Résistance !

En ce 18 juin, Raphael Piastra revient sur l’appel du Général De Gaulle.

« Les Chefs qui, depuis de nombreuses années sont à la tête des armées françaises, ont formé un gouvernement. Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées, s’est mis en rapport avec l’ennemi pour cesser le combat.

Certes, nous avons été, nous sommes submergés par la force mécanique terrestre et aérienne de l’ennemi. Infiniment plus que leur nombre, ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui nous font reculer. Ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils en sont aujourd’hui. Mais le dernier mot est-il dit ? L’espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non !

Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n’est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire. Car la France n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle a un vaste Empire derrière elle. Elle peut faire bloc avec l’Empire britannique qui tient la mer et continue la lutte. Elle peut, comme l’Angleterre, utiliser sans limite l’immense industrie des États-Unis.

Cette guerre n’est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre n’est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances n’empêchent pas qu’il y a dans l’univers tous les moyens nécessaires pour écraser un jour nos ennemis. Foudroyés aujourd’hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l’avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là.

Moi, général de Gaulle, actuellement à Londres, j’invite les officiers et les soldats français, qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes, j’invite les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d’armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver, à se mettre en rapport avec moi.

Quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas. Demain comme aujourd’hui, je parlerai à la radio de Londres »

Comme l’ont attesté les biographes les plus autorisés que furent Jean Lacouture (Charles de Gaulle, I. Le rebelle – 1890-1944, Éditions du Seuil, 1984) et surtout Eric Roussel (Charles de Gaulle, Paris, Gallimard2002 ; renvoyant à Maurice SchumannUn certain 18 juin, Paris, Plon, 1980), voici le texte qui a été publié par la suite (le 19 juin) par le général de Gaulle. Il est une restitution du projet original qu’il avait dû modifier à la demande du gouvernement britannique.

Il y eut un premier appel célèbre à la résistance voici quelques siècles ! Celui lancé par Vercingétorix, premier héros national français (de Gaulle étant le second !), en – 52 avant JC durant la guerre des Gaules contre Jules César. Il fédéra une partie des peuples gaulois et remporta la bataille de Gergovie à deux pas de Clermont-Ferrand (Yann Deberge (dir.) et Thomas Pertwieser (dir.), Les fortifications de l’oppidum de Gergovie. Bilan historique et nouvelles recherches, Clermont-Ferrand, Presses Universitaires Blaise Pascal, coll. « Terra Mater », 2019 ; Christian GoudineauLe dossier Vercingétorix, Arles, Actes Sud / Errance, 2001 ; Venceslas KrutaVercingétorix, Flammarion, 2003).

Résistance disions-nous. Le temps est assurément venu de résister voire de se révolter.

L’ennemi est de l’intérieur est possède plusieurs visages. C’est d’abord l’islamisme radical (nous l’avons dit dans ces colonnes). C’est ensuite une insécurité (parfois liée à ce même islamisme) grandissante qui gangrène nos cités et pourrit (au sens propre) la vie de milliers de nos concitoyens. Cette insécurité, elle, est plus qu’un « sentiment », M. Dupont-Moretti. Elle est une réalité de vie. Elle est le quotidien de beaucoup. Quand on habite un beau quartier de Paris ou les hauteurs luxueuses de Nice, on ne peut se rendre compte… Et ce même si on a défendu les pires criminels (peu souvent leurs victimes). Cet ennemi intérieur c’est aussi la perte de repères et de valeurs qui habite trop de nos jeunes. Enfin, et au risque de choquer, l’ennemi c’est aussi ces gouvernants voire ces élus qui depuis quelques décennies dévoient les fonctions qu’ils occupent. Depuis un certain nombre d’années l’exercice même de la présidence de la République a été rabaissé, discrédité. Emmanuel Macron en est la quintessence. Imagine-t-on un seul instant de Gaulle recevoir à l’Elysée des Youtubeurs décérébrés ou invectiver les français ?…

L’ennemi, il est aussi de l’extérieur. C’est une immigration incontrôlée. Et le lien est fait, qu’on le veuille ou non, entre insécurité et immigration (ou descendance d’immigration). Il va de soi qu’il va falloir se diriger, comme beaucoup de pays européens, vers des quotas migratoires. Ce devra être l’immigration choisie et non plus subie. Si l’on veut bien accueillir, il faut viser la qualité et non plus la quantité. Ceux qui habitent depuis longtemps certaines banlieues parisiennes ou marseillaises, se rendent compte que l’on assiste soit à « un métissage généralisé » (H. Le Bras), soit au « double remplacement progressif et indolore d’une population et d’une civilisation » (P. de Villiers). C’est la vie dans Les Territoires perdus de la République – antisémitisme, racisme et sexisme en milieu scolaire (sous la direction de G. Bensoussan alias E. Brenner, éditions Mille et Une nuits, 2002). Il est plus que temps pour la République de reconquérir lesdits territoires. A moins que l’on ne fasse le choix d’une ghettoïsation comme cela se pratique aux Etats-Unis (ex : Harlem, Bronx, à New-York) ? Elle est en cours, diront certains.

Alors oui, il faut entrer en résistance. Certes l’ennemi n’est pas à nos frontières et il n’y a pas de nouvel Hitler. Mais notre pays va mal. Depuis 1961, on n’avait plus vu l’armée « se rebeller ». Mais à l’époque il y avait un contexte (l’Algérie) et un simple « quarteron de généraux en retraite ». Et puis à l’époque il y avait un Etat digne de ce nom et surtout à l’Elysée un véritable Chef dudit Etat. Il n’en va plus tout à fait de même aujourd’hui. On l’a noté depuis quelques temps, la gronde touche l’armée, la police et la gendarmerie. Ni plus ni moins que ceux qui veillent sur nos droits et libertés. Les gardiens de note démocratie en quelque sorte. Grand danger que ce mouvement de contestation… Danger ou… « lueur de l’espérance » pour reprendre le verbe gaullien.

Relisons donc cet appel du 18 juin. C’est d’abord et avant tout un moment historique fondateur, celui de la naissance de la France libre avec cet appel à poursuivre le combat, et l’acte qui fait entrer de Gaulle dans l’Histoire. Ils étaient à peine une centaine à l’avoir suivi notamment depuis l’Ile de Sein.  Ceux qui ont répondu à son appel sont considérés comme membres de la « France libre » ou résistants de l’extérieur. Il vécut d’abord de grands moments de solitude, le général, dans cette Angleterre qui ne lui était pas a priori très favorable. Churchill en tête (relire le passionnant F. Kersaudy, De Gaulle Churchill, Tempus, 2003). Petit à petit il va gagner le combat, connaître ses lettres de noblesse. De son côté, la résistance de l’intérieur concerne ceux qui sont restés en France, soit en zone occupée, soit en zone libre, et se sont organisés pour mener des actions contre les forces de l’Allemagne nazie et contre toutes les structures du gouvernement de Vichy.

Précisons que la Résistance active et organisée n’a jamais dépassé plus de 5% de la population française. Elle n’aurait pu survivre ni se développer sans de multiples complicités populaires, en particulier à l’époque des maquis. La France libre crée en métropole des réseaux de renseignements dès octobre 1940 et les premiers contacts avec les mouvements de résistance intérieure sont établis à compter d’octobre 1941. L’unification des deux résistances sous l’égide du général de Gaulle est opérée notamment par Jean Moulin en 1942-1943. C’est pour symboliser cette résistance commune de la « France captive » et de la « France libre » que cette dernière est renommée « France combattante » en juillet 1942. C’est vraiment à partir de 1943 que la résistance commence à gagner la bataille intérieure (notamment celle du rail). La France pétainiste devient gaulliste !

Le principal problème de cette résistance que nous appelons de nos vœux, c’est de trouver un leader ! A vue d’homme, désolé mais il n’y a encore personne. Des Vercingétorix, des Napoléon Ier et des de Gaulle, comme l’on dit « il y en a un par siècle ». Personne à l’horizon 2021. 2022, il est à craindre encore que non. Alors si cela ne vient pas d’en haut…

Ces hommes qui ont changé l’univers n’y sont jamais parvenus en gagnant des chefs, mais toujours en remuant des masses.” (Napoléon-Bonaparte).

Raphael PIASTRA, Maitre de Conférences à l’Université Clermont Auvergne, Membre des Amis de la Fondation Charles de Gaulle