La France s’apprête à vivre une baisse démographique sans précédent dans les années à venir : d’ici à 2035, c’est une baisse de 1 676 800 élèves qui est annoncée , soit 14,2 % de la population scolaire actuelle – 15,2 % dans le premier degré et 13,2 % dans le second degré – avec dès la rentrée 2026 une baisse de 2 % soit 125 400 élèves de moins dans le premier degré et une baisse très forte de 20 800 élèves en 6e au collège.
C’est le moment qu’a choisi le ministre de l’Éducation nationale pour supprimer près de 4 000 postes en mettant en avant la préparation d’une « nouvelle politique territoriale pour l’école » . Une décision qui relève d’un déni des enjeux pédagogiques et sociaux de notre époque.
Supprimer des postes alors que le nombre d’élèves va mécaniquement diminuer pourrait sembler logique à un comptable. Mais l’Éducation nationale n’est pas une entreprise, et les élèves ne sont pas des unités de production.
La baisse démographique offre une opportunité unique : réduire enfin les effectifs par classe – la France compte 26 élèves par classe en moyenne au collège contre 21 élèves dans les 22 pays de l’OCDE –, améliorer l’encadrement, et ainsi lutter contre l’échec scolaire et les inégalités territoriales.
Au lieu de cela, le ministre préfère perpétuer un système à bout de souffle, où les enseignants, déjà en sous-effectif, devront faire face à des conditions de travail toujours plus dégradées.
Le gouvernement justifie ces suppressions par la nécessité de « rationaliser » les moyens. Mais rationaliser, dans le jargon ministériel, signifie souvent sacrifier la qualité de l’enseignement sur l’autel des économies budgétaires.
Pourtant, les études le montrent : des classes moins chargées favorisent la réussite, surtout dans les territoires défavorisés. En refusant d’investir dans cette voie, l’État renonce à réduire les fractures éducatives et sociales, condamne des générations d’élèves à un enseignement au rabais malgré l’engagement sans faille de nos enseignants et accentue les stratégies de fuite vers l’enseignement privé – financé à hauteur de 75 % par l’État sans quasiment aucune contrainte ni contrôle –.
Comment attirer de nouveaux talents dans l’Éducation nationale quand on leur envoie le message que leur métier est considéré comme une variable d’ajustement budgétaire ? Les suppressions de postes – plus de 3 000 prévues en 2026 portant à 10 000 les suppressions depuis 2017 – couplées à la précarisation croissante des enseignants dont les salaires sont inférieurs de 14 % à ceux de leurs collègues de l’OCDE en milieu de carrière, ne feront qu’aggraver la crise des vocations.
À terme, ce sont les élèves qui paieront le prix fort, avec des professeurs toujours plus épuisés, toujours moins nombreux, moins formés et toujours moins en mesure d’assurer un suivi individualisé.
La baisse démographique est une chance : celle de repenser notre école, de lui donner les moyens de ses ambitions, et de faire enfin du droit à la réussite pour tous une réalité. Mais pour cela, il faudrait une volonté politique, une vision, et le courage de renoncer à la logique comptable.
En invoquant tout récemment une sorte de « contrat social d’accessibilité où l’on décide que l’école doit être au maximum à dix ou vingt minutes du domicile » qui aggravera inévitablement les inégalités entre les territoires tout en continuant à supprimer des postes, le ministre de l’Éducation nationale fragilise davantage l’école publique face notamment à l’enseignement privé très présent dans certains territoires.
Cette politique de suppressions de postes n’est donc pas une fatalité, mais un choix. Un choix qui dit beaucoup sur les priorités de ce gouvernement : préférer les économies immédiates à l’investissement dans l’avenir. Pourtant, l’école est le socle de notre République, le lieu où se construit l’égalité, la citoyenneté, et l’émancipation. La sacrifier sur l’autel de la rigueur budgétaire, c’est trahir l’idée même que nous nous faisons d’une nation garante du droit à la réussite de tous nos jeunes.
Il n’est pas trop tard pour refaire de l’école une priorité – abandonnée depuis 2017 – et de tenir compte dans le même temps des attentes des enseignants, des élèves et des élu.es pour qui l’école reste un élément clé de la survie de certains territoires. Mais pour cela, encore faudrait-il que le ministre de l’Éducation nationale commence enfin à écouter et surtout à entendre celles et ceux qui, chaque jour, font vivre l’école de la République.
Yannick Trigance
Secrétaire national PS Education
Conseiller régional Ile-de-France



















