Cette clé d’entrée dans l’enseignement supérieur concentre de nombreuses critiques. Pourtant sa suppression ne répondrait pas forcément aux revendications des manifestants.
« L’école du vice » et même une « ignominie » : voilà comment Jean-Luc Mélenchon, tout en nuances, a qualifié Parcoursup, lors de son meeting à Clermont-Ferrand dimanche dernier. Ce dispositif d’accès à l’enseignement supérieur doit donc selon lui « être aboli ».
Quelles que soient ses outrances, le leader de La France insoumise ne concentre pas par hasard ses attaques contre cette plate-forme post bac, mise en place en 2018 par les ministres Jean-Michel Blanquer et Frédérique Vidal. En dehors des revendications sur l’état des bâtiments, les absences de professeurs non remplacées ou les emplois du temps surchargés, Parcoursup est en effet la principale source d’angoisse de nombreux lycéens. Depuis le début du mouvement, les critiques pleuvent à son encontre « système opaque », « injuste », « illisible », etc…
A juste titre ? Oui et non. Oui, parce que les critères retenus par Parcoursup pour sélectionner les étudiants ne sont pas publics, ce qui lui vaut d’être qualifié de « boîte noire » qui mélange les résultats du bac, les notes du contrôle continu et d’autres critères mystérieux produits par des algorithmes. Par ailleurs, les lycéens ne connaissent pas exactement les modalités d’admission aux différentes filières (25 000 !) proposées par les universités et, surtout, on ne leur fournit pas les raisons pour lesquelles ils ont été recalés, le cas échéant. Enfin, ce dispositif est clairement un système de sélection, mais il n’a jamais été assumé comme tel. Beaucoup de lycéens le découvrent sur le tard. Ou trop tard.
Non, la critique n’est pas toujours pertinente, parce que l’objectif initial du ministre Blanquer était notamment d’en finir avec un immense gâchis social : celui de la masse d’étudiants qui, leur bac en poche, pouvaient s’inscrire automatiquement dans l’enseignement supérieur, et échouaient en fin de première année de fac avant de galérer pour trouver un emploi. Ce désastre touchait près de 70 % des étudiants de première année. Depuis la mise en place de Parcoursup, ce chiffre a été ramené à 50 %. C’est toujours trop, mais le progrès est cependant sensible.
D’après la plupart des connaisseurs du sujet, le problème n’est du reste pas tant Parcoursup en lui-même que le manque, voire l’absence, d’accompagnement à l’orientation en amont, c’est-à-dire dès avant la fin du collège. Le plan d’accompagnement et la création de la plateforme « Avenir » par Elisabeth Borne, ministre de l’Education nationale, pour aider les élèves à imaginer leur futur cursus, dès la classe de 5ème, est insuffisant, faute d’accompagnateurs familiers de tous les nouveaux métiers créés par les progrès technologiques. Pour l’ancienne ministre, il est désormais urgent de valoriser les formations professionnalisantes, faute de quoi les mêmes causes (80 % de bacheliers) produiront les mêmes effets.
Bref, si elle angoisse les lycéens tardivement et mal informés, la sélection opérée par Parcoursup n’est guère remise en cause, sauf par la gauche et notamment par LFI qui « n’est pas pour la sélection à l’université ». Pour les macronistes et une partie de la droite, Parcoursup est au contraire le seul dispositif qui a réussi à la mettre en place sans trop de heurts jusqu’ici, et sans aller jusqu’à remettre en cause officiellement le sacro-saint objectif des 80 % d’élèves au bac. Objectif dont, d’après le sondage de l’Ifop, 64 % des Français et 78 % des enseignants considèrent qu’il a dévalorisé le baccalauréat et renforcé la compétition dans l’enseignement supérieur.
Supprimer Parcoursup, si on ne pouvait pas corriger ses défauts et en améliorer la transparence ? Il faudrait alors le remplacer. Par quoi ? Par l’augmentation du nombre de places dans l’enseignement supérieur, comme on le réclame à gauche ? Difficile à envisager en ces temps de disette budgétaire. Par des solutions alternatives qui sont déjà sur la table ? A droite, et même au centre de l’échiquier politique, on plaide ainsi pour retirer au baccalauréat son statut de premier grade universitaire, autrement dit l’accès automatique à l’université, et en faire un diplôme de fin d’études secondaires, avec pour conséquence l’instauration d’un concours d’entrée dans l’enseignement supérieur. Une réforme qui se doublerait d’une orientation vers les filières professionnelles dès la fin du collège, afin que les élèves apprennent un métier et n’encombrent plus les bancs de l’université pour laquelle ils ne sont pas forcément faits. Est-ce vraiment ce que souhaitent les lycéens ?
Carole Barjon,
Éditorialiste politique









