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dans International, N°1118

Midterms de novembre 2026 : assiste-t-on définitivement à l’émergence d’une nouvelle Amérique ?

Jean-Claude BeaujourParJean-Claude Beaujour
22 septembre 2026
Midterms de novembre 2026 : assiste-t-on définitivement à l’émergence d’une nouvelle Amérique ?
Analyse

Le 3 novembre prochain, lors des prochaines élections de mi-mandat (midterms) aux États-Unis, les 435 sièges de la Chambre des représentants et les 35 sièges du Sénat seront tous à pourvoir. Parmi les 35 sièges du Sénat, 33 relèvent du cycle électoral régulier et 2 font l’objet d’élections partielles destinées à pourvoir des sièges vacants.

Les élections de mi-mandat sont toujours l’occasion d’une certaine agitation politique, voire de grandes spéculations sur les rapports entre la Maison-Blanche et le Congrès. Ces habituelles discussions préélectorales ne sont pas un simple jeu entre politiciens mais elles traduisent en réalité une conception très américaine de la séparation et de l’équilibre des pouvoirs (« check and balances ») en raison de l’interdépendance entre le Président et le Congrès, le premier ayant besoin du second pour mener sa politique.

Bien que ce ne soit pas une règle d’or et à quelques exceptions près, le Président perd traditionnellement les élections de mi-mandat, ce qui parfois ne l’empêche pas d’être réélu. Ainsi, Bill Clinton avait-il subi une lourde défaite en novembre 1994 avant d’être réélu en 1996. Ce fut également le cas de Barack Obama, qui avait perdu les élections de mi-mandat en 2010 ; défaite qu’il avait lui-même qualifiée de véritable raclée (shellacking), ce qui ne l’avait pas empêché d’être réélu deux ans plus tard !

La première question qui vient à l’esprit lorsque l’on évoque les midterms est l’hypothèse suivant laquelle le Président viendrait à perdre sa majorité. Serait-il alors en mesure de négocier avec le Congrès pour faire passer ses éventuelles réformes ? Dans ce cas, nul doute que le Président saurait faire valoir que le mandat que lui a donné le peuple américain en 2025 compte par-dessus tout.

La seconde interrogation porte sur la capacité du Président à se représenter ; question qui, cette fois, ne se pose pas puisqu’au regard de la Constitution américaine, Donald Trump n’est pas rééligible1.

LE TEST DE VÉRITÉ POUR DONALD TRUMP

Mais dans le cas présent, le scrutin du 3 novembre prochain revêt une importance sans précédent dans l’histoire politique américaine.

Le renouvellement du Congrès à l’automne 2026 ne va pas simplement indiquer une tendance sur la cote de popularité du Président Donald Trump. Il sera vécu comme un indicateur quant au chemin que souhaite prendre l’Amérique pour l’avenir. Deux hypothèses se présentent alors.

Une défaite du Président sera considérée comme un désaveu de sa politique, eu égard aux résultats qui se font attendre depuis deux ans. Par exemple, l’inflation qui, bien qu’en baisse depuis juin 2026, demeure encore élevée par rapport à l’objectif de la Réserve fédérale. De même, le Président avait-il promis de ramener la paix et de ne pas faire la guerre, force est de constater qu’on en est loin. Connaissant la pugnacité du Président Trump, il n’est pas du genre à concéder une défaite, mais il évoquera les forces contraires qui auront empêché un plein succès de son programme.

Si au contraire les électeurs venaient à renouveler très nettement leur confiance aux candidats du camp présidentiel, il faudrait en tirer des enseignements qui valent non seulement pour les citoyens américains mais également pour la communauté internationale. Une victoire nette de la majorité présidentielle indiquerait que c’est toute une certaine vision de la société américaine qui s’affirme. Le philosophe Jean-Yves Heurtebise considère même que le processus de « déconsolidation mondiale des démocraties libérales » est à l’œuvre, processus par lequel les institutions, valeurs et contre-pouvoirs de la démocratie libérale se fragilisent simultanément à l’échelle globale, sous l’effet conjugué de la démondialisation, des replis autoritaires et de la remise en cause des promesses de l’ordre libéral2.

UNE RUPTURE DURABLE AVEC L’AMÉRIQUE D’APRÈS-GUERRE ?

C’est dans ce contexte que nous avons souhaité donner la parole à quelques intervenants aux opinions politiques les plus diverses pour qu’ils nous éclairent sur le point de savoir si l’administration Trump installe durablement une Amérique bien différente de celle que nous avons connue depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

À la lumière de facteurs tels que les institutions, le pacte sociétal américain et la politique étrangère, il faut reconnaître que l’Amérique d’aujourd’hui n’est pas celle d’hier.

S’agissant des institutions, de manière quasi universelle l’Amérique était connue pour être profondément attachée à la démocratie qu’elle voulait promouvoir à travers la planète. Ironie de l’histoire, le questionnement institutionnel se pose au moment où elle fête le 250ᵉ anniversaire de la Déclaration d’Indépendance de 1776, qui avait posé les bases philosophiques de la démocratie moderne en proclamant le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et l’égalité des droits naturels.

Or, s’affrontent désormais les tenants des mécanismes de la démocratie dans l’esprit de 1776 et ceux qui considèrent que le Président élu peut s’affranchir de toutes les contraintes légales, dès lors que son pouvoir émane du peuple. Ainsi assiste-t-on à une mutation durable du système politique américain, avec des règles pas clairement édictées et surtout à travers un pouvoir très personnel du Président bien éloigné de cet esprit de 1776.

S’agissant du pacte sociétal américain, les États-Unis semblent s’enfoncer dans la polarisation extrême, aidés en cela par les réseaux sociaux. Ainsi, par exemple, remettre totalement en cause la politique de diversité aux États-Unis, c’est oublier que l’histoire de ce pays se trouve liée à sa politique de ségrégation qui a laissé des stigmates à une société qui reste meurtrie. Gommer littéralement la politique de diversité sans chercher à l’améliorer, c’est nier la souffrance ou les discriminations dont souffrent certains ; c’est encore prendre le risque de laisser s’affronter deux Amériques plutôt que chercher à les réunir.

S’agissant de l’Amérique dans le nouvel ordre international, s’il est parfaitement concevable qu’un pays doive s’attacher à défendre ses intérêts, et on ne peut pas dire que les États-Unis n’aient jamais défendu les leurs à travers la planète, la question porte sur les conditions dans lesquelles l’Amérique va désormais s’exercer.

Ainsi la place des nations dans le système international ne sera-t-elle qu’une histoire de rapports de force, avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer. L’histoire a fait la preuve que le rapport de force comme seule doctrine est sans doute pire que la recherche, toujours difficile et complexe, d’une relation plus respectueuse de l’autre. D’ailleurs, force est de constater qu’une politique extérieure fondée exclusivement sur la capacité d’imposer aux autres n’est pas nécessairement couronnée de succès.

Le Président nous avait annoncé vouloir et pouvoir régler certains conflits en quelques semaines, dont celui de l’Ukraine.

Or, dix-huit mois après son entrée en fonctions, le conflit se poursuit ; la logique de « deal » du Président fonctionne mal face à une guerre de haute intensité où les enjeux sont existentiels, pas seulement diplomatiques ou économiques. De même que l’opération « Epic Fury » (Fureur épique), campagne militaire lancée conjointement par les États-Unis et Israël le 28 février 2026, visant à détruire les missiles iraniens, à démanteler l’appareil de sécurité du régime et à empêcher l’Iran d’obtenir l’arme nucléaire, n’est pas couronnée de succès, ce en dépit du mémorandum signé par l’Iran et les États-Unis.

En réalité l’Amérique est à un point de bascule car elle semble renoncer à toute sa doctrine d’après-guerre pour basculer vers un modèle qui n’est pas encore défini, avec tous les risques et incertitudes que cela comprend.

Face à cela, les alliés traditionnels des États-Unis, et la France en particulier, doivent plus que jamais comprendre ce qu’il se passe de l’autre côté de l’Atlantique pour s’adapter. Adapter nos économies, notre défense, nos stratégies commerciales et défendre nos valeurs, sont autant de défis que nous devrons surmonter dans un temps très court.

Jean-Claude BEAUJOUR,
Avocat Président du Forum Transatlantique

  1. Le 22ᵉ amendement limite l’élection d’une même personne à deux mandats présidentiels. ↩
  2. Jean-Yves Heurtebise, « Trump, l’Europe et la Chine », revue Esprit, mai 2025, n° 521, p. 85. ↩
Jean-Claude Beaujour

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