Laurence Sailliet « En tirant les leçons de nos échecs, nous sommes déterminés à redonner un avenir à notre pays »

A la veille de l’acte 19 des « gilets jaunes » et au lendemain des tensions entre le Sénat et l’éxecutif , la porte-parole des Républicains, Laurence Sailliet, a répondu aux questions de la RPP. Tour d’horizon dans un contexte de crise.

Arnaud Benedetti – Demain aura lieu le 19e acte de mobilisation des « gilets jaunes ». Que peut et que doit faire le gouvernement selon vous ?

Laurence Sailliet – La responsabilité du président de la République et du gouvernement est d’abord de rétablir l’ordre. Des commerçants ont déjà déposé le bilan ; des salariés sont au chômage technique ; plus d’un millier de policiers et gendarmes ont été blessés. Nous demandons depuis des semaines que le gouvernement prenne la mesure de la situation et les mesures qui s’imposent. Comment accepter que le Code pénal ne soit pas strictement appliqué face à une poignée de casseurs ultra-violents ? Les manifestations non déclarées sont des attroupements illégaux et doivent donner lieu à des interpellations et des poursuites systématiques. Comment accepter que 95 % des individus interpellés aient été remis en liberté ? Nous avons fait des propositions fortes.

Par exemple, il faut instaurer des peines-plancher exemplaires pour ceux qui s’en prennent aux dépositaires de l’autorité publique.

Les casseurs et les délinquants doivent être mis hors d’état de nuire.
 
Arnaud Benedetti – Au début du mouvement les Républicains ont donné le sentiment de soutenir les « gilets jaunes », puis de prendre par la suite leurs distances… Avec cet infléchissement, ne risquez-vous pas d’abandonner la question sociale au Rassemblement national ou à Debout la France ?

Laurence Sailliet – Nous avons soutenu et nous soutenons les revendications justes et légitimes de beaucoup de Français : trop d’impôts, trop de taxes, trop de normes (je pense à l’absurde limitation de vitesse généralisée à 80 km/h sur les routes secondaires). Nous avons été précurseurs en  nous opposant inlassablement à la hausse des taxes sur les carburants ou à l’augmentation de la CSG sur des millions de retraités. Défendre les territoires oubliés et les classes moyennes est dans l’ADN de notre famille politique. Rappelons que Laurent Wauquiez a été maire du Puy-en-Velay pendant huit ans et qu’il a écrit un livre lucide intitulé La Lutte des classes moyennes en 2011.
 
Dès que le mouvement a basculé dans la violence, nous avons immédiatement appelé au retour à l’ordre. Le 23 octobre, nous avons proposé au Sénat une loi anti-casseurs à laquelle les sénateurs En marche ! se sont opposés. Le 4 décembre, nous avons proposé le rétablissement de l’état d’urgence et le gouvernement nous a opposé une fin de non-recevoir. Contrairement aux extrêmes, nous nous sommes engagés dans le grand débat national car nous voulons tout mettre en œuvre pour sortir du chaos dont Emmanuel Macron porte une lourde part de la responsabilité. Méditons cette phrase magnifique de Charles Péguy : « Rien n’est meurtrier comme la lâcheté ; rien n’est humain comme la fermeté. »
 
Et tout au long des semaines passées, nous avons mis sur la table des propositions précises pour répondre au ras-le-bol inédit des Français. Nous serons vigilants car il est hors de question de se laisser duper : après les paroles, il faut passer aux actes. Nous demandons entre autres la suppression de la hausse de la CSG et la revalorisation des pensions au niveau de l’inflation pour tous les retraités ainsi qu’une baisse de 10 % de l’impôt sur le revenu. La condition à toute baisse de fiscalité est la baisse de la dépense publique : nous avons proposé dès octobre un plan de 20 milliards d’euros d’économies par an. Les primes gouvernementales financées par le déficit public sont les impôts de demain.

Cette année, la France aura pour la première fois le déficit public le plus élevé de tous les pays de la zone euro.

On ne réforme pas la France quand on ne réduit pas la dépense publique, notre pays ayant en ce domaine le triste record de l’OCDE.
 
Arnaud Benedetti – Le bureau du Sénat vient de saisir la justice au sujet des auditions d’un certain nombre de proches de l’Etat dans le cadre de la commission d’enquête relative à l’Affaire Benalla. Sommes-nous selon vous entrés dans une phase de crise institutionnelle ?

Laurence Sailliet – Le Sénat est parfaitement dans son rôle de contrôle de l’exécutif. Le gouvernement prétend défendre la séparation des pouvoirs : comment accepter qu’il insulte le travail d’une commission d’enquête parlementaire ? Le président de la République est allé jusqu’à appeler le président du Sénat pour tenter d’en infléchir le bon déroulement. Ce n’est pas digne d’une démocratie moderne. C’est désormais à la justice de faire son travail.

Dans l’ère du soupçon, il n’y a rien de pire que les tentatives de dissimulation auxquelles s’est manifestement livré l’Elysée dans cette piteuse affaire.

 
Arnaud Benedetti – Les européennes seront le premier test grandeur nature de l’efficience de la stratégie de Laurent  Wauquiez depuis son accession à la tête de votre formation politique. Comment exister alors que le macronisme semble se déporter à droite et que le socle électoral de Marine le Pen paraît pour l’instant résister ?

Laurence Sailliet – Il ne s’agit pas d’un jeu d’échecs mais du destin de notre nation. Je suis convaincu que les Français ne se laisseront pas enfermés dans un sempiternel débat de second tour entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, entre un président arrogant et impuissant et des extrémistes impréparés et irresponsables. La nouvelle droite que nous construisons autour de Laurent Wauquiez est d’abord une droite de convictions. Jamais les Français n’ont été à mon avis aussi en phase avec nos valeurs : autorité, mérite, transmission. Jamais la France n’a eu tant besoin de courage et de clarté, notamment pour réduire la dépense publique et les impôts, pour arrêter l’immigration de masse et mieux nous protéger face au terrorisme islamiste. En tirant les leçons de nos échecs, nous sommes déterminés à redonner un avenir à notre pays.
 
En vue des européennes du 26 mai, nous sommes en ordre de bataille derrière François-Xavier Bellamy. Contrairement à d’autres, nous nous appuyons sur un projet de 75 propositions très concrètes pour une Europe qui protège nos frontières, nos entreprises et notre civilisation. Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan ont toujours pour horizon la déconstruction de l’Union européenne ; Emmanuel Macron propose en substance toujours plus de l’Europe qui n’a pas marché (plus d’élargissements, plus de comités et d’agences, plus de technocratie). Et il propose de répartir les migrants en Europe, qu’est-ce donc sinon gérer notre impuissance ? Nous proposons notamment une double frontière européenne et française face aux flux migratoires, le retour systématique des bateaux de migrants sur les côtes africaines et un bouclier européen contre l’islamisme, ce terreau du terrorisme qui menace notre civilisation commune. Face à ces urgences, le temps où les Français ne se contenteront plus des ambiguïtés du « en même temps » est proche. Nous serons au rendez-vous.

Laurence Sailliet
Porte-parole des Républicains