Un été de déroute ?

Au cœur du mois d’août et d’un été 2021 irrémédiablement gâché par le variant Delta, la fête de l’Assomption en France aura été voilée par une actualité d’une rare gravité dans un monde lourd de menaces, qui augure une rentrée agitée et périlleuse tant sur le plan intérieur que sur le théâtre extérieur.

Inondations et incendies meurtriers, tremblement de terre dévastateur dans le Sud-ouest d’Haïti qui a ravagé la cité des poètes, Jérémie, alors que les ruines du grand séisme de 2010 ne sont toujours pas relevées à Port-au-Prince et dans le reste du pays, il n’est pas un horizon proche ou lointain, mi-août,  qui n ‘ait été affecté par une catastrophe naturelle ou provoquée par notre mauvaise gestion de la planète, comme si le lourd tribut payé à la pandémie ne suffisait pas pour nous rappeler notre grande vulnérabilité et le  peu de prise que  l’humanité est en mesure d’exercer sur son environnement…
Mais c’est de Kaboul que nous parvient en ce jour de l’Assomption 2021 le signal d’une déroute dont nous ne tarderons probablement pas à mesurer sous peu l’ampleur tragique sur la scène internationale, à l’issue d’un conflit qui aura duré vingt ans, mobilisant vainement au prix de milliards de dollars une coalition aujourd’hui forcée d’abandonner de nouveau l’Afghanistan aux mains des talibans, avec la menace effroyable du retour au règne de l’obscurantisme pour un peuple afghan livré au malheur et à la régression, décennies après décennies, depuis la chute de la monarchie au siècle passé…
 
Aux États-Unis, ce terrible retour de balancier doit réveiller chez les vétérans le souvenir cuisant de la fin du conflit au Vietnam en 1975, et en ce qui concerne le reste du monde, en Europe notamment, il évoquera peut-être vaguement pour une poignée d’observateurs un lointain et tout symbolique écho à la chute de Constantinople en 1453, car la ville des cerfs-volants n’a certes que peu de rapports avec la mythique cité impériale des bords du Bosphore… Les mois à venir confirmeront la portée de la chute de Kaboul aux mains des talibans, dans un environnement international tout autant à la proie des clivages que nos environnements nationaux, au cœur d’un deuxième été de pandémie, où le virus met en déroute nombre de nos certitudes et divise une opinion publique de plus en plus en perte de repères et jouet d’une information oscillant entre alarmisme culpabilisant et espérance aléatoire, peu propice à rassurer ou convaincre celles et ceux qui la subissent inexorablement…
 
Il semble désormais acquis qu’il faudra vivre encore longtemps avec le virus et ses mutations actuelles et à venir, mais comment parvenir à éviter une déroute funeste sans effort de plus grande coordination des stratégies de lutte contre la pandémie en Europe et au delà, dans un monde où se creuse un fossé dangereux entre vaccinés et non vaccinés ? Dans toutes les guerres, il n’y a en définitive que des perdants, des victimes et des ruines, et les vainqueurs d’un jour finissent bien souvent en vaincus du lendemain. Les divisions tactiques s’avèrent à long terme contreproductives mais dans la lutte contre tout fléau, on ne s’en rend compte hélas que toujours trop tard… Bien loin de Kaboul et du drame qui se noue en Afghanistan, les célébrations de l’Assomption ici et là en France n’auront pas suffi à dissiper les inquiétudes légitimes que l’on peut ressentir devant les assauts du variant Delta aux Antilles et devant les tensions grandissantes liées à l’entrée en application du pass sanitaire, à deux semaines de la reprise de la rentrée et du retour d’un grand nombre de vacanciers dans leurs foyers et régions d’origine…
 
Non décidément, l’été 2021 ne restera pas dans le cœur d’un grand nombre d’habitants de notre planète comme un bon souvenir, au train où vont les événements sous ce ciel d’août qui n’aura cessé de varier entre pluies souvent diluviennes et canicules torrides et incendiaires…
 
Eric Cerf-Mayer