L’édito d’Arnaud Benedetti avec notre partenaire Radio Orient

Le coronavirus est d’abord un fléau pour les esprits. L’épidémie diffracte la rumeur et la polémique d’abord.

À défaut de certitudes scientifiques, les pouvoirs publics godillent ; ils cherchent à rassurer, prévenir et protéger sur fond d’images anxiogènes, de fantasmes et d’inquiétudes. Venu de Chine, pays de l’omerta d’Etat, le virus, par-delà ses effets pathologiques, pose la question de l’opinion, de la science et de la décision. Le sujet est d’autant plus complexe que notre société prétendument rationnelle se croit, justement, immunisée de toute forme d’irrationalité.

Comprendre la situation c’est accepter en premier lieu que la science n’a pas forcément de réponse immédiate.

Le tâtonnement est au cœur de la démarche scientifique. Être scientifique, c’est, faut-il le rappeler, chercher. Donc les chercheurs… cherchent à caractériser le virus dont ils nous disent à ce stade la « dangerosité » apparemment relative.

La science est vivante, comme le virus au demeurant. Ici, elle traque une matière évolutive pour mieux la circonvenir. L’opinion, elle, est mouvante. Elle opère entre l’ignorance, le besoin d’être informée, la méfiance, le flux incessant de contenus, la demande d’assurances… et les polémiques publiques.

C’est entre les aléas de l’opinion et ceux, inévitables, de la démarche scientifique que les décideurs doivent agir. La communication de crise sanitaire est de ce point de vue l’une des plus risquées car elle nécessite de montrer que le pouvoir est en mesure de contrôler. Dans une société où la technologie tous les jours se diffuse à l’instar d’un « hymne » parfois inquiétant aux « process », à la maîtrise, à la rationalisation, à la traçabilité, le déficit de maîtrise du risque nourrit incompréhension et incrédulité. À proportion que la société technicienne se développe, les opinions apparaissent plus intolérantes à la notion de risque, plus vigilantes quant à l’action des États, plus suspectes lorsque la com’ des décideurs se fait incertaine.

Les grandes peurs n’ont pas disparu, elles se déploient dans un univers sursaturé par la technologie, elles érodent toujours plus le sang-froid collectif, elles sont un combustible aussi pour l’infotainment qui sous couvert d’informer s’en rassasie pour nourrir sa machine spectaculaire. Le coronavirus est peut-être dès lors un épisode bien plus révélateur de nos angoisses post-modernes qu’un accident épidémique d’une rare virulence. Au moins puisse t-il servir à mieux comprendre nos fragilités du moment.

Arnaud Benedetti
Rédacteur en chef