À l’approche des élections de mi-mandat aux États-Unis, les rumeurs vont bon train concernant l’avenir des relations entre Washington et Téhéran. Cependant, il est peu probable que le résultat des élections change la stratégie du président Donald Trump vis-à-vis de l’Iran. Entre les pressions militaires, les discussions diplomatiques et les tensions politiques, le Moyen-Orient semble toujours dépendre des choix de la Maison-Blanche.
Beaucoup de spéculations ont fusé ces dernières heures sur les évolutions possibles et les scénarios du conflit entre les États-Unis et l’Iran à l’issue des élections de mi-mandat. S’il est vrai que Donald Trump est donné perdant dans les sondages, le sort de la guerre en Iran n’est pas directement lié à ce scrutin. En effet, malgré l’annonce, bien orchestrée, de vouloir frapper fort l’Iran, « en dix minutes », et de projeter de « s’occuper d’un ou deux sites », dont le mont Kolang, appelé « Pickaxe Mountain » en anglais, situé à environ 200 km au sud de Téhéran, les négociations se poursuivent. Depuis Atlanta, où se tient un sommet du G20, le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, fait comprendre que le président privilégie « une solution diplomatique ». Quant à Abbas Araghchi, ministre iranien des Affaires étrangères, il s’engage à intensifier les négociations par l’intermédiaire des médiateurs pakistanais et qataris. À cela s’ajoute un point d’inflexion et de nouveauté.
À en croire le président iranien, Massoud Pezeshkian, le Guide suprême en personne aurait donné une marge de manœuvre supplémentaire afin que les négociations réussissent. Mais ce marché de dupes dure depuis le mémorandum d’Islamabad, signé en grande pompe à Versailles entre l’Iran et les États-Unis. Qui croit encore aux négociations ? Qui croit à la crédibilité de la classe dirigeante iranienne, dont le double discours s’estompe souvent derrière les grandes sorties martiales de Mohsen Rezaï, secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale en Iran, sur la destruction des États-Unis et sa volonté de « briser les cornes de l’Amérique » ?
Trump a obtenu un retour raisonnable du transit maritime en contournant le détroit d’Ormuz, malgré les incidents successifs de plusieurs pétroliers percutant des mines. La route méridionale longeant les côtes omanaises est privilégiée et les navires bénéficient d’une escorte américaine, sans avoir à demander une autorisation iranienne préalable pour circuler. Pourquoi Trump céderait-il là où il commence à imposer une nouvelle donne logistique au niveau du trafic maritime ? Quel avantage tirera-t-il d’une négociation avec un régime affaibli, régnant sur les décombres d’un pays dont le taux d’inflation a atteint 88,7 % au cours de cette année ?
La trajectoire tracée par le président américain est celle de la pression jusqu’à ce que le géant iranien craque. Tel est le seul calcul qui régit sa politique iranienne, si tant est qu’on puisse parler d’une politique. Ce ne sont donc ni les élections de mi-mandat qui vont le freiner dans ses desseins, ni la perte de la majorité républicaine au Congrès. En effet, Trump peut juridiquement continuer à mener la guerre en Iran, étant donné qu’il est le chef des armées et que l’histoire montre l’incidence minime des élections de mi-mandat sur les guerres.
En 2007, George Bush, dont le parti est minoritaire après la victoire des démocrates aux élections de mi-mandat, décide d’envoyer 30 000 soldats américains supplémentaires en Irak, dans le cadre de ce qu’on a appelé la stratégie « The Surge ». Face aux tentatives des démocrates de conditionner les financements au retrait des troupes et au vote d’une résolution marquant leur opposition à cet envoi de troupes, Bush a opposé son veto au texte.
Les élections de mi-mandat ne détermineront donc pas l’avenir du Moyen-Orient, ni ne définiront les différents cas de figure d’une sortie ou d’une reprise de la guerre avec l’Iran. Elles dévoileront simplement les dissensions respectives au sein des républicains et des démocrates. L’enjeu est purement interne et américain.
L’exemple des divisions au sein des démocrates, apparu à la une du Wall Street Journal de ce lundi 2 novembre, en atteste. L’exemple du Michigan est parlant. Haley Stevens, candidate démocrate ayant perdu la primaire face au sulfureux Abdul Sayed, accusé d’antisémitisme, a apporté son soutien au candidat républicain Mike Rogers dans la course au Sénat. Ces élections doivent être lues à l’aune de la réalité des deux camps, démocrate et républicain, tous deux divisés intérieurement entre, d’une part, les anciens néoconservateurs et les nouveaux idéologues du camp MAGA et, d’autre part, les démocrates traditionnellement libéraux et l’aile d’extrême gauche. Quant au Moyen-Orient, il échappe à ces calculs, mais pas forcément à une reprise de la guerre contre la République islamique d’Iran.









