Ajaccio, un projet urbain en plein cœur de la Méditerranée

Maire depuis 2014 et candidat à l’élection municipale de mars prochain, le mandat qui s’achève m’a permis d’envisager pour ma ville un projet qui tient compte de son identité insulaire et méditerranéenne tout en affrontant les défis de notre époque. Mais comment se projeter vers un avenir que l’on souhaite forcément meilleur de façon collective ? Ajaccio abrite aujourd’hui près de 70 000 habitants. Que de chemin parcouru depuis la pose de sa première pierre en 1492, au cœur de ce qui est devenu la citadelle, espace emblématique, revenu aujourd’hui légitimement à la ville, c’est-à-dire aux Ajacciens. La volonté de construire un « projet urbain » pour Ajaccio s’inscrit dans cette logique. Raconter la ville pour mieux se l’approprier, en être fier car elle le mérite, la transformer tout en valorisant son identité patrimoniale et se servir de cette ambition collective pour offrir à chacun un avenir meilleur, collectivement assumé.

Une ville à l’histoire et au destin exceptionnels

Il est légitime que chaque territoire soit fier de son identité et qu’il cherche à mettre en valeur les points forts qui en ont jalonné l’histoire. Ajaccio fait partie de ces villes dont la géographie, l’histoire et le destin ont tracé une trajectoire que l’on peut qualifier d’exceptionnelle.

Le territoire d’abord, au cœur d’une île stratégique de l’espace méditerranéen, et au bord d’un golfe immense et très largement protégé, a très tôt constitué un enjeu économique et de pouvoir. Les Génois, longtemps gestionnaires de l’île l’ont bien compris, et la construction de la citadelle confiée au « Fratino », en est une illustration significative. Mais ce choix d’implantation stratégique d’une cité au cœur du golfe n’est qu’une étape de la vie d’une ville qui, au-delà de ses caractéristiques géographiques d’exception, s’est aussi vu dotée d’un destin à part. C’est ici que l’histoire prend le relais de la géographie pour doublement favoriser le destin d’exception d’Ajaccio.

Comment ne pas évoquer Napoléon Ier car il donna à sa ville le statut impérial et en dessina les artères principales. Napoléon III marquera également de son empreinte Ajaccio et son organisation urbaine. Cette notoriété et ce destin confèrent à la ville une situation particulière. Le poids de cette histoire interpelle et crée pour les habitants et décideurs d’aujourd’hui un devoir lourd de sens : celui de trouver les voies et moyens de poursuivre le chemin et d’assurer à Ajaccio une trajectoire à la hauteur de ce que l’Histoire lui a légué. Savoir se réapproprier l’Histoire de sa ville pour affirmer son identité personnelle constitue le premier enjeu du projet, du récit urbain partagé, proposé aux Ajacciens.

L’enjeu de reconquête patrimoniale est donc vital et un travail de mémoire en constitue la base.

Il va s’agir dans les mois et les années à venir, d’offrir à tous les Ajacciens les outils leur permettant de s’approprier pleinement cette histoire, de retisser les liens avec un passé commun, qui comme déjà évoqué, se révèle d’une richesse hors normes.

Pour ce faire, le projet urbain ajaccien propose une véritable « révolution patrimoniale ». Partant d’un potentiel très riche mais encore trop peu mis en valeur, la stratégie proposée consiste dans un premier temps à se rendre propriétaire collectivement d’espaces à forte valeur patrimoniale et historique, mais confisqués, jusqu’à ce jour, à la population. La reconquête de la citadelle d’Ajaccio en est l’acte majeur. Il est aussi projeté de réhabiliter ce patrimoine, support de mémoire. Se réapproprier des lieux, des bâtiments, n’a de sens qu’à partir du moment où ils sont suffisamment entretenus et mis en valeur. C’est en ce sens que de nombreux lieux feront l’objet de mise en valeur urbaine et architecturale. Il est naturellement nécessaire de partager et d’apprendre de ce patrimoine. La remise en état matériel de lieux, aussi emblématiques soient-ils, ne fait sens qu’à partir du moment où elle sert de support à ce partage de valeurs, de racines, et au final d’identité.

Un statut de moteur démographique insulaire assumé

En 1950, 30 % de la population mondiale vivait en ville, en 2014 54 % de la population mondiale est urbaine, elle le sera à 65 % en 2030.

La Corse, comme tous les territoires du monde, a besoin de ses villes pour assurer la prospérité de sa population dans l’avenir.

La situation insulaire est là encore particulière, 330 000 habitants : cela reste très peu à l’aune des enjeux mondiaux. Cette situation est d’autant plus contraignante à un moment où les espaces nationaux ne garantissent plus, à eux seuls, la prospérité, par des mécanismes de péréquation territoriale.

À l’horizon 2050, la population de la Corse comptera un tiers d’habitant de plus de 65 ans. Parallèlement Ajaccio constitue aujourd’hui, d’après les mesures de l’Insee, la porte d’entrée du territoire. La capitale régionale est donc à l’heure actuelle le moteur démographique de la Corse. La majorité des nouveaux arrivants sont des actifs avec enfants et irriguent donc bien la population résidente. Le taux de résidences secondaires est l’un des plus bas de Corse. Il est nécessaire de favoriser cette insertion démographique et veiller au développement de l’accueil de populations.

Ajaccio est la 15e ville à avoir signé avec l’État une convention dite « Action cœur de ville » destinée à lui donner les moyens de redynamiser son centre et d’en faire un espace de développement économique et social. Dans le cadre de ce programme, le projet urbain ajaccien fait une large place à l’accueil de nouvelles populations actives en cœur de ville par la construction et la réhabilitation de logements. La dynamisation du commerce de cœur de ville mais aussi l’accueil de fonctions de production faisant une large place à l’artisanat, d’une part, et aux technologies nouvelles dans le domaine numérique d’autre part sont les piliers d’un développement démographique maîtrisé mais ambitieux.

Une ville exemplaire face au réchauffement climatique et aux enjeux environnementaux

Partout dans le monde, la ville se transforme et s’organise face aux évolutions climatiques. Les conséquences du réchauffement de la planète imposent d’ores et déjà des changements rigoureux de nos modes de vie, mais aussi des transformations majeures de nos lieux de vie quotidiens. Ajaccio vise à transformer radicalement le cadre de vie actuel dans les quinze années à venir, afin de protéger, le plus efficacement possible, ses habitants des conséquences de l’évolution climatique planétaire en cours.

Force est de constater que l’on part de très loin et que l’urbanisme hérité, depuis la décennie 70, est « passé à côté » de ces enjeux devenus vitaux pour chacun.
Il est nécessaire de mettre en place un panel d’actions impliquant tant la ville, que son agglomération, qui doivent agir ensemble dans le cadre d’une nouvelle gouvernance, au vu de l’importance des enjeux et des moyens nécessaires.

À l’échelle de l’agglomération, conformément à la loi, cette dernière a déployé de nouvelles compétences en matière de stratégie de gestion des risques naturels, de gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations. Un intérêt a également été porté à l’aménagement et la protection d’espaces naturels majeurs.

À l ’échelle de la commune, il est envisagé la création d’un réseau de grands parcs urbains. Le premier d’entre-eux étant le parc Saint Joseph offrant huit hectares aménagés en ville et libre d’accès à chacun. La remise en valeur du Casone (grotte Napoléon) est déjà engagée. Il est également opportun d’engager un processus de « Re-naturation » urbaine. Il s’agit de réaliser dans la ville et, à l’occasion des travaux de voirie et d’aménagement des espaces publics, des plantations destinées à lutter contre les îlots de chaleur et à redonner à la ville un cadre boisé tel qu’elle a pu le connaître dans son passé. L’objectif fixé est de multiplier par dix la surface d’espaces verts par habitant à l’horizon 2030.

Il est nécessaire de s’engager sur la voie d’un urbanisme végétal. Un travail est proposé à l’ensemble des acteurs qui construisent la ville pour inventer un nouveau modèle urbain fortement végétalisé offrant davantage d’espace public boisé au sol, permettant de concilier densité urbaine des immeubles à construire et espace de vie collectif. Une réflexion sur la végétalisation des couvertures sera également menée.

La gestion des mobilités est pour chaque territoire un enjeu capital. Le Plan de déplacements urbains élaboré durant la mandature sera progressivement mis en œuvre. Il permettra de transformer radicalement les façons de se déplacer au profit de transports en commun propres, rénovés, et de mobilités actives (vélo notamment) rendues enfin possibles.

L’omniprésence de la voiture dans la ville depuis les trente dernières années, confortée par un taux de motorisation des ménages parmi les plus forts du pays, a peu à peu envahi l’espace public, ne laissant que peu de place au piéton, alors même qu’il est le moteur de la consommation et de la vie du cœur de ville.

Un tel projet de ville ne peut se concevoir sans une participation, puis une adhésion forte, des principaux intéressés, à savoir les habitants. L’architecture d’une gouvernance nouvelle et partagée constitue de ce fait un enjeu majeur. Il convient néanmoins que ce dialogue participatif s’ancre sur des fondamentaux énoncés par celles et ceux qui président aux destinées de la ville par le jeu de la démocratie.

Plus que jamais moteur de la Corse, Ajaccio doit relever le défi d’une évolution maîtrisée fidèle à son âme et son destin français, insulaire et méditerranéen.

Laurent Marcangeli
Maire d’Ajaccio