La logique penche à considérer la signature du MoU entre les Etats-Unis et la l’Iran comme un gain diplomatique pour les Gardiens de la révolution. Constat défendable, à première vue. Cependant, la complexité des négociations dévoile de plus en plus un désarroi stratégique iranien et une impasse générée par les maintes contradictions au sein de ce régime. Contradictions dont ils ne sont pas les seuls détenteurs. Le Président américain Donald Trump lui-même en abuse. Entre l’acharnement guerrier et la léthargie de la trêve déclarée après 40 jours de bombardements intensifs, Trump a entraîné le monde dans un tourbillon vertigineux de va-et-vient entre menaces et concessions.
Mais quoiqu’il en soit, depuis le début des négociations à Lucerne en Suisse, l’Iran montre sa faiblesse. Après avoir été grisée par les 14 points du Memorandum of Understanding signé en grande pompe à Versailles par le Président américain, la République Islamique se heurte aux propres blocages qu’elle a elle-même imaginés pour piéger les Américains et exercer une pression sur eux à différents niveaux.
L’Iran perd la main sur le dossier libanais
Alors que les négociateurs iraniens avaient placé le Liban au sommet de leurs priorités, en faisant de la préservation du Hezbollah et du cessez-le-feu au Liban l’un des quatorze points de l’accord-cadre, afin d’en maintenir le rôle de levier de pression non seulement contre Israël, mais également contre les États-Unis, ils viennent d’être privés de cet atout diplomatique majeur. Ce levier, qui constituait une véritable torpille susceptible d’ébranler l’alliance stratégique entre les États-Unis et Israël, a été neutralisé avec la signature, à Washington, de l’accord-cadre entre le Liban et Israël, sous l’égide du secrétaire d’État Marco Rubio. Le premier paragraphe du protocole d’accord (MoU) se trouve ainsi, de facto, privé de toute portée. On assiste aujourd’hui à un profond changement de l’approche adoptée depuis des décennies en matière de désarmement des organisations miliciennes paraétatiques au Liban. À la suite des Accords de Taëf, les différentes factions armées issues de la guerre civile ont été désarmées, à l’exception du Hezbollah. Après la Révolution du Cèdre de 2005, malgré les dispositions de la résolution 1559 du Conseil de sécurité des Nations unies exigeant le démantèlement des milices, le Hezbollah est parvenu à conserver l’intégralité de son arsenal.
Cette situation est demeurée inchangée après la guerre de 2006, déclenchée unilatéralement par le Hezbollah contre Israël, dont les conséquences furent dévastatrices pour le Liban. Même l’adoption de la résolution 1701 du Conseil de sécurité, qui élargissait le mandat de la FINUL et renforçait sa mission de contrôle au sud du Liban en vue d’y empêcher la présence de groupes armés non étatiques, n’a pas permis d’aboutir au désarmement du Hezbollah.
Pendant des décennies, l’État libanais a ainsi dû composer avec un projet politico-militaire extra-étatique piloté par Téhéran, qui s’est progressivement imposé au détriment de l’État de droit. Cette situation a favorisé la prééminence politique et militaire du Hezbollah, accentuant les déséquilibres confessionnels et contribuant à la marginalisation d’une partie des autres composantes de la société libanaise, dont nombre de membres ont choisi le chemin de l’exil.
Longtemps considéré comme l’un des principaux bastions de l’influence régionale de la République islamique d’Iran, le Liban semble aujourd’hui lui échapper. Le regain d’intérêt manifesté par la diplomatie américaine envers le pays du Cèdre, conjugué à la levée progressive du tabou entourant les négociations directes avec Israël — longtemps présenté par les forces du fait accompli comme un « pays ennemi » — marque une rupture stratégique majeure.
Un Mémorandum en trompe l’œil
L’épisode militaire du week-end dernier, déclenché par les tirs iraniens contre des navires traversant le détroit d’Ormuz, suivis de frappes américaines visant des positions des Gardiens de la révolution, a mis en péril les négociations entre Washington et Téhéran. Après des rumeurs faisant état de l’annulation du prochain cycle de pourparlers prévu en Suisse, les deux parties ont finalement confirmé la tenue de nouvelles discussions, cette fois dans la capitale qatarienne, Doha. Cependant, plus les négociations achoppent sur la formulation évasive des quatorze points défendus par les Iraniens, plus se renforce l’impression que le président américain a concédé un accord à Téhéran en échange d’un maintien du contrôle militaire de la zone du Détroit. Malgré la nuisance des tirs iraniens sans aucun objectif stratégique que ça soit contre des navires ou contre les pays du Golfe, les Américains gardent dans leur ligne de mire une banque de cibles militaires en Iran. Cette capacité constitue un puissant levier de coercition sur le pouvoir en place et un rappel adressé aux négociateurs iraniens que l’option d’une intervention militaire d’envergure demeure sur la table. L’Iran est perdant y compris dans le cadre des quatorze points qu’il a lui-même définis. Le détroit d’Ormuz, qu’il cherche à contrôler, n’est pas seulement un sujet de contentieux avec les États-Unis, mais aussi avec les Européens, qui rejettent toute remise en cause de la liberté de navigation et refusent l’instauration d’un droit de péage.
La France a d’ailleurs adopté une position particulièrement ferme sur cette question. À l’issue de la rencontre à Paris entre le président Emmanuel Macron et Haïtham ben Tarik, sultan d’Oman, elle a appelé au déminage du détroit d’Ormuz et à la sécurisation de la navigation libre de toutes contraintes dans cette voie maritime stratégique.
L’Iran a pu donner l’impression de remporter la bataille de la communication et de la diplomatie face à un président américain perçu comme erratique et inconstant. Pourtant, sur les plans stratégique et militaire, Téhéran a essuyé des revers majeurs depuis plusieurs années. La chute du régime de Bachar el-Assad en Syrie lui a fait perdre une profondeur stratégique essentielle. À cela s’ajoutent l’affaiblissement des Houthis ainsi que le recul de l’emprise du Hezbollah sur le Liban.
Les regards se tournent désormais vers l’Irak. C’est là que le Premier ministre Ali Al Zaïdi intensifie ses actions contre plusieurs figures et réseaux liés à l’influence iranienne.
Maya Khadra,
Editorialiste politique











