La soudaine percée dans les sondages du maire LR de Cannes qui dépasse désormais Bruno Retailleau n’inquiète pas que ce dernier. Le président du Sénat veut tenter de ramener à la raison les candidats du bloc central pour qu’un seul d’entre eux figure dans la course. Pari impossible ?
« Il se passe quelque chose…» La formule lancée par le maire de Cannes David Lisnard pour dynamiser sa campagne présidentielle a fait florès sur les réseaux sociaux. Ce coup de com audacieux a fonctionné à plein. A en juger par les résultats des derniers sondages, et notamment par celui de l’Ifop pour LCI publié mardi dernier, il est incontestable qu’il se passe en effet quelque chose. Dans l’hypothèse où il est testé face à Edouard Philippe, Gabriel Attal et Bruno Retailleau, il obtient 7 % des intentions de vote quand le président de LR n’en recueille que 4 %. Et lorsqu’Edouard Philippe représente seul le bloc central (sans Attal) face à un candidat unique de la droite, le maire du Havre obtiendrait 15 % contre 7 % pour Retailleau, mais 9 % pour Lisnard…
Avec son allure sportive, son teint bronzé, son côté cash et son programme très libéral, ses promesses de « gouvernement commando » et de passer « toutes les normes » contraignantes à la sulfateuse, celui qui est également président de l’Association des maires de France séduit d’abord les chefs d’entreprises. Mais pas seulement. Ses propositions musclées en matière d’immigration et de lutte contre l’insécurité, ses attaques répétées contre « le régime des technocrates » – comprendre celui d’Edouard Philippe – et contre « les énarques » auxquels il se flatte régulièrement de ne pas appartenir, trouvent un écho dans les catégories populaires, sensibles à ce discours un brin populiste.
Surtout, en ces temps où la volonté de « dégagisme » et le souhait de rupture sont majoritaires chez les Français, Lisnard est le seul, parmi les candidats du bloc central, à ne pas avoir participé de près ou de loin aux gouvernements d’Emmanuel Macron. De quoi se présenter comme un homme neuf, vierge de tout lien avec le macronisme. Ce qui constitue un atout certain alors que le chef de l’Etat atteint des records d’impopularité. Est-ce la raison pour laquelle, malgré son manque de notoriété jusqu’ici, son parti « Nouvelle Energie » revendique désormais 100 000 adhérents ? En tout cas, le match à trois est devenu un match à quatre.
Feu de paille ? Mode passagère ? Ou phénomène durable ? Une chose est sûre : l’irruption de Lisnard dans la course présidentielle traduit la faiblesse des autres candidats dont aucun n’est parvenu à tuer le match et dont les dynamiques sont à la baisse. Pris en étau entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen qui, eux, progressent, les candidats du bloc central, ou de ce qu’il en reste, sont-ils voués à ne pas figurer au second tour de l’élection présidentielle ? Au-delà du désarroi du camp Retailleau, cette hypothèse inquiète tous les parlementaires de droite et du centre, à commencer par le président du Sénat.
Effaré à l’idée que la présidentielle se résume au duel annoncé Le Pen-Mélenchon, Gérard Larcher entend donc remettre en route la machine à départage. Il laisse aux candidats jusqu’à la fin de l’année pour que l’un d’eux s’impose nettement dans les sondages. Après quoi, il veut organiser au plus tard en février, une primaire entre les prétendants, assortie d’une charte des valeurs de la droite et du centre et d’un engagement à soutenir le vainqueur. Gabriel Attal et David Lisnard y sont favorables. Bruno Retailleau, qui a évolué sur le sujet, l’est désormais aussi. Pour le moment, seul Edouard Philippe s’y refuse. Mais la plupart des élus LR estiment que le maire du Havre ne pourrait pas s’y opposer s’il continuait de descendre dans les enquêtes d’opinion.
Reste que le calendrier et le périmètre de cette éventuelle primaire interrogent. Janvier-février, n’est-ce pas bien tard pour recoller les morceaux alors que le premier tour de la présidentielle a lieu en avril ? Par ailleurs, ce système de départage, quel qu’il soit, réunirait des candidats LR comme Retailleau et Lisnard, issu de LR à l’origine comme Edouard Philippe mais aussi Gabriel Attal, patron du parti macroniste, issu à l’origine du Parti socialiste… De quoi provoquer l’ire de l’ancienne Première ministre Elisabeth Borne qui estime dans Le Parisien que Lisnard « qui veut l’union des droites » n’aurait rien à faire là. « Si Retailleau ou Lisnard remportait cette primaire, je ne les soutiendrais pas », prévient-elle dans le même quotidien. Ambiance… Pour arriver à ses fins, Larcher devra déployer tous ses talents de négociateur.
Cette primaire opérerait en outre une sélection entre des candidats qui, sauf David Lisnard, ont figuré dans les gouvernements d’Emmanuel Macron. Or, d’après tous les sondages, les Français souhaitent une véritable rupture avec les pouvoirs précédents. Pas étonnant dans ces conditions que la cote du maire de Cannes monte.
Lisnard est-il capable de s’imposer et de fédérer ? C’est aujourd’hui toute la question. Autrement dit, si sa percée actuelle dans l’opinion n’est pas le commencement d’une irrésistible ascension, ce pourrait bien être le début de la fin des haricots pour tous les candidats du bloc central.
Carole Barjon
Editorialiste politique










