Ils espéraient à peine 100 000 participants, mais bien plus que cela, 140 000 personnes se sont inscrites et ont payé entre 10 et 15€ pour participer à la primaire de la gauche. Ce premier mouvement pourra-t-il être profitable au candidat désigné à l’issue du processus ? Rien n’est sûr.
L’intérêt est réel. Quand la primaire est lancée, Le PS d’Olivier Faure, Ségolène Royal et Jérôme Guedj compte entre 30 à 40 000 adhérents, Place Publique de Raphael Glucksmann 20 000, la Gauche Socialiste et démocratique d’Emmanuel Maurel 2 000.
Quelques semaines et 3 débats plus tard, Près de 70 000 personnes se sont inscrites sur le site du PS, même si la moitié refuse d’adhérer au parti d’Olivier Faure, 30 000 ont préféré suivre Place publique, le reste, soit environ 40 000, se sont inscrits directement sur le site de la primaire, rendant leurs intentions imprévisibles. Les débats ont donc intéressé ces potentiels électeurs. Les audiences en témoignent : presque 710 000 pour le premier débat sur LCI, 1,8 millions sur France 2. L’intérêt est allé croissant. Mais la progression en est revenue au point de départ avec les échanges organisés par BFM avec 702 000 téléspectateurs.
Ce dernier débat opposait des « camarades » désormais rodés à l’exercice. Les deux premières rencontres ayant démontré une convergence globale sur la politique à mener, sans grande originalité dans les propositions. Rodés aux arguments des uns et des autres, conscients de ses forces et faiblesses respectives, les candidats savaient comment taper là où ça fait mal.
Est-ce pour cette raison qu’Olivier Faure – jusque-là un peu en retrait pour un premier secrétaire – a d’entrée de jeu accusé Raphaël Glucksmann de « brutaliser la vie publique » ? Lequel s’en défend, mollement. Il prend aussitôt de plein fouet une deuxième salve du même Olivier Faure qui évoque une vidéo dans laquelle le député européen reproche à Ségolène Royal d’avoir « fait la danse du ventre pour obtenir des postes ». Laquelle dénonce une « agression à connotation sexuelle ». Le président de Place publique se défend mal, parle de propos tenus en privé. Celui qui était accusé de brutaliser le débat ploie sous les coups. Ce n’est plus un débat, mais une bataille rangée, verbale certes, mais féroce.
Comment imaginer que ces cinq-là parviennent ensuite à se réunir derrière une seule et même bannière ? Certes, un clivage est apparu entre Glucksmann et Guedj pour lequel les positions et la vision politique de Jean-Luc Mélenchon ne permettent plus de s’entendre avec lui, et Faure, Royal ou Maurel pour lesquels il ne faut pas insulter l’avenir. Mais ce clivage de fond a disparu au profit de mauvaises formules et d’accusation personnelles. Car la dispute s’est poursuivie les jours suivants, Olivier Faure estimant que la victoire de Raphaël Glucksmann signifierait « l’effacement du PS », alors que Ségolène Royal parle de « hold-up ».
Le mal est fait : « la gauche se déchire ». Combien de fois ce constat mortifère a-t-il été posé à propos des débats entre socialistes ?
L’afflux des votants a-t-il été tari par ces querelles ? Pour l’heure, personne ne dispose de la réponse à cette question. Mais quels que soit le candidat désigné au terme de ce processus, il a peu de chances de surfer sur une dynamique unitaire, il devra d’abord raccommoder ces coups de crocs.
Marie-Eve Malouines,
Éditorialiste politique










