L’ancien président de la République qui occupe l’espace médiatique n’est officiellement pas candidat à la prochaine présidentielle. Mais c’est tout comme. Son pari de s’imposer à la fois comme l’homme du recours et le candidat du centre n’a pourtant rien d’évident car cette démarche repose sur l’échec de beaucoup d’autres.
Et un pas de plus ! François Hollande a grimpé cette semaine une marche supplémentaire en direction de l’Elysée. Sous couvert d’assurer la promotion de son dernier livre (1), l’ancien président est partout : dans les librairies, comme lundi dernier à Paris boulevard Haussmann, avant d’entamer une -nouvelle- tournée dans le reste de la France, et sur BFMTV le lendemain, pour une longue émission qui lui était entièrement consacrée. Il y a développé sa stratégie, son calendrier, son souci d’une nouvelle gouvernance à la tête du pays et a même évoqué la majorité « composite » sur laquelle, le cas échéant, il devrait s’appuyer pour gouverner la France, excluant ainsi toute alliance aux législatives avec La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon dont les positions sont « incompatibles » avec les siennes. Majorité « composite » ? Voilà qui ressemble fort à un clin d’œil appuyé à François Bayrou qui, découvrant les nouvelles propositions de Hollande nettement moins socialo-socialisantes que par le passé, a jugé que ce dernier devenait « plus compatible »…
Voilà longtemps que le député de Corrèze prépare le terrain. Depuis plus d’un an, il multiplie les déplacements sur le territoire, reçoit la terre entière dans ses bureaux de la rue de Rivoli, ne manque jamais une remise de décoration. Ces derniers temps, il a encore franchi un cran en investissant son local de « pré-campagne », comme l’appellent ses collaborateurs : 90 m2 dans le XIème arrondissement de Paris aux murs couverts d’affiches vantant le bilan de son quinquennat et où travaillent trois personnes affectées aux réseaux sociaux, apprend-on dans Le Figaro qui a eu l’exclusivité de ce reportage, petit signe du recentrage de celui qui fut Premier secrétaire du PS pendant onze ans. Hollande lui-même consacre une partie de son temps au tournage de contenus pour les plateformes en ligne. Quant à son association de financement, elle est déjà constituée.
Bref, l’ancien président ne se « prépare » pas, comme il le dit. Il est déjà archi-prêt. Avec un calendrier précis. D’abord « la décantation » durant l’automne, en clair l’existence, ou non, d’une dynamique pour le vainqueur de la primaire du PS. Ce n’est désormais un secret pour personne que Hollande parie sur un affaiblissement de Raphaël Glucksmann qui n’a, selon lui, pas les qualités requises pour prétendre diriger la France. Quant à Olivier Faure, il n’y croit guère plus.
Fin décembre ou au début de l’an prochain, on y verra plus clair, juge-t-il, et viendra alors la période de la « cristallisation », ce moment où les électeurs se décident, les uns en fonction de leurs convictions profondes, les autres en fonction de la manière la plus efficace de barrer la route au candidat dont ils ne veulent à aucun prix. En clair, un électeur socialiste pourrait voter Edouard Philippe s’il juge que ce dernier est le mieux à même d’éviter un duel Mélenchon-Le Pen au second tour, cas de figure qui entraînerait, d’après toutes les enquêtes d’opinion réalisées ces derniers temps, une victoire de la présidente du RN. C’est ce que souhaite éviter Hollande qui rêve d’être le candidat-refuge du centre.
Impossible ? Hasardeux en tout cas. La posture du recours qu’il affectionne ne va pas de soi. Le fameux « trou de souris » par lequel il espère se faufiler exigerait d’abord le renoncement spontané du vainqueur de la primaire socialiste s’il ne s’imposait pas dans l’opinion, et ensuite, dans une deuxième étape, la dégringolade dans les sondages de Gabriel Attal, candidat du centre-gauche, ou d’Edouard Philippe, représentant du centre-droit. Voilà beaucoup de « si » et d’obstacles à surmonter… Sans compter que dans un tel cas de figure, il ne prospérerait que sur des décombres, à commencer par celles de son propre parti.
En 2017, le président sortant Hollande avait renoncé de lui-même à se présenter, jugeant qu’il n’était pas en mesure de l’emporter et que sa candidature risquait de faire le jeu du Rassemblement national. A l’issue de cette primaire socialiste et après quelques semaines de campagne, le vainqueur désigné pour concourir à la présidentielle lui fera-t-il (elle) le même cadeau ? On est curieux de savoir comment Hollande-le-Recours compte le « débrancher ».
Carole Barjon,
Editorialiste politique
(1) « Unir. Nouveau monde, nouvelle gauche », Robert Laffont











