Pour un développement des énergies renouvelables en phase avec les objectifs climatiques

Jean-Louis Bal, président du Syndicat des énergies renouvelables, dresse pour la Revue un bilan des énergies renouvelables en France et leur perspective de développement.

Revue Politique et Parlementaire – Pouvez-vous nous présenter votre Syndicat, ses objectifs, ses filières et ses adhérents ?

Jean-Louis Bal – Créé en 1993, le Syndicat des énergies renouvelables est l’organisation industrielle française des énergies renouvelables qui regroupe l’ensemble des secteurs. Au 1er septembre 2014, avec ses 380 adhérents, le Syndicat des énergies représente un chiffre d’affaires de 10 milliards d’euros et plus de 75 000 emplois dans le domaine des énergies renouvelables. Les deux tiers de ses membres sont composés de PME et d’ETI intervenant dans les différentes filières des énergies renouvelables : éolien, biomasse et biocarburants, biogaz, solaire photovoltaïque (SOLER), solaire thermique, solaire thermodynamique, hydroélectricité, énergies marines renouvelables, bois énergie domestique, géothermie et pompes à chaleur, biomasse (France Biomasse Énergie),

Sa vocation est de promouvoir les intérêts des industriels et des professionnels des énergies renouvelables auprès des pouvoirs publics, du Parlement et de toutes les instances en charge de l’énergie, de l’industrie, de l’emploi et de la recherche.

Pour mener à bien ses missions, le SER rencontre régulièrement et informe les ministres et leurs cabinets, les responsables de l’Administration, les services déconcentrés de l’État, les parlementaires, présidents de régions, les maires et les médias. Il suit également très activement la préparation des textes législatifs et réglementaires.

Il produit des analyses, des propositions et des initiatives qui prennent en compte l’intérêt de toutes nos filières. Les vingt permanents de notre organisation travaillent avec les adhérents du SER dans des commissions et des groupes de travail dédiés pour recueillir leurs attentes, concevoir avec eux des propositions fortes et apporter aux décideurs politiques et aux pouvoirs publics des idées et des projets à la fois nouveaux et solides, qui permettent de faire avancer nos secteurs. Le Plan de relance des énergies renouvelables que nous avons présenté à l’automne 2013, comme Les 30 mesures de simplification administrative proposées par le Syndicat des énergies renouvelables, présentées en septembre 2014 constituent des exemples de travaux menés avec toutes nos filières et tous nos adhérents.

Plusieurs colloques et conférences, notre colloque annuel, mais aussi nos colloques de filières, nous permettent également de porter nos propositions et d’échanger avec les décideurs. Alors que des chantiers stratégiques s’annoncent pour l’avenir, nous poursuivrons, toujours avec cette même détermination, nos travaux, pour défendre les intérêts de nos adhérents et des énergies renouvelables.

RPP – Pouvez-vous faire un état des lieux et nous indiquer les perspectives du développement des énergies renouvelables en France ?

Jean-Louis Bal – La production d’énergie renouvelable doit suivre une trajectoire déterminée par la Programmation pluriannuelle des investissements (PPI) prévue par l’arrêté du 15 décembre 2009. Pourtant, fin 2012, la France accusait un retard de 10 TWh par rapport à ce que prévoyait la PPI et cet écart tend à augmenter. Au rythme auquel se développent les énergies renouvelables, leur part pourrait s’élever à 17 % contre les 23 % sur lesquels notre pays s’est engagé devant ses partenaires européens, soit près d’un quart de moins de l’objectif.

Dès lors, atteindre l’objectif ne sera possible que si les différentes technologies renouvelables sont déployées à un rythme accéléré. Une politique de déploiement des énergies renouvelables s’impose qui devra comporter trois volets : la simplification des procédures, la diminution des charges et l’amélioration du financement des entreprises et des infrastructures.

La simplification des procédures, qu’elle soit administrative ou qu’elle relève des gestionnaires de réseaux, permet de lever les freins au développement des projets d’installations, sans amoindrir la préservation de l’environnement ni le respect des différentes servitudes. Une dynamique de simplification a déjà été initiée pour certaines de nos filières par la suppression de plusieurs démarches administratives devenues redondantes (dispositions de la loi Brottes concernant l’éolien terrestre et le raccordement) et l’expérimentation d’une autorisation unique pour l’éolien, la méthanisation, le biogaz et l’hydroélectricité.

Consultés lors de la définition de ces mesures législatives et réglementaires, nous nous félicitons de leur adoption qui traduit l’importance de simplifier un cadre réglementaire constitué d’un enchevêtrement de règles de droit commun et de règles sectorielles. Nous nous en félicitons d’autant plus que ces mesures récentes ont veillé à préserver la stabilité des filières économiques des énergies renouvelables. Ces dernières ont, en effet, connu de nombreux et fréquents changements de leur cadre économique et réglementaire, qui ont eu systématiquement pour conséquence de freiner considérablement le développement des projets pendant les nécessaires phases d’apprentissage. C’est la raison pour laquelle nous avons formulé en septembre dernier des propositions de simplification en privilégiant les mesures de nature à préserver la stabilité d’un secteur qui en manque depuis de nombreuses années.

RPP – Le projet de loi relatif à la transition énergétique pour la croissance verte fixe un objectif de 32 % d’énergies renouvelables dans notre consommation en 2030. Comment réagissez-vous ?

Jean-Louis Bal – Pour l’ensemble de nos adhérents, il s’agit d’une ambition raisonnée et responsable qui va permettre à chacune de nos filières de se développer et de pouvoir prétendre à être un acteur actif sur des marchés internationaux en pleine croissance dans le monde, comme l’a rappelé l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE) dans le rapport qu’elle a présenté à la fin du mois d’août dernier. Ce rapport confirme la montée en puissance des énergies renouvelables. En effet, la production mondiale d’électricité issue des renouvelables devrait augmenter de 45 % et atteindre près de 26 % de la production totale d’électricité dès 2020, contre 22 % en 2013. Par ailleurs, l’AIE observe que la compétitivité de l’ensemble des filières progresse de manière régulière.

Outre la possibilité de relancer la croissance économique dans notre pays qu’ouvre l’objectif EnR du PLTE, il va nous permettre de réduire notre facture énergétique qui s’élevait, en 2013, à près de 66 milliards d’euros, ce qui équivaut à plus de 3 % du produit intérieur brut.

Le développement des énergies renouvelables va également conduire notre pays vers un mix énergétique sobre en carbone, puisqu’il évitera l’importation d’énergies fossiles, fortement émettrices de CO2.

Les ambitions contenues dans le projet de loi ne pourront cependant être atteintes que si des outils efficaces sont mis en œuvre, et si les bénéfices d’un développement soutenu des énergies renouvelables sont bien compris par tous, gouvernement, élus et citoyens. Le SER a fait des propositions en matière d’évolution des mécanismes de soutien avec un calendrier adapté : propositions de simplification administrative, d’évolution de la fiscalité applicable, mise en œuvre du plan industriel, etc.

RPP – Quel a été le bilan de votre colloque du 6 février 2014 et qu’attendez-vous de sa seizième édition ?

Jean-Louis Bal – Notre quinzième colloque a rassemblé plus d’un millier de participants. À cette occasion, un consensus, tous pays confondus, s’est dégagé pour affirmer que les énergies renouvelables arrivent à maturité et que, même si leurs mécanismes de soutien doivent évoluer, cette transition doit se faire progressivement en poursuivant les objectifs que les différents pays leur ont assignés à moyen terme et en renforçant les filières industrielles qu’elles ont permis d’engendrer.

Laurent Fabius a insisté sur l’urgence climatique et les enjeux de la Conférence mondiale sur le Climat 2015, qui se tiendra à Paris en décembre 2015. De son côté, la Directrice exécutive de l’Agence Internationale de l’Énergie, Maria Van der Hoeven, a fait le point sur la croissance mondiale des énergies renouvelables qui “sont en phase avec ce qu’exigent nos scénarios qui limitent le réchauffement mondial à 2°C. C’est une lueur d’espoir sur le changement climatique, hélas une des seules” (…) et rappelé que “L’Europe, qui a initié le mouvement, reste à la pointe du progrès technique et fournit les procédés les plus performants. Alors que les renouvelables connaissent une expansion sans précédent, l’Europe, qui a payé le prix du progrès, peut encore, si elle le veut, en retirer de grands bénéfices et notre planète avec elle”. Il ressort des différents débats et interventions, qu’il est important de renforcer les coopérations industrielles européennes.

Ouverte par le Premier ministre, Manuel Valls, la 16e édition intitulée “Vers une nouvelle croissance : les énergies renouvelables contre le dérèglement climatique” est conçue comme un point d’étape à la préparation de la conférence Climat-Paris 2015 pour ce qui concerne nos secteurs.

Le dernier rapport du GIEC, les catastrophes naturelles que connaissent de nombreux pays, le constat des climatologues, des spécialistes de la biodiversité, de l’agriculture, de l’eau, ont mis en évidence, aux yeux du monde, le rôle de l’activité humaine et, en particulier, de la consommation d’énergie, dans le dérèglement climatique. Les économistes, les géopoliticiens, et de nombreux scientifiques qui nous alertent sur le coût de l’inaction sont invités à intervenir.

L’ensemble des parties prenantes juge qu’un développement massif et rapide des énergies renouvelables est une des conditions nécessaires pour contenir la hausse des températures à 2°C à la fin de notre siècle. Ces formes d’énergie constituent l’une des solutions les plus efficaces et les plus économiques pour réduire dans chaque pays les émissions de gaz à effet de serre. Les gouvernements doivent se fixer des objectifs dans le domaine. Certains États ont déjà engagé leur transition énergétique, d’autres s’apprêtent à le faire. Une table ronde internationale rassemblera les ministres en charge de l’énergie et de l’environnement de plusieurs pays du monde, pour faire un point sur l’avancée de leurs programmes en matière de développement des énergies renouvelables.

L’après-midi, introduite par Ségolène Royal, ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie, s’est concentrée sur l’Europe, qui a été pionnière dans le développement des énergies renouvelables et a su créer une industrie puissante, puis a abordé les objectifs français et ses effets attendus par les acteurs industriels.

Parmi les personnalités présentes, citons Rajendra Kumar Pachauri, le Président du GIEC, Maria Van der Hoeven, Directrice de l’AIE, Adnan Amin, Directeur général de l’Agence internationale des énergies renouvelables, Jean Jouzel, climatologue et membre du GIEC, ou encore la navigatrice Isabelle Autissier, l’aéronaute Bertrand Piccard, Bruno Lechevin, Président de l’ADEME, et l’académicien, Érik Orsenna. Cinq pays étrangers, l’Algérie, l’Allemagne, le Cameroun, les États-Unis et l’Île Maurice sont venus présenter les actions qu’ils ont mises en œuvre et leurs objectifs en matière d’énergies renouvelables.

Jean-Louis Bal, président du Syndicat des énergies renouvelables