Nicolet – Ce sont à hauteur de 80 % des femmes et 20 % des hommes, âgés d’environ 80 ans. Ils aspirent à conserver leur autonomie grâce à un peu d’assistance et recherchent une vie sociale.

RPP – On reproche parfois aux résidences services pour seniors d’être réservées aux plus aisés. Qu’en est-il ?

Philippe Nicolet – Les résidences services s’adressent à un spectre assez large et ne sont pas réservées aux plus riches. Par exemple, il y a de nombreuses résidences dans des villes de campagne occupées par des personnes issues de la ruralité. Or, hormis dans le Bordelais et en Bourgogne, il est connu que les paysans ne sont pas ceux qui ont les revenus les plus élevés. Par ailleurs, les résidents peuvent bénéficier d’aides telles que l’allocation personnalisée d’autonomie et l’allocation logement s’ils sont éligibles ou encore la déduction fiscale pour services à la personne s’ils sont imposables.

RPP – On parle aujourd’hui de résidences services nouvelle génération, qu’entend-on par là ? 

Philippe Nicolet – Il y a effectivement deux générations de résidences services. La première génération, basée sur l’accession, est apparue dans les années 60-70. La personne âgée vendait son domicile historique pour en acheter un plus petit dans une résidence seniors afin de bénéficier des services qu’elle offrait. Cette formule a bien fonctionné au début. Mais, beaucoup d’ayants droit se sont retrouvés héritiers de logements qu’ils ne souhaitaient pas conserver mais qui étaient difficilement vendables à un prix optimum compte tenu du niveau des charges résultant des services spécifiques. C’est pourquoi, à partir des années 80, la production de nouvelles résidences a faibli.

Les résidences services nouvelle génération sont axées sur la location. Un investisseur, qui peut être un institutionnel ou un particulier, achète un ou des appartements en vue de se constituer un capital. La personne âgée loue un appartement, elle peut ainsi conserver son domicile historique pour le transmettre à ses enfants ou le louer. Nous avons donc d’un coté un investisseur intéressé par le rendement locatif et la solidité de l’investissement et de l’autre un locataire qui n’est plus dans l’obligation de liquider son patrimoine.

Par ailleurs, ce système offre une liberté supplémentaire à la personne âgée puisqu’elle peut essayer pendant quelques temps une résidence et résilier son bail en cas d’insatisfaction.

Enfin, les résidences nouvelle génération proposent, en général, davantage de services et d’assistance.

RPP – Quelles évolutions avez-vous constatées sur les dix dernières années et comment l’offre s’est-elle adaptée ?

Philippe Nicolet – Peu de résidences services seniors existaient il y a dix ans. Aujourd’hui, le nombre d’ouvertures augmente de façon relativement importante et cela va se poursuivre à l’avenir en raison du nombre croissant de personnes âgées.

La tendance actuelle est aux appartements plus grands. Il y a quelques années, l’offre se composait principalement de studios et de quelques deux et trois pièces. Dorénavant, nous allons majoritairement vers des deux pièces. On assiste également à une montée en gamme avec davantage de confort.

Depuis peu, ce secteur connaît une segmentation avec des produits traditionnels accessibles à tous et d’autres plus haut de gamme et donc plus cher. Nous avons une gamme de produits pour tous les goûts et toutes les bourses.

RPP – Le statut des résidences services a été précisé dans le cadre de la loi relative à l’adaptation de la société au vieillissement (ASV), notamment pour plus de transparence. Quelles conséquences cette évolution a t-elle dans l’écosystème des résidences pour seniors ?

Philippe Nicolet – Pour la première fois, le concept de résidences services seniors a été défini par la loi. C’est important.

Ces résidences ont donc aujourd’hui une existence juridique reconnue par les pouvoirs publics.

Ceci est rassurant pour les opérateurs, les investisseurs et les locataires.

Par ailleurs, les résidences services seniors dépendaient jusqu’à présent des directions régionales de l’économie, de la concurrence, du travail et de l’emploi (Direccte), c’est à dire de l’administration. Aujourd’hui, elles dépendent des conseils départementaux qui sont les pilotes sur leur territoire de la mise en œuvre de la loi ASV. Nous sommes donc passés d’un système d’agrément à un système d’autorisation délivrée par les conseils départementaux. Les critères de définition des résidences services seniors sont demeurés quasiment les mêmes, en revanche, nous sommes passés d’une gouvernance administrative et nationale à une gouvernance plus locale comme c’est le cas pour tous les établissements liés, de près ou de loin, au secteur médico-social.

RPP – Quel est l’intérêt pour une collectivité locale d’accueillir une résidence services pour seniors ?

Philippe Nicolet – Il y a un besoin évident en raison des évolutions démographiques. Ce besoin va d’ailleurs s’amplifier avec l’arrivée des baby-boomers et l’ensemble des territoires est concerné. Les maires et présidents de communautés de communes sont sensibles aux problèmes d’hébergement des personnes âgées. C’est également une préoccupation pour leurs administrés et leur famille. Les élus sont donc demandeurs de solutions et accueillent plutôt favorablement nos projets.

RPP – Comment intégrez-vous les nouvelles technologies dans vos résidences ?

Philippe Nicolet – Nous devons intégrer des technologies liées à la personne âgée, notamment pour qu’elle puisse nous appeler 24 h/24. Nous observons de près les technologies pour améliorer la traçabilité des interventions, l’éclairage de nuit, les détecteurs de chutes, par exemple. Nous avons implémenté un certain nombre de technologies et d’autres sont à l’étude.

RPP – Quels sont les axes stratégiques de votre groupe pour les années à venir ?

Philippe Nicolet – Je pense que les résidences services seniors occupent une place centrale pour répondre aux besoins des personnes âgées et de leurs proches. Les Ehpad se spécialisent de plus en plus dans la prise en charge médicalisée de la grande dépendance et leur croissance quantitative est limitée.

Nous souhaitons accompagner la transition démographique en proposant des solutions d’hébergement intermédiaire entre le logement historique et les Ehpad.

Nous aspirons ainsi à être l’un des opérateurs majeurs du secteur et une référence tant par la quantité que par la qualité des services offerts à nos résidents.

Cependant, le concept de résidences services seniors est encore trop peu connu par les personnes âgées et leurs familles. Beaucoup sont surpris que de telles structures existent et par la qualité et la quantité des services proposés. D’ici cinq à dix ans tout le monde saura probablement ce qu’est une résidence services pour seniors.

Philippe Nicolet
Président du Groupe Réside Etudes
Propos recueillis par Florence Delivertoux