Neutralité des sorties scolaires, il ne s’agit pas d’une affaire de « mamans »

Rejeté une première fois à l’Assemblée nationale, le Sénat a récemment adopté, dans le cadre du projet de loi sur l’école, un amendement interdisant le port de signes religieux ostentatoires pour les accompagnants lors des sorties scolaires. Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale,  opposé à cet amendement pourra s’appuyer sur les députés LaREM et PS pour le supprimer de la loi. Réaction de Laurence Taillade, présidente de Forces Laïques.

Dans le cadre de l’examen du projet de loi sur « l’école de la confiance », un amendement LR, défendu par Jacqueline Eustache Brinio, sénatrice du Val d’Oise, impose la neutralité des accompagnateurs de sorties scolaires. Cet amendement, écarté en première lecture à l’Assemblée nationale, risque malheureusement de l’être, à nouveau, lors de son retour dans l’hémicycle.

Cette avancée est teintée de déception, celle de voir des parlementaires de gauche considérer que ce fichu sur la tête est un attribut de l’identité des femmes musulmanes. Il serait si important que les sorties scolaires s’en trouveraient menacées, argument employé par nombre de sénateurs PS et LaREM. A les entendre, la « foi » de ces femmes passerait avant l’intérêt de leurs enfants, qu’elles priveraient de sortie sans hésitation, s’il leur fallait renoncer à ce signe ostentatoire politico-religieux, qui porte le symbole de l’avancée, progressive, des règles morales qui l’accompagnent.

Leurs lois religieuses passeraient, donc, avant les lois de la République, voilà la triste réalité.

Pour ces bien-pensants, des « mamans » voilées seraient discriminées si la loi imposant la neutralité aux sorties scolaires était appliquée. Elles ne pourraient pas accompagner leurs enfants, au même titre que les mères non voilées. Elles seraient mêmes obligées de vivre recluses, car ces sorties seraient leur seule possibilité de s’échapper de leur domicile.

Les faits sont tout autres, et il faut le rappeler. Accorder cet accommodement aux mères revient, d’abord, à refuser aux élèves un droit fondamental : l’accès à une école républicaine et laïque.

Ce serait, ensuite, une manière de renoncer, face à la pression que subissent ces femmes, à leur offrir l’opportunité de choisir une autre voie que celle de l’enfermement si, comme beaucoup le prétendent, ce voile est leur choix.

Or, faire le choix de porter ce voile, de se refuser à le retirer quand le bien de son enfant en est l’enjeu, s’en servir pour exercer un chantage aux sorties scolaires – et par conséquent considérer que l’école est moins importante que leur doctrine –, c’est penser que les lois religieuses sont supérieures aux principes fondamentaux de notre pays. C’est considérer que la République doit se plier à leur foi.

Mais, toute médaille a un revers. On ne peut pas à la fois revendiquer un voile non négociable et demander à la République de s’adapter, de se plier à ce chantage, notamment quand ce comportement entre en conflit avec le bon déroulement du service public, comme l’a affirmé le Conseil d’Etat, dans un avis daté du 19 décembre 20131, qui autorise clairement de refuser qu’un parent affiche des convictions personnelles dans le cadre des sorties scolaires.

Cet amendement soulève des foules de mamans voilées qui manifestent, ici et là, pour réclamer le droit à accompagner leur enfant.

Mais ces femmes n’accompagnent pas leur enfant, mais des élèves, dans le cadre de l’école hors des murs et assurent un service d’accompagnement, notamment pour des raisons de sécurité. Elles se doivent, à ce titre, de s’occuper d’un groupe d’enfants, de la manière la plus neutre possible.

Pourtant, de nombreuses dérives ont pu être observées, de celles qui refusent de toucher ou de servir des sandwichs au jambon, confectionnés par les familles, à celles qui profitent de l’occasion pour tenir un discours prosélyte.

Cette prise d’otage des sorties scolaires par des parents d’élèves, sans doute manipulés par des officines identitaires, ne résulte pas uniquement d’attachement de mamans à accompagner leurs enfants, mais d’un entrisme toujours plus puissant pour mettre fin à la neutralité des services publics et revenir sur la loi de 2004, prétendument discriminatoire. Ce dernier vœux ayant été clairement formulé par des associations de lutte contre une prétendue islamophobie, qui incitent à des mobilisations collectives par écrit pour sommer les élus de se positionner sur cet amendement.

On comprend bien l’objectif de cette manœuvre tendant à laisser toute sa place à une pratique sexiste et rigoriste de l’islam, pour la banaliser dans les jeunes esprits et l’imposer en norme. Peu à peu le corps des femmes devient un enjeu de société, au même titre que celui des fillettes que l’on sexualise de plus en plus tôt.

Elles sont abandonnées à leur sort, de plus en plus jeunes, la République a renoncé à leur permettre un choix, que d’autres ont fait pour elles, celui de l’assignation à l’équation simple : arabe = musulmane = voile.

Nous assistons, hagards, au résultat de quarante longues années de repentance larmoyante et de slogans ouvrant droit à la différence qui aboutissent à des revendication de différence des droits selon la religion et le sexe. Combien de temps allons-nous continuer à accepter cela sans agir ?

Les débats autour de cette question sont aussi passionnés qu’ils l’étaient autour de la loi de 2004. Jean-Michel Blanquer botte courageusement en touche et renvoie la prise de responsabilité aux chefs d’établissement, comme un certain nombre de ministres de l’Education nationale, lorsqu’il s’est agi de légiférer au sujet les signes ostentatoires religieux à l’école. L’affaire a traîné quinze ans et laissé s’installer une situation tendue inutilement sur nos territoires. La loi a vite réglé le problème et, dès la rentrée 2004, les choses sont rentrées dans l’ordre, au profit de jeunes filles qui ont pu s’appuyer sur cette liberté pour s’émanciper.

Quant à la gauche islamistophile (et son pendant EELV, rappelons-nous l’épisode récent de la piscine de Grenoble envahie par des femmes en burkini), et moribonde pour cette même raison, elle a abandonné le combat de la laïcité et de l’égalité femmes-hommes, pour un nouvel électorat, les damnés de la terre issus des anciennes colonies. Sa nouvelle passion l’a poussée à délaisser, au passage, les classes ouvrières dans les bras du FN qu’elle a nourrit, et qu’elle continue de nourrir, par son discours de bisounours, par son aveuglement sur les politiques migratoires et le danger islamiste.

On ne peut que s’étonner que cette gauche prétendument anti-raciste se fourvoie dans des comportements post-coloniaux de blancs protecteurs de bons sauvages qu’ils croient incapables de s’adapter à nos principes occidentaux. N’est-ce pas là, finalement, une forme complète et achevée de racisme ?

Nous sommes au point de bascule. Il est temps d’en finir avec cette classe politique irresponsable qui nous livre tous à une doctrine totalitaire, nos concitoyens de confession musulmane en premier lieu, que la digue républicaine a été incapable de protéger. La complicité de certains médias qui se refusent à nommer les choses est un scandale dont ils devront répondre, dans les livres d’histoire.

Cet impérialisme religieux, auquel on se refuse d’opposer les mêmes règles qu’aux autres cultes, affaiblit, par ses coups de boutoir, tous les jours un peu plus le principe de laïcité.

Nous devons sortir de cette catalepsie collective et agir. Agir pour aider les femmes à sortir du carcan dans lequel politiques et religieux veulent les assigner. Agir pour permettre à nos enfants de se construire en tant que citoyens, par la mise à distance des influences extérieures qui, aujourd’hui comme hier, cherchent à les modeler de leurs conservatismes.

Construire le monde de demain, c’est penser aux générations futures et leur offrir des savoirs et des connaissances leur permettant d’exercer pleinement leur raison critique. Donnons-nous les moyens de tendre vers l’amélioration matérielle et morale de l’humanité en refusant tout entrisme religieux dans nos écoles, en garantissant la neutralité de ses encadrants, même occasionnels.

Laurence Taillade 

Présidente de Forces Laïques 

  1. « Des restrictions à la liberté de manifester des opinions religieuses peuvent résulter, soit de textes particuliers, soit de considérations liées à l’ordre public ou au bon fonctionnement du service. » « Les exigences liées au bon fonctionnement du service public de l’éducation peuvent conduire l’autorité compétente, s’agissant des parents d’élèves qui participent a des déplacements ou des activités scolaires, à recommander de s’abstenir de manifester leur appartenance ou leurs croyances religieuses »