Deux événements concomitants, le Pape en visite auprès de la fille aînée de l’Eglise et le 86e Congrès HLM, apparemment sans rapport, nous rappellent l’impératif de solidarité, qu’elle soit religieuse ou républicaine. Loger les Français accomplit l’impératif apostolique comme l’idéal de la République.
La visite du Pape en France aura marqué non seulement la communauté chrétienne du pays mais au-delà l’ensemble de la population. Léon XIV n’est pas un Chef d’État comme un autre, il est le chef spirituel d’une grande religion, qui prône des valeurs de fraternité universelle, sans exclusion, et de générosité. À cet égard, sa venue a soulevé une ferveur chez les croyants, mais à sans doute aussi apporté de l’espoir à tous les autres, athées ou porteurs de fois différentes. Elle l’a fait à un moment de désespérance, de désespoir chez les plus fragiles, de doute chez tous. Dans son discours aux 80000 jeunes réunis au Stade de France il a d’ailleurs dit que les valeurs de la chrétienté étaient celles de notre histoire patriotique: « Les principes d’égalité et de fraternité trouvent (dans les vertus indiquées par Saint Paul) leur fondement: plus que des prescriptions légales, ce sont les choix radicaux et courageux d’un cœur libre. » La religion nous conjure d’être solidaires et charitables pour que la vie de chacun en soit facilitée. Au rang des fondamentaux de la vie, le logement bien sûr. En clôture de son Congrès, Emmanuelle Cosse, au nom de l’Union sociale pour l’habitat, a enjoint le gouvernement -représenté par le ministre de la ville et du logement- de tenir le cap des valeurs républicaines, en affirmant que le mouvement HLM constituait une partie de la promesse républicaine. Le Souverain Pontife et la grande prêtresse du logement social -rester dans le paradigme était tentant- défendent les mêmes valeurs et loger chacun ressortit à ces valeurs. C’est la mission de la collectivité que d’assurer à tous la protection d’un toit.
Les religions comme la laïcité se revendiquent de cette générosité qui ne saurait considérer que le marché règle tout. Le logement n’est pas seulement un objet marchand. Il garantit la dignité de chaque individu et de chaque famille. On sait aussi qu’il est la condition de la sociabilisation: pas de travail sans adresse, pas d’études sans logement, pas de couple ni d’enfant sans domicile. Depuis près de dix ans, cette réalité a semblé disparaître aux yeux des exécutifs successifs, avant que les plus récents ministres n’en fassent de nouveau un cap de l’action publique. Olivier Klein et Patrice Vergriete n’ont pas eu le temps de transformer leurs convictions en politique efficace, tandis que Valérie Létard et Vincent Jeanbrun dans ses pas auront pu changer le cours des choses.
Loger nos compatriotes relève de l’obligation solidaire, qu’on la vive comme un précepte relligieux ou comme un impératif républicain, ou les deux à la fois. Notre pays a perdu beaucoup de son lustre, de ses repères et même de son âme. S’il ne redressait pas la situation du logement, il perdrait aussi ce que les ménages perdent en n’ayant pas de logement, leur respectabilité. Le discours papal n’est pas une douce musique, c’est un appel aux sursauts de conscience, comme les messages laïcs des responsables d’organisations professionnelles ou d’associations du secteur. Promettre, proposer, prier pieusement ne suffit plus.
Henry Buzy-Cazaux,
Président fondateur de l’Institut du Management des Services Immobiliers



















