L’édito d’Arnaud Benedetti avec notre partenaire Radio Orient

Un an, voici presque un an que le pays est confronté à une pandémie dont il ne parvient pas à sortir. Non que la France soit la seule à se débattre dans cet entrelacs d’incertitudes, mais force est de constater qu’à ce stade, plus qu’ailleurs, les pouvoirs publics n’offrent aucune autre perspective de visibilité que celle de leurs atermoiements, tâtonnements, et aussi dénégations.

Le plus étrange dans ce climat est l’indulgence dont ils continuent néanmoins de bénéficier dans une grande partie de l’opinion. Libertés limitées, économie perfusée mais dont l’avenir dans certains secteurs apparaît fortement hypothéqué, létalité nous plaçant dans la fourchette haute des pays les plus touchés par la Covid, tensions hospitalières persistantes, stratégie vaccinale handicapée par un démarrage aléatoire, communication alternant entre arrogance et infantilisation : les motifs de critiques ne manquent pas, et ils sont pour une grande part fortement justifiés.
 
Sous la 3ème comme sous la 4ème République, aucun des gouvernements d’Edouard Philippe comme de Jean Castex n’aurait résisté à une telle accumulation de dysfonctionnements. Non que l’instabilité eût été une solution, mais à tout le moins aurait-elle convoqué ce décret oublié de la vie politique nationale qu’il ne saurait y avoir conduite du pouvoir sans tribut à consentir à son exercice. La 5ème République a installé un tel confort institutionnel pour la majorité qu’elle lui a offert en stabilité ce qu’elle a sacrifié en esprit de responsabilité. Le fait absolu du Prince le rend peu redevable, nonobstant l’opposition, les médias, les réseaux sociaux, etc. Cette crise sanitaire, qui n’en finit pas de rebondir, et dont les derniers développements interrogent le bien-fondé du pilotage, est la plus parfaite illustration d’un régime qui s’affranchit de tous les agios du crédit que le peuple souverain lui consent.
 
A l’épidémie, l’exécutif répond essentiellement depuis douze mois par l’arrêt partiel ou général de la société, faisant chauffer jusqu’à l’extrême de l’embolie les feux de l’Etat-Providence pour s’éviter une catalepsie immédiate tant économique que sociale. Ne nous y trompons pas néanmoins, nonobstant bien des discours lénifiants, c’est là prendre le risque de reculer pour mieux sauter. La dette accumulée invalide ainsi le « cost-killing » frénétique des comptables de Bercy qui depuis des années ont imposé un corset là où il eut fallut investir (l’hôpital entre autres), et qui ont manifestement continué leur travail de sape durant l’épidémie. L’économie perfusée au final sera bien plus coûteuse que ce que le court-termisme budgétaire d’une technostructure, sous-traitante de Bruxelles, a imposé à tout un ensemble de secteurs stratégiques, dont celui de la santé, depuis des années. C’est là un constat de bon sens qui n’exige pas forcément d’être inspecteur des finances pour être nécessairement compris et partagé.
 
Le plus frappant et à tout le moins le plus inquiétant, c’est qu’au moment où l’épidémie recule chez nombre de nos voisins, celle-ci ne cesse de presser la société française. Les causes de cet embourbement sont désormais parfaitement identifiables : l’incapacité à se doter, en urgence, des moyens logistiques (lits, vaccins , personnels), la préférence pour le colmatage socio-économique au fil de l’eau en lieu et place d’un investissement de mobilisation au regard de l’exceptionnalité de la situation, la réitération d’une communication massive dont l’objet est d’appuyer sur la vitesse de la pompe à finances pour calmer l’opinion, freiner toujours plus sur les libertés en usant de la sirène de l’inquiétude et rétrograder si besoin tactiquement en fonction tant de l’état présupposé des humeurs collectives que de la circulation du virus.
 
A proportion que le temps passe, se diffuse aussi le soupçon non dénué de matérialité que nous courrons sans cesse après l’épidémie, n’apportant le plus souvent que des réponses à contre-temps à cette dernière. Quelque part tout accrédite, nonobstant les dénégations du conformisme dominant, cette figure qui vient de loin, si souvent répétitive, d’un échec français que l’on refuse de voir et d’accepter, bien que de toutes parts en monte la désespérante rumeur…
 
Arnaud Benedetti
Rédacteur en chef