La récupération du mouvement des lycéens est évidente. Le procédé est condamnable surtout quand il conduit des élèves à affronter physiquement des policiers. Mais ce fait ne doit pas cacher la réalité du malaise exprimé par ces lycéens : le système éducatif accroit les inégalités au lieu de les réparer. Là est le véritable enjeu politique.
L’image du maire de Saint-Denis porté en triomphe par des lycéens hilares a de quoi surprendre. Ces élèves bloquent leur lycée avec le soutien plein et entier d’un maire qui assure que « la violence peut être légitime ». Ces vidéos ont choqué le Premier ministre qui a réagi aussitôt par un tweet mettant en cause La France insoumise, en taguant le ministre de l’Éducation et celui de l’Intérieur, mettant ainsi la réponse à un double niveau, éducatif et policier. Aussitôt, par le même canal, Jean-Luc Mélenchon a accusé le gouvernement Lecornu d’avoir « ordonné la répression », « une férocité irresponsable avec un arrière-goût raciste évident ».
La rhétorique insoumise est choquante, erronée, mais elle n’est pas nouvelle : aux yeux de LFI, la police est violente et raciste. C’est cette approche que LFI veut insuffler auprès des jeunes révoltés par les inégalités sociales, y compris dans le système scolaire. La réaction immédiate de Sébastien Lecornu, suivie par d’autres images d’arrestations de lycéens, renforce l’opération insoumise. Ces échanges sur les réseaux sociaux réduisent le message des lycéens à une confrontation avec l’ordre institutionnel.
Pourtant, le mouvement lycéen, qui a démarré la semaine dernière dans le Val de Marne, dit autre chose. Il met en cause des locaux délabrés, du matériel défaillant, le manque d’enseignants, l’opacité de Parcoursup, et par conséquent un sentiment d’injustice profonde, notamment celui d’une inégalité de traitement entre les lycées de banlieue et les établissements parisiens. C’est ce message-là qui est essentiel. La majorité des blocages mardi s’est opérée sans incidents. Les dégradations sont inadmissibles, mais elles ne doivent pas cacher l’inquiétude de ces lycéens. Ils ont le sentiment que les jeux sont faits dès le départ, que leur avenir est bouché, quels que soient leurs efforts.
Le rôle des responsables politique n’est-il pas justement de répondre à ce manque d’espoir, en commençant par l’entendre ? Focaliser sur la récupération menée par LFI donne le sentiment de ne pas entendre l’angoisse des lycéens et des jeunes. Elle nourrit aussi le sentiment d’un débat politique focalisé sur des polémiques qui éclipsent les vrais enjeux.
Marie-Eve Malouines,
Éditorialiste politique












