De la Chine 2

Dans sa  chronique De la Chine, Françoise Thibaut, professeur des universités, membre correspondant de l’Institut de France, passe en revue la stratégie de Xi JinPing pour faire de la Chine le leader du monde de demain.

Le constant sourire de l’aimable président Xi JinPing pâlit un peu – très peu – en dépit de l’ouverture en grande pompe et trompettes de la gigantesque Foire Internationale de Shanghaï, qui réunit plus de 2 700 entreprises étrangères. La conjoncture planétaire n’est pas très engageante, et les beaux Plans à 50 années, assortis des pharaoniques projets de l’OBOR marquent le pas. Le jeu dévastateur du « je te taxe-tu me taxes-taxons nous tous ensemble » enclenché par la stratégie nord américaine déstabilise les marchés, exclut nombre de partenaires d’un marché libéralisé et condamne intervenants directs ou institutionnels à la prudence, cela sans perspective de long terme. Or une économie planétaire globalisée ne peut être solide si elle ne sait pas où elle va et n’a pas de réelle ambition de moyen ou long terme : « L’usine du monde » a donc quelques soucis, même si elle reste largement bénéficiaire.

Par ailleurs, les rouages internes de la République chinoise, sont en difficulté en raison d’une société laborieuse mieux informée, malgré les censures médiatiques, du décalage croissant entre la nouvelle classe moyenne des grandes villes et la persistante pauvreté des régions agricoles traditionnelles. Enfin, le fossé entre le discours officiel et la réalité vécue reste prégnant : « les beaux discours ne consolent pas le peuple, ils l’abrutissent et le fâchent » (Proud’hon).

Dans ce contexte un peu gris – mais sans doute passager – il est possible de revoir quelques aspects de la stratégie Xi JinPing à la lueur de la tradition et du nouveau monde en train de s’ouvrir, en dépit de l’apparent chaos :

– La politique dispense un bon éclairage : les Chinois ont toujours souri des obsessions démocratiques des Occidentaux, de leurs manies électoralistes et de la constante remise en cause de leurs résultats. La disjonction expliquée dans les Livres Blancs entre un pouvoir fort et continu, lequel se conduit en « père de famille », et l’indispensable ouverture libérale de l’économie est confirmée : l’annonce, le 4 novembre, d’une ouverture plus large de la Chine aux importations de tous pays (hors les USA) et la perspective d’un ré-équilibrage, notamment avec les partenaires européens, serait pour ces derniers un véritable ballon d’oxygène, et pourrait commander un regard plus attentif vers le Grand Est.

Mais ce qui agace les Chinois, et leur souriant président, est la discontinuité des responsables occidentaux, l’obligation de s’adapter en permanence aux nouvelles têtes, à des politiques errantes et parfois contradictoires.

Le désordre européen est un obstacle où les répétitifs scrutins envahissent le paysage. Xi JinPing et son puissant Parti, aussi monolithique qu’unique, ont résolu, comme leurs prédécesseurs, impériaux ou communistes, la question de la continuité du pouvoir politique, en choisissant pratiquement le contrat à vie : Monsieur Xi durera aussi longtemps que Mao, que la Reine d’Angleterre ou l’Empereur du Japon (encore que ?…) puisqu’il est bienfaisant, assurant ainsi la stabilité de la nation, indispensable à tout épanouissement économique.

A cet égard, le message des Livres Blancs de 2017-18 est clair, d’une grande lucidité sur la nécessité d’écarter les erreurs  de l’instabilité et des « jeux de Cour ». Seul un pouvoir central, non oppressif mais constant et ferme dans sa continuité, pourra développer l’économie, assurer à l’immense Chine la certitude du progrès. C’est (comme il a été déjà écrit) la version chinoise du système « control and confort » pratiqué avec succès à Singapour ou en Corée du Sud, dans lequel en exigeant de la population dans son ensemble un comportement raisonnable et « conforme », l’Etat bienveillant et paternel assure le bien être social et un « vivre ensemble » à peu près satisfaisant. Le côté « Chine éternelle » ressurgit aussi, appuyé sur quelques principes confucéens des plus rassurants. Encore faut-il que le contrat soit rempli par le pouvoir, or dans un contexte international aussi remuant et incertain, ce n’est pas chose facile.

Au surplus, on ne saurait négliger deux écueils incontournables : 

D’une part  le plus grand ennemi de l’avenir de la Chine, est sa corruption endémique.

Et à tous les niveaux, des plus hautes sphères au village le plus pouilleux du système. Que penser des nombreux potentats régionaux, vivant et prospérant très loin de Beijing dans la parfaite impunité que confèrent la distance de l’autorité centrale et la « camaraderie » au sein de la cellule locale du Parti ? Certes, il y a bien quelques limogeages emblématiques au plus haut niveau, comme celui de Wu Xiaohui (patron du tentaculaire groupe d’assurances Anbang) ou bien les doutes sur la fortune de Guo Guangchang (patron du groupe Fosun, racheteur en France du Club Med), mais cela reste parcellaire et sans réel effet tant l’argent est dilué dans toutes sortes de combinaisons nationales et internationales. D’ailleurs ces interventions gouvernementales dévoilent le second écueil du système : la manie « d’effacer » brutalement les gêneurs, ou ceux considérés comme « déviants ». Les prétextes sont multiples : dérives financières, mauvaises fréquentations, propos imprudents, risques d’ambitions inacceptables, la liste est longue… C’est ce qui est arrivé à Meng Hongwei, le directeur d’Interpol (basé à Lyon) carrément « kidnappé » et disparu, au grand étonnement des Occidentaux. Ce n’est pas nouveau : tous les empereurs de toutes les dynasties ont toujours  fait disparaître derrière un mur de silence ceux dont ils ne voulaient plus voir la face, et qu’ils considéraient comme dangereux ; les différents chefs révolutionnaires puis communistes ont fait de même. Ce qui conduit au plus grand danger pour un gouvernant : l’isolement, la surdité et le repli du pouvoir dans une spirale soit d’inertie soit de violence… laquelle finit toujours par générer une opposition. Cette violence soudain dévoilée à l’international laisse perplexe sur bien d’inavouables aspects du paradis asiatique.

–  Le second risque du Contrat à 50 annéess est la difficulté à créer une cohésion sociale dynamique et durable : l’opposition entre villes et campagnes reste vive, même si d’appréciables progrès ont été accomplis pour certaines régions. Parfois le décalage s’amplifie au gré de grands chantiers innovants dont l’apport aux plus déshérités est fort douteux, détruisant de manière autoritaire l’environnement rural, les habitats, les emplois anciens. La condition des femmes en milieu rural reste très difficile, de même qu’en ville « le peuple des rats », ces ouvriers (et surtout ouvrières) sous-payés, logés en dortoirs ou entassés dans des sous sols, reste une réalité.

Autre souci, lequel a la particularité de juxtaposer une erreur tenace et une incontournable vérité : le mélange de la stratégie de l’enfant unique, qui fut en son temps une idée (et une contrainte) raisonnable afin de contourner une démographie galopante et le retour des famines,  est assortie du vieillissement de la population dû, comme partout, aux progrès des soins médicaux et de l’alimentation.

Sous peu, la République Populaire de Chine va se retrouver avec un déficit aggravé d’adultes – notamment de femmes capables à la fois de travailler et de procréer – et un poids considérable de personnes âgées. 

Dans les villes, notamment, les jeunes femmes désormais « instruites, veulent « une carrière » et pas d’enfants. Par ailleurs, la stratégie de l’enfant unique est tellement ancrée dans les mœurs que la famille « élargie » tend à disparaître. L’abandon de la vie rurale par les jeunes générations produit également les effets pervers de la dislocation socio-familiale. 

On ne réforme pas une société en quelques lustres… Surtout dans l’espace chinois où  territoires immenses et populations sont  tellement divers. La mosaïque des groupes sociaux est infinie, tant par leurs mœurs que leurs croyances. Ne jamais oublier que certains groupes se détestent les uns les autres, et seraient facilement prêts à en découdre. Les Empires du Nord n’ont jamais oublié leur puissance perdue. L’évolution ne peut être que lente… même si Monsieur Xi aimerait plus de rapidité, mais on ne peut rien contre la mémoire et le temps. D’autant que la Chine est » lente » : son temps de réactivité est long, dû justement à la diversité et à l’immensité ; ce peut être aussi un atout. En Chine la vie est une longue patience. Monsieur Xi en est conscient, obtenant de ses pairs le plus long contrat possible, sa propre vie… afin de contrecarrer l’inexorable succession des Lunes.

Depuis le 11 mars 2018, celui que l’on surnomme désormais l’Empereur rouge  a obtenu – à 65 ans et à la quasi unanimité – des représentants du peuple (2 contre, 3 abstentions sur 2 960 votes ) de conserver le pouvoir aussi longtemps qu’il lui plaira ; il est aussi Secrétaire général du Parti et chef des armées. Nous sommes donc dans un schéma connu, lequel mène parfois à la paranoïa et au rejet de toute dissidence si ténue soit-elle. Il apparaît en outre vis à vis de l’opinion comme un chevalier blanc exempt de tout soupçon, ne voulant que « le bien du peuple et d’une Chine qui a  enfin sa place dans le contexte international ». Pour l’instant, tout en inspirant une certaine crainte, le président Xi est fort populaire.

Le grand absent du paysage idyllique proposé par le président Xi est l’environnement.

Que la planète soit en train de mourir sous le poids d’une modernité saccageuse n’est pas son problème. Mais vu la place de la Chine dans le concert des nations polluantes, une réflexion honnête sur le côté dangereux de cette croissance à n’importe quel prix rendrait le message plus pertinent.

Le monde entier connaît la pollution aérienne des mégapoles chinoise, les ravages de l’énergie produite avec le charbon, le détournement des cours d’eau, la construction de barrages géants au détriment des habitants des vallées, des cultures et des forêts…

La liste est longue et s’allonge : on ne peut qu’adhérer au superbe programme OBOR « One Belt One Road » qui va désenclaver l’Asie centrale et contribuer au développement de la Chine et de la Russie intérieures. Mais à quel prix ?… Le  premier axe (du nord de Beijing à Duisbourg en RFA) sera opérationnel dans sa totalité en 2023. Il l’est déjà partiellement. L’autoroute deux fois deux voies est accompagnée d’installations photovoltaïques gigantesques, de villes nouvelles préfabriquées, de dépôts de carburants et d’entrepôts de transit. Une voie de chemin de fer parallèle à la route est prévue, ainsi que des terminaux d’aéroports nouveaux. Les bretelles additionnelles vers le Pakistan, l’Inde, l’Iran, Moscou et la Baltique, sont programmées, voire commencées. La  nouvelle route de la soie intrigue, inquiète ou enchante, on ne sait… Mais, sur place, ce ruban de béton à travers les vastes plaines centrales, apporte avec ses chantiers destructeurs, son matériel envahissant, sa pollution, bien des craintes. Les habitants locaux n’en profitent pas, au contraire, et sont peu associés. Là aussi la corruption bat son plein. La quasi totalité de la main d’oeuvre est « importée » et chinoise. Que vont devenir la légendaire steppe de Dersou Ouzala et le mystère du lac Baïkal, si cher à Sylvain Tesson, dont l’eau est encore la plus pure du monde ? Deviendront-ils des lieux de déchèteries industrielles,  ravagés de résidus bitumineux  ?

Que dire aussi, des « villes nouvelles » destinées à enrayer la croissance désordonnée des mégapoles, telle Xiong’an (dite « ville intelligente ») au sud de Beijing, ou des zones économiques spéciales des districts de Rongcheng ou de Tianjin ? Cette démarche n’est pas nouvelle : déjà en 1980 Deng Xiaoping a créé la zone spéciale de Shenzhen  près de Hong Kong,  et en 1992 Jiang Zemin lança la zone nouvelle de Pudong à Shanghaï sur l’autre rive du fleuve, afin de désenclaver la ville asphyxiée. Mais le gigantisme des nouveaux projets effare, d’autant que leur mise en œuvre se fait de manière très autoritaire, avec l’objectif annoncé de « remodeler la vie des gens », et profite surtout aux géants des hautes technologies chinoises tels Alibaba ouTencent et Baidu, en y déployant l’intelligence du futur sensée transformer radicalement le tissu social et la vie urbaine. Les requins de l’immobilier ne sont pas en reste, qu’il s’agisse du taux des loyers ou des possibilités d’acquisition d’un logement. Toutefois… certains chantiers sont en panne, et certains projets retardés ou simplements abandonnés. Le « peuple » est peut être moins malléable qu’espéré, d’autant que  la perspective de l’arrivée massive de grandes entreprises a fait flamber les prix. Des millions de gens ont été ainsi délocalisés et contraints, faute de moyens, de partir dans des districts voisins.

Heureusement, les Chinois ont la bonne habitude de ne vivre que dans le présent. Leur histoire lointaine ou contemporaine le leur a appris. Il y a aussi des bienfaits (peut être n’en parle-t-on pas assez). La République vient tardivement à la protection de la nature : si le Parc national a été inventé aux Etats-Unis en 1872 pour freiner les désastres des déboisements sauvages, les Chinois découvrent leurs propres richesses naturelles et tentent désormais de les protéger des exploitations abusives ou du béton. Ainsi, le premier Parc national de Chine a été ouvert dans la Province nord-ouest du Yunnan en 2006, à l’initiative d’une organisation non gouvernementale et des autorités locales. Mais sa portée est également politique puisque cette belle zone agricole traditionnelle est peuplée en fait d’agriculteurs et d’éleveurs tibétains.

L’angoisse alimentaire est omniprésente dans la mentalité et le pouvoir de la Chine. Ses peuples ont eu tellement faim… toujours… La perspective de nourrir 2 milliards d’individus reste la préoccupation majeure, souvent non exprimée. Elle peut expliquer en partie la main mise sur l’immensité d’Asie centrale dont les possibilités de développement ne sont pas exclusivement industrielles et commerciales, ainsi que l’achat de terres agricoles dans le monde entier, qu’il s’agisse de l’Europe, de l’Amérique latine et surtout de l’Afrique.

Le aventures environnementales de la République chinoise se prolongent en mer, avec ses ambitions de conquêtes des espaces côtiers, ce qui génère de constants conflits avec ses voisins les plus proches (surtout le Japon). L’édification de plateformes et d’îles artificielles le long de ses côtes inquiète, à la fois sur un plan écologique et politique. Son ambitieuse stratégie portuaire essaime tout au long de ses rivages, crée d’implacables zones destructrices des espaces naturels pour laisser place aux silos de carburant et au béton. Attendons la suite….

Sur le plan international, par l’ambition de ses projets, l’adoucissement de ses attitudes, l’apparente occidentalisation de ses stratégies et de ses manières diplomatiques, la République Populaire de Chine s’est hissée au tout premier rang   des «  puissances » de manière visible sous deux angles : d’une part dans le cercle de l’ONU  et de la diplomatie multilatérale, elle tend à occuper les terrains récemment abandonnés par les Etats-Unis, et se pose – elle aussi – en « arbitre du monde ». Son rôle dans l’épineux problème nord coréen est évident. Au Conseil de sécurité, elle ne pratique plus le veto systématique dans la foulée de la Russie, mais exprime souvent des choix modérés, conciliant ses propres intérêts et ceux de la communauté occidentale.

En second lieu, la Chine se dégage progressivement de son étiquette « d’atelier du monde », uniquement manufacturier et marchand, pour accéder à une considération financière et diplomatique généralisée.

Désormais au coeur des stratégies financières de rachats de dettes, d’avoirs bancaires et d’orientations de long terme dans les pays dits « émergents », son arbitrage est écouté. Ses alliances avec l’Inde ou le Pakistan étaient inimaginables il y a quelques années, de même que l’extension de ses influences en Afrique ou dans le pourtour de la zone Pacifique.

 Aucune idéologie précise n’est imposée, le souci étant l’expression de perspectives d’avenir commun sous son impulsion. Par contre, le désir d’intégrer peu à peu Hong Kong dans le système de Chine continentale, de récupérer Taïwan et – pourquoi pas ? – d’ajouter Singapour à sa panoplie, est clairement exprimé. Si l’expérience réussit, les tentacules de l’OBOR se déploieront dans toutes les directions, aboutissant à tous les rivages océaniques, modifiant considérablement la géographie du commerce international et ses flux financiers. Cela peut se prolonger jusqu’en Méditerranée où la Chine est déjà partenaire du Pirée, de Gênes, de Valence. L’OBOR est prévu jusqu’à Brest et Santander vers 2030/35.

Qu’il s’agisse de l’État ou d’initiatives privées, la Chine est désormais sur tous les fronts de la finance, de la culture, du commerce et de l’innovation.

En témoigne la 5e édition, en juin 2018, du World Cities Culture Symposium à Chengdu, capitale provinciale du Sechuan, attirant pour la première fois en Chine, les représentants des 38 Cités membres de cette organisation créée en 2012, afin d’élaborer et de promouvoir des politiques culturelles communes dans le monde entier. Ou bien la 4e Foire Internationale du Tourisme à Lhassa au Tibet qui met somptueusement en scène les atouts de la Région Autonome ; une façon de démontrer aussi que 50 ans de « colonisation » forcée n’ont, au bout du compte, apporté que des bienfaits. Le domaine de la science et de la recherche n’est pas oublié, puisque plus de 800 conventions de tous ordres sont conclues avec les Centres de recherche les plus innovants de la planète. Le top 20 des meilleurs universités mondiales comprend désormais pas moins de 5 Centres chinois, etc…

Le président Xi et ses proches font le pari du temps long, tout en exigeant un rythme accéléré de réformes et d’innovations.

Même s’ils savent que les USA « tiennent » le monde par le billet vert et leurs réseaux d’information et de renseignements, ils misent sur l’affaiblissement du règne américain. Pour leur plus grand profit : puisque la stratégie yankee est  « un repli sur soi et la haine de l’autre,  laissons l’Amérique aux Américains, elle est bien assez vaste (…) la Chine offre l’ouverture au monde, sans imposer sa loi, ni mélanger cette démarche avec sa politique intérieure »… Sans commentaire.

Pour les Européens « l’éveil » chinois est une opportunité sans doute exceptionnelle, qui consistera à ne pas se laisser dévorer, mais à nouer des liens eurasiens de Brest à Shanghaï et du Cercle Polaire au Sechuan.

Les relations sont déjà très avancées, mais se font davantage pays par pays, plutôt qu’avec l’entité Europe. A force de s’enliser dans leurs stériles chamailleries, les Européens – quels qu’ils soient – n’ont toujours pas intégré la formule de Paul Valéry : « l’Europe n’est qu’une péninsule avancée de l’Asie ». Le regard rivé sur  le turbulent « Ami » atlantique – qui sauve et lamine tout à la fois – ne suffit plus. L’Eurasie est une réalité qui couvre 12 fuseaux horaires et va de l’Arctique au Tropique du Cancer. Le président Xi en a, lui, parfaitement conscience et se donne les cartes pour s’approprier indirectement le plus gros marché économique du monde. Lors de la Réunion Asie-Pacific, de ce novembre, il ne manque pas de fustiger amplement la politique « de très court terme » de la Maison Blanche et de présenter l’OBOR et les autres projets « comme une main tendue et non une menace ». De ce point de vue l’alliance faite avec la Russie de Vladimir Poutine pour l’OBOR, renverse les perspectives. L’Europe Occidentale a toujours considéré la Russie comme « un parent pauvre » : elle risque de se tromper maintenant. Alors qu’elle est alourdie de souvenirs affreux, bloquée dans ses contradictions, empêtrée dans la discorde, elle ferait bien de regarder vers l’Est nouveau qui se profile.  Même si tout est loin d’être parfait, cela donnerait quelque espoir à sa jeunesse, comme le proposent les slogans affichés à l’entrée des villes et villages des provinces chinoises : « Notre jeunesse est notre richesse ».

Françoise Thibaut
Professeur des Universités, membre correspondant de l’Institut  de France (ASMP)