Trappes, terrorisme, racisme, lycéens, pouvoir d’achat, manifestations, pillages, couvre-feux, Budget, dette, taxes, liberté, jeux vidéo, primaires, contre l’extrême droite, contre l’extrême gauche, les mots de la vie politique fusent dans le désordre, sans aucune hiérarchie. Au risque de perdre les électeurs.
Aucune direction n’émerge de ce brouhaha indistinct, sauf la domination des deux candidats radicaux. Créditée d’environ 35 % des intentions de vote, Marine Le Pen n’en est plus à exposer son projet. Ses marqueurs sont connus (identité, immigration, sécurité, pouvoir d’achat, retraite à 60 ou 62 ans, souveraineté). Certaine d’avoir d’ores et déjà agrégé son noyau, lors de son discours de lancement de campagne, elle s’est montrée pateline et rassurante, faisant l’éloge du « beau », pour rassurer ceux dont elle aura besoin au second tour.
Face à elle, le socle de Jean-Luc Mélenchon est plus étroit, autour de 15 à 17 %, mais son projet est lui aussi connu : la dette n’est pas un problème, les riches paieront la redistribution et l’écologie dans le cadre de sa sixième République. Donné immanquablement présent bien que perdant au second tour, il attaque moins ses rivaux de gauche. Il se tourne vers de nouveaux publics, comme les accrocs aux jeux vidéo dont il veut garantir les droits dans le cadre d’une prochaine proposition de loi.
Derrière ces deux candidats, dont ils dénoncent la radicalité et l’extrémisme, les autres prétendants semblent frappés par une mystérieuse incapacité à se faire entendre.
Édouard Philippe (autour de 15 %) est aphone, incapable de revendiquer le leadership que lui offrait sa capacité à être qualifié pour le second tour. Son projet qu’il promettait « massif » reste indécis, sans direction forte.
Pourtant porté par sa belle victoire à la primaire de la gauche (entre 13 et 15 % des intentions de vote), Raphael Glucksmann ne trouve pas les mots pour parler aux lycéens, aux victimes de la vie chère ou du changement climatique. Il reste accaparé par des discussion avec ses soutiens socialistes. Lui qui devait développer « les cent jours de la révolution écologique » ou un grand plan d’ensemble pour la jeunesse, ne fait entendre que son soutien à la régularisation de 300 000 travailleurs sans papiers, une proposition de loi socialiste qui constitue davantage un marqueur parlementaire plutôt qu’une vision présidentielle d’ensemble sur l’immigration.
Derrière encore, flirtant parfois avec les 10 %, Bruno Retailleau et Gabriel Attal qui prétendaient challenger Édouard Philippe, se voient eux-mêmes concurrencés par le maire de Cannes, David Lisnard. Lequel n’hésite pas à tendre la main à Sarah Knafo ou à Eric Ciotti. Ces positionnements n’empêchent pas l’ancien Premier ministre d’en appeler à une primaire démocrate de Lisnard à Glucksmann. Une proposition peu crédible. Le principe de la primaire étant que les vaincus et leurs soutiens reconnaissent et soutiennent le projet du vainqueur. Quel sens aurait un vote Lisnard ou Retailleau pour les électeurs potentiels d’Attal ?
Le débat politique ne dégage pas davantage de priorités communes. A l’Assemblée nationale, des députés s’invectivent autour de l’attentat terroriste de Trappes au lieu de porter un sursaut républicain ; des gilets jaunes entendent contester l’État devant les mairies ; des ministres accusent l’ultragauche, d’autres acteurs politiques l’extrême droite ; dans la rue, défilent des lycéens angoissés et des familles à court d’argent ; le Budget de l’État reste introuvable et la dette court plus vite ; les candidats à l’Élysée s’inquiètent de leurs divisions mais sont toujours aussi nombreux. La vie politique part dans tous les sens, au risque de perdre les électeurs. Beaucoup trop d’acteurs – difficile de parler de responsables dans ce contexte – ont perdu de vue l’essentiel de leur mission : donner un sens à l’avenir.
Marie-Eve Malouines
Editorialiste









