La mort du Guide suprême du régime iranien a provoqué des cris de joie et des scènes de liesse dans tout le pays. Mais plutôt que de se réjouir aux côtés du peuple iranien, nombreux sont ceux qui condamnent les attaques américaine et israélienne, arguant qu’elles seraient contraires au droit international. Pire encore, certains amalgament le régime iranien à sa population, prétendant que le peuple est pris en étau entre un régime cruel et de violentes attaques aériennes, oubliant que ces dernières ne visent que le régime et son armée. Niant ainsi la proportionnalité et la nécessité de ces frappes aériennes qui seraient donc contraires au droit international. Rima Hassan va jusqu’à dire que l’Iran « a le droit de se défendre », comme si Israël était l’agresseur, et n’avait pas subi depuis trois ans d’innombrables attaques de l’Iran et de son « axe de la résistance » (Hamas et Hezbollah en particulier).
Dans cette perspective borgne, alors oui, les bombardements israéliens sont illégaux.
La Charte des Nations unies prohibe strictement toute agression armée et unilatérale d’un autre État, en son article 2(4) : « Les Membres de l’Organisation s’abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la force, soit contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État. » La Charte prévoit toutefois, en son article 51, une exception : la légitime défense, c’est-à-dire lorsqu’un « État est l’objet d’une agression armée ». Deux critères doivent alors être respectés : la nécessité et la proportionnalité (CIJ, 1986, Affaire des Activités militaires et paramilitaires au Nicaragua : « la licéité de la riposte dépend du respect des critères de nécessité et de proportionnalité des mesures prises au nom de la légitime défense »).
Mais une attaque peut être considérée légale même sans agression préalable, si elle vise à entraver une agression imminente d’un autre État. Ce critère est issu du droit coutumier, c’est-à-dire l’ensemble des règles nées de la pratique répétée des États. Selon le secrétaire d’État américain Daniel Webster, le père de cette notion, l’État attaquant doit faire face à une menace « instantanée, nécessaire, ne laissant aucun choix de moyens et aucun moment pour la délibération » (1837-1842, affaire du Caroline). L’imminence justifie donc, selon cette approche, le critère de nécessité.
Or, Israël fait bien face, avec l’Iran à une menace imminente, car constante. En avril 2024, l’Iran agresse Israël de manière injustifiée, par une importante attaque de drones et de missiles, après qu’Israël a éliminé le chef de la force Al-Qods – la force en charge d’animer le réseau de proxies iraniens (Hezbollah, Hamas, Houthis…) – qui se trouvait alors au consulat iranien à Damas. Cette élimination ciblée ne constitue en aucun cas, pour l’Iran, un casus belli légal au regard du droit international. En outre, la frappe israélienne initiale était justifiée par le fait que la force Al-Qods soutient directement les attaques du Hamas et du Hezbollah contre Israël.
Mais Israël fait également face depuis des années à des attaques indirectes de l’Iran via ses proxies. Ainsi, l’attaque du 7 octobre a, très probablement, été soutenue financièrement et logistiquement par l’Iran. De même, dès le lendemain de l’attaque du Hamas, le Hezbollah a ouvert un front contre Israël en tirant roquettes et obus. Or, le Hezbollah est bien plus intégré aux Gardiens de la Révolution que le Hamas, mouvement sunnite culturellement plus proche des Frères musulmans. Le Hezbollah est la pièce maîtresse de l’axe de la résistance iranien. S’il décide de façon autonome pour les affaires de politique intérieure libanaise, il suit les directives de l’Iran pour les questions internationales. Par conséquent, si les actes du Hezbollah peuvent être imputés à l’Iran en raison de l’intensité du contrôle stratégique et opérationnel exercé par Téhéran, alors ces attaques pourraient juridiquement être considérées comme des attaques armées émanant de l’État iranien, justifiant la légitime défense de l’État d’Israël dans le cadre des bombardements.
Il est crucial de considérer les frappes israéliennes comme une opération dans le cadre d’un conflit en cours. Il s’agit, depuis le 7 octobre 2023, d’un conflit continu dans lequel Israël est continuellement menacé au sud par le Hamas, au nord par le Hezbollah, et à l’est par l’Iran. L’imminence d’une attaque prochaine contre Israël, critère validant la légitime défense, est structurelle et démontrée par le nombre d’agressions injustifiées et non provoquées subies par Israël depuis 2023. La dernière agression majeure datant d’avril 2025, avec des tirs de roquette injustifiés depuis le Liban par le Hezbollah.
Le caractère nécessaire de ces attaques est aisément démontrable : tant qu’il existera, le régime iranien continuera de soutenir et de coordonner des attaques contre Israël. En outre, décapiter le régime islamique, c’est affaiblir considérablement les proxies iraniens dans la région, et éliminer les menaces frontalières (Hamas, Hezbollah). Ainsi, une stratégie visant à neutraliser durablement la menace peut nécessiter d’atteindre les structures décisionnelles et militaires du régime, sans pour autant poursuivre un objectif formel de changement de régime, qui serait contraire au droit international. De même, l’attaque menée est proportionnée. Elle ne vise que des cibles stratégiques : militaires ou hauts responsables politiques, et non la population civile. Nécessaires et proportionnés, les bombardements d’Israël contre l’Iran sont justifiables au regard du droit international.
Cyprien Ronze-Spilliaert
Normalien et ancien diplomate, il est chercheur associé à l’Institut Thomas More et au Centre de recherche de la Gendarmerie nationale et il enseigne à l’université Paris-Dauphine.


















