Les prochaines élections et la feuille de route de Khamenei

Les deux importants soulèvements de 2017 et 2019 en Iran sont les clés pour comprendre la feuille de route du Guide Suprême iranien, concernant les prochaines élections présidentielles dans le pays. Ces deux soulèvements se sont formés à partir d’une pauvreté, de prix élevés et d’une inflation sans précédent. L’ampleur et la nature de ces soulèvements ont surpris le régime iranien. Lors de celui de 2019, Khamenei n’a pu survivre qu’en ordonnant des tirs directs et en tuant 1 500 jeunes insurgés.

Rouhani a reconnu à plusieurs reprises que ce n’est qu’après le soulèvement de 2017 en Iran que l’ancien président américain Trump a osé abandonner le JCPOA (Joint Comprehensive Plan of Action). Selon certaines informations que j’ai reçues des services de renseignements iraniens, après le soulèvement de 2019, Trump aurait osé permettre l’assassinat de Ghasem Soleimani, le numéro 2 iranien. L’armée des affamés et des chômeurs était activement présente dans ces deux soulèvements. Dans les cercles de Téhéran, on pense que le régime iranien s’attendait à ce que le prochain soulèvement ait lieu à l’été 2020, une révolte qui aurait pu renverser le régime. Chaque nouvelle vague de protestations a été plus puissante que la précédente et menaçait davantage le régime. Mais le Corona est arrivé. Khamenei considère le Coronavirus comme une bénédiction et une opportunité pour son gouvernement. Corona et le massacre qui s’ensuivit furent le souhait de Khamenei d’empêcher la jeunesse rebelle de se diriger vers un autre soulèvement en semant le désespoir. Pour cette raison, il n’a pris aucune mesure efficace pour prévenir la propagation de la maladie et les décès qui en ont résulté.

En outre, il publia une fatwa (décret religieux) interdisant les vaccins réputés de France, de Grande-Bretagne et des États-Unis. Cependant, le récent soulèvement des Baloutches début mars 2021, a montré que le Coronavirus n’avait pas empêché les gens de manifester et de se révolter. En raison de ces deux soulèvements et de leurs conséquences, ainsi que de la détérioration de l’influence régionale du Guide Suprême iranien, les pays occidentaux prétendent que le rapport de forces a changé. Par conséquent, un autre accord devrait être négocié sur la base de ces nouvelles réalités. En juin 2019, l’agence de presse Mehr a cité l’information du Bureau du Guide Suprême d’Iran, selon laquelle l’Ayatollah Khamenei a déclaré lors d’une réunion avec un groupe d’étudiants : « Si vous, les jeunes, pouviez faciliter la formation d’un jeune gouvernement fondamentaliste, beaucoup de nos inquiétudes se dissiperont. » À l’instar de nombreux autres dictateurs à travers l’histoire, le dictateur iranien mène une politique de contraction au dernier stade de son existence. Le dictateur a l’intention de rassembler tout son peuple loyal en partageant les mêmes idées que lui. Comme lors des élections parlementaires du 23 mars 2019, le Conseil des Gardiens a disqualifié tous les candidats dits réformistes, et la majorité de ceux qui ont été choisis sont très proches de l’idéologie de Khamenei.

Dans son discours du Nouvel An persan, Khamenei a déclaré que les élections à venir ne devraient pas être un symbole de bipolarité. A cet égard, il a déclaré : « En ce qui concerne les prochaines élections, notre cher peuple devrait faire des élections un symbole d’unité nationale. Ne faites pas de ces élections un symbole de dualité, de division et de bipolarité. Mettez de côté ces fausses divisions de gauche, de droite et autres. » (Khamenei – 1er avril 2021)

En termes simples, à l’instar des élections parlementaires iraniennes de 2020, Khamenei entend permettre aux personnes qui lui sont loyales et qui poursuivent ses objectifs d’être candidats.

Sur la base de cette intention, lors des prochaines élections de juin 2021, le Conseil des Gardiens disqualifiera tous les autres candidats. Khatami et Ahmadinejad, deux anciens présidents, veulent également se présenter à cette élection et seront sans l’ombre d’un doute, disqualifiés. L’approche qu’a Khamenei de l’élection présidentielle ne fera que le discréditer et l’affaiblir davantage, même parmi ses proches alliés au sein du régime. Dans le même discours, Khamenei magnifie les attributs du prochain président comme :

  1. Être efficace

  2. Doit croire en Velayat-e-Faghih (suprématie du chef suprême)

  3. Doit posséder une personnalité décisive et révolutionnaire, ne doit pas faire de compromis

  4. Pour qu’une personne puisse remédier à nos problèmes, elle doit agir rapidement et être déterminée

Bien sûr, trouver une telle personne n’est pas facile pour tout le monde. »

Mais le point culminant du discours de Khamenei dans ce discours est qu’il dit : « Chère nation, sachez que les services de renseignements et d’intelligence américains, ainsi que le régime sioniste, tentent depuis un certain temps d’affaiblir les élections de juin, ou en fait d’accuser les organisateurs ou le respecté Conseil des Gardiens de s’ingérer dans les élections. Ces pays veulent vous faire croire que votre vote n’a pas d’incidence sur l’amélioration de la situation; pourquoi vous donnez-vous la peine de voter ? Ils utilisent le cyberespace au maximum » (Khamenei – 1er avril 2021).

Khamenei est dans une impasse. D’une part, il a besoin d’une élection bien participée car il estime que cela pourrait guérir tous ses problèmes incurables. D’autre part, il estime que cette élection fera face au moins grand nombre de participants et placera la faute sur les États-Unis et Israël.

En ce qui concerne le JCPOA, Khamenei a délibérément ignoré les manifestations et les soulèvements des quatre dernières années et a intentionnellement minimisé la situation explosive de la société iranienne. Il ajoute : « Les Américains disent que la situation actuelle est différente de celle de 2014 et 2015, lorsque le JCPOA a été conclu, et qu’il faut donc apporter des modifications au JCPOA. Je conviens que la situation a changé depuis, mais l’Iran devrait bénéficier de ces changements. »

Khamenei se rend compte que la nouvelle administration américaine, qui était censée revenir au JCPOA de 2015 le premier jour de l’arrivée de Biden à la Maison-Blanche et lever les sanctions, ne l’a pas fait. Il déclare : « Personne en Iran ne devrait violer notre politique concernant toute modification du JCPOA. Tout le monde devrait suivre cette politique. Tout d’abord, les Américains devraient lever toutes les sanctions. Ensuite, nous ferons des tests pour voir si les sanctions ont réellement été levées. Si toutes les sanctions ont été levées, au sens propre du terme, alors nous reviendrons à nos obligations » (Khamenei – 1er avril 2021).

Bien sûr, ce n’est qu’un bluff et cela ne reflète en aucun cas les nouvelles réalités de la région et l’équilibre des pouvoirs. Khamenei affirme qu’il n’est pas pressé de conclure un nouvel accord avec les pays occidentaux. Il a l’intention de prolonger cette affaire jusqu’à la nomination du nouveau président du régime. Khamenei est bien conscient du danger des sanctions et de la manière dont celles-ci ont paralysé son soutien financier aux groupes qui agissent pour le compte de l’Iran dans les différents pays de la région.

D’autre part, il est bien conscient de la situation explosive de la société iranienne et du fait qu’un soulèvement généralisé est sur le point de se produire. Cependant, Khamenei préfère attendre que son président préféré en Iran soit d’abord installé et décide ensuite de retourner à la table de négociation des pays occidentaux. C’est juste une supposition et un souhait.

Les revendications du peuple iranien pour une vie meilleure et son désarroi à l’égard du régime et de ses mollahs, remontent à la surface. Khamenei n’a d’autre choix que d’affronter un nouveau soulèvement, celui qui conduira à l’effondrement de son régime.

Hamid Enayat
Ecrivain et expert de l’Iran