En revendiquant la proposition de loi issue du Sénat sur le travail le 1er mai, Gabriel Attal a volontairement court-circuité le débat parlementaire et transformé une loi en slogan présidentiel.
Un an et demi après la dissolution, une fois la page du budget et des municipales de 2026 refermée, l’élection présidentielle constitue la prochaine étape politique essentielle. Face à des Français assez indifférents pour l’instant, les candidats potentiels temporisent, pas Gabriel Attal.
L’ancien Premier ministre multiplie les coups d’éclat pour occuper le devant de la scène médiatique, et remonter son retard. Il multiplie les vidéos sur les réseaux sociaux, annonce un grand meeting en mai, publie un livre, et crée une nouvelle forme de proposition de loi : la « proposition de loi slogan ». Le texte sur le travail le 1er mai en est l’illustration.
L’ancien Premier ministre s’est saisi de ce texte déposé au Sénat par la droite et s’en est fait le porte-parole le plus médiatique. Paradoxalement, au lieu de se servir de l’examen du texte à l’assemblée pour en expliquer le bien-fondé et les avantages, il a fait voter le rejet du texte, avant tout débat, ce qui le renvoyait immédiatement au Sénat. Ce coup tactique présentait plusieurs avantages. Il privait la gauche d’une tribune à laquelle elle aurait pu s’exprimer d’une seule voix pour défendre ce marqueur social auquel elle est très attachée. Il accélérait la procédure pour en arriver plus rapidement à une commission mixte paritaire, qui aurait eu le mérite d’adopter le texte dans le cadre du huis-clos attaché à cette instance.
L’ancien Premier ministre aurait eu tout loisir ensuite de s’attribuer le mérite de ces dispositions auprès des artisans concernés, principalement les boulangers et les fleuristes. Il aurait équilibré son profil présidentiel vers sa droite, lui qui est issu du PS.
Mais Sébastien Lecornu et les syndicats ont fait de la résistance, la gauche a menacé de censurer le gouvernement, et le gouvernement a ajourné la commission mixte paritaire à une date ultérieure mais inconnue, bien que promettant « négociée et pragmatique » pour souligner que la proposition de loi ne l’avait pas ces négociations.
L’opération ne signe pas l’échec de Gabriel Attal pour autant. C’est là tout l’intérêt d’une « proposition de loi slogan » : son rejet n’empêche pas le présidentiable de se l’approprier. Gabriel Attal regrette bruyamment cette décision. Il n’hésite pas à mettre en cause l’actuel Premier ministre pourtant issu de son propre camp :« l ’engagement qui avait été pris par le gouvernement lui-même ne sera pas tenu » déplore-t-il. Il se positionne comme le candidat qui mènera le combat contre « l’absurdité politique et technocratique » et s’interroge sur « ce que ce débat dit des blocages qui entravent le pays » alors même que le débat parlementaire n’a pas eu lieu, en partie grâce à lui.
A travers cette épisode qui divise l’ancienne majorité de Emmanuel Macron, deux approches politiques apparaissent. D’un côté Sébastien Lecornu qui défend le travail parlementaire et le dialogue social, ce qui impose le temps de la négociation et de la pédagogie ; de l’autre Gabriel Attal, qui s’appuie sur une nouvelle forme de communication politique, plus rapide mais moins nuancée et peut-être moins éclairante. Deux approches qui pourraient structurer la campagne électorale en 2027, entre ceux qui proposeront un projets et ceux qui accumuleront les slogans.
Marie-Eve Malouines,
Editorialiste politique













