Terra incognita – Journal éphémère, libre et prospectif

Depuis le 17 mars, la France est confinée en raison de l’épidémie de coronavirus. Pierre Larrouy, économiste et essayiste, tient pour la Revue Politique et Parlementaire, un journal prospectif.

La violence créative, mercredi 15 mars

Pendant que je tente de dire l’importance de la création et des artistes dans la réparation économique et sociale post-pandémie, comme une sorte de fatalité, les premières escarmouches arrivent sur la place publique.

Medef comme gouvernement tentent d’imposer le sacrifice, au nom de la continuité du modèle, comme plus petit dénominateur commun du débat qui s’ouvre.

Même Kant n’y aurait pas pensé, appelons ça le « toboggan de la raison pratique ».

Je vais tenter de résister à la glissade.

Comme le dit le psychanalyste Jean-Pierre Lebrun : La condition humaine n’est pas sans conditions. Quel que soit le temps référence, court, long, progressif (on devrait dire poussif), enkyster la société, tout de suite et durablement, sur une perte d’estime de soi, de fierté et de désir, serait un crime de paix.

Commençons par entendre et nommer la plainte. C’est le devoir du politique. La Plainte, pas les plaintes négociables avec toute leur légitimité. Ne laissons-pas « fleurir » ce virus qui détruirait, pour le coup « à de vrai », un autre aspect essentiel : l’identité personnelle et l’imaginaire collectif qui font la cohésion qui sont, aujourd’hui, un slogan populiste à la mode.

Puisqu’on vante l’ingéniosité durant la crise, prenons là, aux maux, aux mots, pour en faire un fer de lance factuel d’une re-espérance.

Interdisons, dès lors, les débats rances.

Allons chercher, au bout des algorithmes et des prélèvements, un sens nouveau. Nouveau est un mot curieux pour dire de toujours.

Nous avons tous compris, dans un acte de contrition, peu assumé à titre personnel, mais clairement, positionné comme un observateur, du Président de la France, une grande puissance, que notre organisation démocratique a merdé. Serions-nous devenus un pays de rentiers qui vendent les breloques d’un passé qu’on laisse liquider, sans pouvoir de réaction dans les Ehpad ? Sans même parler de nos industries et de nos chercheurs.

Un pardon s’écrit toujours par perte. Prenons les nôtres !

Je ne veux pas paraître absent de la douleur quotidienne, je veux la raccrocher aux douleurs contemporaines.

Je n’ai pas de guide, de programme, de certitude si ce n’est que l’option du sacrifice social, sans mise à plat, est une option détestable et vouée à l’échec.

La condition humaine n’est pas sans conditions… Commençons par là !

Je m’insurge. Ca fait du bien.  Vite, on retourne aux artistes dont les coups de gueule font notre oxygène, leur mort des peines symboliques… avec un seul mot d’ordre : prenons les en pleine vie, c’est la nôtre « à de vrai » comme disent les « cœurs purs ».

A demain…

Pierre Larrouy
Economiste et essayiste