Alors que les pillages se poursuivaient devant des Français hébétés, Emmanuel Macron a pris la parole et constaté son impuissance. Face à cette nouvelle crise profonde, aussi mal anticipée que celle des gilets jaunes, le président de la République a renvoyé les attentes à l’élection présidentielle, comme si, désormais, il acceptait de gérer les affaires courantes.
Le 3 octobre 2018, le ministre de l’Intérieur quittait le gouvernement. De l’affaire Benalla aux 80 km/h, Gérard Collomb ne dissimulait plus ses divergences avec Emmanuel Macron, parlant même de « l’hubris » présidentiel. Le discours de Gérard Collomb, place Beauvau, est resté dans les annales. Le ministre de l’Intérieur décrivait une situation très dégradée, des quartiers où « s’imposait la loi du plus fort », à « la place de celle de la République ». « Aujourd’hui on vit côte à côte, je crains que demain on vive face à face », prévenait-il. C’était un peu plus d’un mois avant la mobilisation des gilets jaunes qui démontrait une fracture territoriale qui ne concernait pas seulement les quartiers.
La prophétie est confirmée. Le face à face est là, entre d’un côté, un pouvoir qui n’a pas tiré les leçons des gilets jaunes et continue de sous-estimer la gravité de la situation, et de l’autre, l’embrasement d’une violence irréfléchie qui pille et saccage des commerces comme des symboles de l’autorité publique. La population déplore le tout et se sent surtout abandonnée à ses fins de mois impossibles et à un avenir incertain pour toutes les classes d’âge.
Le président de la République a reconnu son incompréhension : « En regardant ces images, nous nous sommes tous demandé, qu’ont-ils dans la tête ? » a-t-il déploré lors de sa déclaration solennelle. Une lamentation surprenante de la part de celui qui dirige le pays, comme s’il ne le comprenait pas et finissait par l’admettre. Emmanuel Macron ne se projette plus, comme il avait l’habitude de le faire, vers un futur meilleur grâce aux actions qu’il aurait entreprises. Il ne développe que ses obligations à court terme : « entendre la colère et agir sur ses causes, et faire respecter fermement l’ordre républicain ». Telle est désormais la responsabilité immédiate du président de la République : gérer les affaires courantes, surtout si elles sont éruptives et urgentes. S’il part à l’étranger, c’est pour obtenir des réserves de carburant, plus en tant qu’acteur éminent sur la scène mondiale. S’il assure que les jeunes « sont au cœur de son l’engagement politique depuis plus de dix ans », ceux qui manifestent n’en croient pas un mot. La magie du verbe n’opère plus.
Il n’a plus le temps d’essayer d’améliorer son bilan. L’élection de son successeur aura lieu dans six mois. « Notre pays mérite une belle élection présidentielle » conclut alors Emmanuel Macron. La formule se voudrait positive, elle dissimule mal le fatalisme de sa position. Belle ou pas, la présidentielle se déroule loin de lui. Aucun prétendant ne se réclame de son action, pas même ses anciens Premiers ministres. Gabriel Attal regrette sans cesse la dissolution de 2024 et, après la déclaration présidentielle, Edouard Philippe lâche un lapidaire : « notre pays a besoin d’être commandé ». Emmanuel Macron est devenu le contre-exemple à éviter. L’effacement du macronisme a commencé.
Marie-Eve Malouines
Editorialiste










