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dans L’édito de Carole Barjon

Ségolène Royal telle qu’en elle-même

Carole BarjonParCarole Barjon
9 septembre 2026
Quand le « cave » Lecornu se rebiffe…

Les débuts décoiffants de la campagne de l’ex-présidente de la région Poitou-Charentes, candidate à la primaire socialiste, démontrent qu’à défaut de la gagner, elle devrait au moins mettre de l’ambiance dans une compétition qui s’annonçait un peu terne.

Incroyable Ségolène Royal ! La revoilà, inusable, indestructible, sûre d’elle-même, souriante, en un mot : redoutable. Qui pouvait douter, si une primaire de la gauche socialiste avait lieu, qu’elle se jetterait dans l’arène ? Pas elle en tout cas. Après tout, n’a-t-elle pas été la candidate de la gauche socialiste en 2007, coupant alors l’herbe sous le pied de son compagnon François Hollande ? N’avait-elle pas déclaré, au soir de sa défaite face à Nicolas Sarkozy « Nous volerons vers d’autres victoires » (sic) ?

Lors du premier tour de cette primaire les 9 et 10 octobre prochains, elle affrontera donc, entre autres, le patron du PS Olivier Faure, Raphaël Glucksmann, candidat de son mouvement Place publique et les députés Philippe Brun et Jérôme Guedj. Avec son slogan « L’ordre Juste, La France tranquille » – manière évidente de se situer dans le sillage de François Mitterrand et de sa « Force tranquille » – elle compte bien damer le pion à ses concurrents qui, comme Glucksmann veut « Réveiller la France », ou qui, comme Faure affiche « + Juste + Faure » ou encore Philippe Brun qui se veut « le candidat des salaires ».

Au-delà du message rassurant et apaisant dont elle se veut porteuse, sa force tient à sa notoriété, à sa popularité et à la légitimité qu’elle tire à la fois de son expérience de ministre, à l’Enseignement scolaire et à la Famille dans le gouvernement de Lionel Jospin, puis à l’Environnement sous la présidence Hollande. « Je n’ai rien à prouver », dit-elle.

Femme du passé ? C’est sans doute ce que ne manqueront pas de souligner les autres candidats. Mais l’ex-présidente de la région Poitou-Charentes compte à la fois sur son aura médiatique, son pragmatisme, sa capacité à aborder les sujets du quotidien qui intéressent les Français, sur son punch et son aplomb, voire à la mauvaise foi, dont elle sait faire preuve dans les débats télévisés. « Ils ont raison d’avoir peur », s’amuse-t-elle déjà.

Enfin, elle n’ignore pas qu’elle pourrait aussi bénéficier des nombreux jeux tactiques qui vont brouiller les pistes dans cette élection. On a cru comprendre que François Hollande, absent de la primaire mais soucieux de se présenter en recours plus tard, ne faciliterait pas les choses à Raphaël Glucksmann, actuellement favori. L’ancien président de la République pourrait ainsi, mezza voce, inciter ses amis à voter pour le patron du PS, ou, à défaut pour le député Philippe Brun qu’il a invité à sa Fête de la rose en Corrèze. De même, Olivier Faure, qui espère bien gagner, compterait sur elle pour séduire des adhérents encore hésitants et affaiblir ainsi le candidat de Place publique. Ne murmure-t-on pas que, dans cette intention, le premier secrétaire du PS aurait facilité à Ségolène Royal l’obtention des 500 parrainages nécessaires pour concourir à la primaire ?

Quoi qu’il en soit, ses concurrents auront intérêt à se méfier de sa facilité à « faire le buzz », comme lorsqu’elle a proposé d’installer des caméras dans les crèches et les écoles, proposition relayée par les médias. Certains devront aussi se méfier de ses flèches, souvent acérées. Raphaël Glucksmann a déjà pu en avoir un avant-goût. En marge de la foire de Châlons-en-Champagne la semaine dernière, celle qui plaide pour une union PS-PC-Ecolo a ainsi rappelé, dans La Tribune Dimanche, la présence de ce dernier à un meeting de Nicolas Sarkozy en 2007. Présence dont ce non-socialiste « devra s’expliquer pendant les débats », a-t-elle ajouté, perfide…

Bref, elle compte bien animer cette campagne à sa façon, décoiffante et no limit. Cela suffira-t-il à la hisser au second tour de cette compétition ?  « Je suis déjà dans la véritable campagne présidentielle », a-t-elle décrété sur BFMTV lundi dernier, en enjambant allègrement le système de départage des candidats. Comme toujours, elle ne doute de rien.

Carole Barjon, éditorialiste politique   

(NDLR – Pour rappel, sont candidats : Philippe Brun, député PS de l’Eure, Olivier Faure, Premier secrétaire du PS et député de Seine-et-Marne, Raphaël Glucksmann, co-président de Place publique et député européen, Jérôme Guedj, député PS de l’Essonne, Emmanuel Maurel député GRS du Val d’Oise, Ségolène Royal ex-finaliste à la présidentielle de 2007 et Fabien Verdier, maire Divers gauche de Châteaudun.)

Carole Barjon

Carole Barjon a commencé sa carrière comme journaliste politique à La Croix. Elle a ensuite rejoint le Nouvel Observateur en tant que journaliste puis chef du service politique et grand reporter-éditorialiste jusqu'en 2024. Elle intervient régulièrement en qualité d'éditorialiste à France Info, France 24 et BFMTV.

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