L’Afrique à l’épreuve du coronavirus

Longtemps épargnée, l’Afrique est désormais touchée par la pandémie. Evelyne Stirn, avocate internationale, coauteure de L’éveil décisif de l’Afrique, réagit.

Cette fois, nous y sommes : une terrible leçon nous est infligée, la planète sera sauvée ou ne le sera pas car ce covid-19 ne connait pas de frontières. Il poursuit ses morbides pérégrinations. Ayant débuté sur le continent asiatique, il a envahi l’Europe, les Etats-Unis et l’Amérique latine. Pour cette fois l’Afrique reçoit la salve en dernier mais comme toujours elle est la plus fragile face à cet ennemi.

Pourquoi ?

Parce que ce continent aussi peuplé que la Chine ou l’Inde reste le moins développé : accès à l’eau et à l’énergie très insuffisants, infrastructures encore rares, taux de scolarisation et de prise en charge sanitaire très inégal.

42 pays africains sur 54 sont touchés par le coronavirus et l’Organisation mondiale de la santé lance chaque jour des avertissements au reste du monde :

l’Afrique n’a pas les moyens d’affronter cette pandémie !

Certes tous les pays africains prennent comme ils le peuvent des dispositions rapides : suspension de toutes les liaisons aériennes, maritimes et terrestres sur le continent et avec le reste du monde, confinement progressif et préconisation des mesures barrières.

Mais comment se laver les mains toutes les heures alors que la majorité des africains n’ont pas accès à l’eau potable et vivent avec moins de deux euros par jour ?

Comment se signaler aux autorités de santé pour se faire soigner et éviter ainsi la contagion lorsque les infrastructures sanitaires sont dramatiquement inférieures aux besoins démographiques du continent ?

L’espérance de vie et en bonne santé des Africains est de 50,9 à 53,8 ans.

Il n’y a en moyenne sur le continent que deux médecins et 15,5 lits, 0,7 spécialistes (chirurgiens, anesthésistes…) pour 10 000 habitants alors que l’OMS en recommande 20 à 40.

Voila pourquoi l’éveil de l’Afrique est incontournable !

Voila pourquoi la mobilisation de tous les responsables politiques africains et la consolidation de tous les bailleurs de fonds internationaux publics et privés est cruciale pour prendre des décisions rapides de financements sécurisés et épargnés de toute corruption, cet autre virus mortel, afin que l’accès à l’eau, à l’énergie, à la santé à l’éducation permettent une vie digne pour chaque africain.

Le Covid-19 nous contraint à entendre de nombreux enseignements sur l’urgence de modifier à l’échelle planétaire nos modes de vie, notre responsabilité individuelle et collective face à nos choix de consommation, nos solidarités économiques et financières trop craintives.

Après ces confinements massifs, femmes et hommes se déplaceront de nouveau pour des raisons professionnelles, familiales et touristiques.

Chacun est désormais face à ses responsabilités.

Pour les responsables politiques africains il n’y a plus un instant à perdre : le Covid-19 les enjoint à construire plus vite encore les économies de leurs pays et la consolidation économique et industrielle du continent afin de sauver leurs peuples car qui peut tolérer encore et encore ne pas avoir droit à une vie digne ?

Pour les responsables politiques des autres continents certes plus développés, le Covid-19 envoie des injonctions puissantes à concevoir un développement économique et social différent face à la crise économique aiguë et à la vague inflationniste qui va nous submerger.

Que sera le monde d’après Covid-19 en Afrique ?

Celui que ses décideurs politiques et économiques en feront avec la solidarité active de la communauté internationale.

Faisons ensemble le serment que ce virus sera un des leviers déterminants de son émergence définitive.

Evelyne Stirn
Avocate internationale
Coauteure de L’éveil décisif de l’Afrique, Editions l’Harmattan