Election locale symptomatique ou pouls révélateur de l’état de santé démocratique : Niksic au cœur des attentions

Ce dimanche 14 mars se déroulent les élections  locales à  Nikšić,  deuxième ville par ordre d’importance numérique au Monténégro. Avec ses 46 000 habitants (sur 600 000 au total pour le pays), cette ville mérite sans conteste un statut bien plus important que celui accordé par les observateurs de Bruxelles, Paris ou Berlin.

En effet, les élections dans cette petite ville revêtent un caractère potentiellement crucial pour l’avenir démocratique, économique et géopolitique de l’ensemble du Monténégro.

En termes de démocratie, ce scrutin dominical sera probablement un indicateur décisif quant à savoir si oui ou non un régime et un mode de gouvernance seront effectivement parties de l’Histoire. Il s’agit notamment de comprendre si Milo Đukanović, actuel Président du Monténégro et du DPS, originaire de Nikšić d’ailleurs, figure politique tutélaire et incarnation vivante de la gouvernance pratiquée par Son parti depuis 30 ans, mêlant népotisme, corruption et divisions, est défait une seconde fois en moins d’un an après les dernières législatives. Le même homme, par ailleurs, a orienté le Monténégro vers l’Union européenne, l’a quelque peu éloigné de la Russie et efficacement fait adhérer à l’OTAN.

Il se déclarait à l’envi comme formellement partisan d’un État des citoyens fondé sur la prédominance des lois, l’indépendance des institutions et la liberté des médias.

Dans les faits, une manifeste discordance entre la société démocratique promise et le système politique en place, lequel reposait exclusivement sur le clientélisme et la discipline du Parti, se trouve être à l’origine de la victoire remportée aux législatives du 30 août 2020 par la coalition tricéphale du Front démocratique d’Andija Mandić, des Démocrates de l’actuel Président du Parlement Aleksa Bečić et d’URA du vice-Premier ministre en fonction Dritan Abazović. Un second élément, non moins important, a précipité la défaite du DPS l’été dernier, à savoir le mépris réservé aux droits fondamentaux, notamment de culte, d’une partie considérable des citoyens du Monténégro traditionnellement et historiquement rassemblés autour de l’Église orthodoxe serbe et du métropolite Amfilohije, depuis décédé.

Tout ceci explique pourquoi les résultats de Niksic sont profilés comme le reflet de la volonté actuelle de l’ensemble du corps électoral monténégrin, avis partagé dans un très rare point d’accord par l’ensemble des parties. Pour la coalition, il est question de confirmer sa victoire et de possiblement élargir sa majorité d’un seul siège au Parlement national. Pour le DPS, il serait fondamental de faire passer le août 2020 comme un simple accident de parcours.

En termes économiques et géopolitiques, une victoire de la Coalition sur le DPS du Président Đukanović serait une façon de refocaliser le Monténégro sur l’Union européenne et son modèle de gouvernance.

En effet, bien qu’officiellement orienté vers l’intégration transatlantique, Milo Đukanović a cependant toujours préféré confier les investissements majeurs dans les infrastructures et les crédits qui vont de pair à un partenaire peu enclin à la transparence dans les affaires, la Chine. En sus d’une absence quasi-totale de transparence dans la planification du budget, cette orientation a eu une conséquence catastrophique au niveau de l’augmentation de la dette publique du Monténégro.

Bien entendu, la Coalition ne fait pas elle-même preuve d’un immense esprit de conséquence en matière d’orientation stratégique, considérant que Andrija Mandić, un de ses chefs de file, est régulièrement décrit comme un Cheval de Troie pro-russe ouvertement opposé à l’OTAN. Pas très convaincant comme partenaire s’agissant d’un véritable attachement du Monténégro aux valeurs euro-atlantiques. Mais chacun pourra admettre que le Premier ministre du Monténégro, Zdravko Krivokapić, véritable leader de la Coalition, a démontré sans ambages que sa politique et celle de son Gouvernement repose fondamentalement sur la voie euro-atlantique du Monténégro. C’est pourquoi, dans la mise en œuvre d’une telle politique, aucune place au Gouvernement ne pouvait être attribuée à Andija Mandić, même si beaucoup avaient sollicité son intégration dans le Gouvernement, à Belgrade notamment.

C’est pourquoi les élections à Nikšić doivent être attentivement auscultées, comme le pouls général du patient monténégrin, d’abord à Bruxelles mais aussi à Washington. Aucun doute qu’il le sera à Belgrade et à Priština !

Vladimir Krulj
Économiste franco-serbe (HEC-Paris, Auditeur de l’ENA et Economics Fellow, Institute of Economic Affairs, Londres)