Aux premières heures du 3 janvier 2026, sur ordre de Donald Trump, l’armée américaine a effectué un raid sur Caracas et a capturé Nicolás Maduro et son épouse. Le chef d’État vénézuélien, dont la tête avait été mise à prix par la justice américaine, a été remis à la DEA et au FBI. Le soir même, le couple Maduro a été transféré dans un avion du FBI à New York où il doit être présenté, ce 5 janvier, à un tribunal fédéral. Comment s’est déroulée cette spectaculaire intervention américaine et quel est désormais l’avenir du Venezuela ?
La reprise en mains du continent américain
Cette action éclair s’inscrit dans l’opération plus large dénommée « lance du sud »[1]. Depuis août 2025, celle-ci a mobilisé progressivement 20 % de l’US Navy. Le Secrétaire américain à la Guerre, Pete Hegseth, a d’ailleurs déclaré que le but poursuivi est la défense de la patrie contre les « narcoterroristes »[2]. Au 29 décembre, l’opération « lance du sud » avait mené trente frappes contre des embarcations accusées de convoyer de la drogue, causé la mort de 107 trafiquants présumés et conduit à l’arraisonnement de trois pétroliers d’une flotte fantôme transportant du pétrole sous sanction vers l’Iran et Cuba[3].
Le 3 janvier, Donald Trump, Pete Hegseth et Marco Rubio ont présenté le raid sur Caracas comme une opération de simple police visant à exécuter un mandat d’arrêt contre un trafiquant de cocaïne. Il s’agit de l’application la plus concrète de la nouvelle stratégie de sécurité nationale des États-Unis[4] : protéger les intérêts nationaux fondamentaux, réaffirmer et mettre à jour la doctrine Monroe en reprenant en mains l’hémisphère occidental, empêcher les concurrents non hémisphériques de déployer des forces ou d’autres capacités menaçantes et de contrôler des actifs stratégiques vitaux sur le continent[5].
Or, le Venezuela était connu pour ses liens étroits avec les autres dictatures du Sud global comme Cuba, le Nicaragua, la Russie, la Chine ou encore l’Iran[6]. Nicolás Maduro se croyait, à tort, « protégé par le « parapluie » russe, comme à l’époque de la guerre froide » et par les liens commerciaux avec la Chine[7].
Chaises musicales ou effet dominos
La chute de Maduro ouvre une période de transition complexe. Donald Trump a annoncé que Washington va « diriger » le pays jusqu’à une « transition sûre, appropriée et judicieuse » et qu’ainsi un second raid militaire pourra être évité. Il a ajouté que des compagnies américaines vont investir plusieurs milliards de dollars afin de faire repartir le secteur pétrolier. Dans cette optique, le Président américain a déclaré sur Fox News qu’il ne laissera « personne du régime Maduro » lui succéder : les dominos du régime chaviste devront donc tomber les uns après les autres (fuite à l’étranger ou élimination en cas de résistance). Cependant, Donald Trump a indiqué que Delcy Rodríguez, la Vice-présidente du Venezuela en charge des ministères du Pétrole et des Finances, semblait disposée à collaborer à la transition souhaitée : il lui a demandé d’assurer l’intérim, probablement pour diminuer le risque d’une déstabilisation brutale du pays et d’une guerre civile.
Mais, devant la télévision d’État et entourée des hommes forts du régime, Delcy Rodríguez a exigé le retour de Nicolás Maduro[8]. Donald Trump l’a alors avertie qu’elle « paiera cher, probablement plus cher que Maduro » si elle « ne fait pas ce qu’il faut »[9]. Le 4 janvier, Marco Rubio a précisé que les États-Unis ne dirigeront pas directement le Venezuela, mais qu’ils « feront pression pour obtenir des changements par le biais d’un embargo pétrolier » et, sur Telegram, Delcy Rodríguez a finalement appelé à la coopération avec Washington[10].
Pour l’instant, Donald Trump a écarté le recours au tandem entre María Corina Machado, cheffe de file de l’opposition, et Edmundo González Urrutia, Président élu le 28 juillet 2024 réfugié en Espagne : serait-ce parce que la prix Nobel de la Paix 2025 est une femme de caractère ? Il paraît toutefois délicat, à moyen terme, de se passer de ce duo qui bénéficie d’une grande popularité. Il semble également difficile de justifier, auprès de l’électorat MAGA, le choix de « co-gouverner », comme dans un jeu de chaises musicales, avec les complices de Nicolás Maduro accusés aussi de narcotrafic par le ministère américain de la Justice et dont les noms sont cités dans les rapports des enquêteurs de l’ONU sur les crimes commis au Venezuela depuis 2018[11]. Marco Rubio est bien conscient qu’il faudra passer par la case « élections », mais il considère que cela est encore prématuré.
David Biroste
Docteur en droit et Vice-président de l’association France – Amérique latine Caraïbes (latfran.org)
[1] Southern Spear (lance du Sud) est le nom de code attribué au déploiement naval américain qui vise à lutter contre le narcotrafic dans l’Océan Pacifique oriental et en mer des Caraïbes, notamment au large du Venezuela accusé d’être un narco-État.
[2] Thomas Graindorge, « « L’opération Southern Spear« , cette guerre à bas bruit que mène Donald Trump », Le Point, 14 novembre 2025.
[3] Eric Schmitt, « U.S. Kills 2 in Strike in Pacific, as Trump Pressures Venezuela », The New York Times, 29 décembre 2025.
[4] White House, National Security Strategy of the United States of America, Washington, Novembre 2025 (pp. 15 à 19).
[5] La doctrine Monroe a été théorisée en 1823 par le 5ème Président des États-Unis : les anciennes puissances coloniales européennes ne doivent plus intervenir dans les Amériques tout comme les États-Unis doivent s’abstenir de s’ingérer dans les affaires du continent européen. Par ailleurs, pour la Maison Blanche, l’« hémisphère occidental » représente l’ensemble du continent américain, de l’Alaska à Ushuaïa en passant par les Caraïbes.
[6] Anatoly Kurmanaev, Nicholas Nehamas et Farnaz Fassihi, « Behind the Seized Venezuelan Tanker, Cuba’s Secret Lifeline », The New York Times, 12 décembre 2025
[7] Pascal Drouhaud, « El nuevo tigre de papel », El Diario De Hoy, 12 janvier 2025.
[8] Audrey Parmentier, « Pourquoi Donald Trump a-t-il choisi Delcy Rodriguez, une fidèle de Maduro, pour diriger le Venezuela ? », L’express, 4 janvier 2026.
[9] Michael Scherer, « Trump Threatens Venezuela’s New Leader With a Fate Worse Than Maduro’s », The Atlantic, 4 janvier 2026.
[10] Jacob Burg, « L’armée américaine restera dans les Caraïbes pour exercer une pression sur le Venezuela, affirme Marco Rubio », The Epoch Time, 5 janvier 2026.
[11] Conseil des droits de l’Homme, Report of the independent international fact-finding mission on the Bolivarian Republic of Venezuela, Genève, 22 septembre 2025 ; Conseil des droits de l’Homme, Crímenes de lesa humanidad: el rol de la Guardia Nacional Bolivariana, Genève, 11 décembre 2025.



















