Donald Trump a menacé d’interdire les exportations américaines de diesel. Cette menace est surprenante puisqu’il a déclenché une guerre commerciale afin de diminuer les importations pour réduire le déficit commercial américain, et qu’il envisage désormais de bloquer les exportations. Peut-être a-t-il compris, en période de flambée des prix à la pompe, que le but premier du commerce international n’est pas d’importer le moins possible mais de disposer des ressources dont on a besoin. Une telle interdiction serait dramatique pour la France, en effet Bersingéco estime qu’elle pourrait propulser le litre de diesel à environ 3,9 € à la pompe …
1. Donald Trump menace de changer de stratégie
Dans la vision du commerce international défendue par Donald Trump, il convient d’exporter le plus possible et d’importer le moins possible. En effet, selon lui, un pays qui présente un déficit commercial s’appauvrit au profit de ses partenaires commerciaux. C’est pourquoi il a fortement augmenté les droits de douane dans le but de diminuer les importations.
Aujourd’hui, face à la flambée des prix à la pompe (aux États-Unis comme dans le reste du monde), Donald Trump menace de bloquer les exportations de diesel. La mesure serait en totale contradiction avec la logique qu’il défend du commerce international puisqu’elle creuserait le déficit commercial américain.
Donald Trump, face à une raréfaction de la ressource pétrolière, a compris que le but premier du commerce international n’est pas tant d’exporter le plus possible mais de se procurer les ressources dont on a besoin. La menace la plus sérieuse vis-à-vis des autres pays n’est pas de les priver de son marché domestique, mais plutôt de les priver des produits qui leur sont indispensables.
2. Un blocage des exportations de diesel serait préjudiciable aux États-Unis…
La logique d’une interdiction des exportations de diesel, pour les États-Unis, se comprend aisément. Comme les prix augmentent pour les consommateurs américains sous l’effet d’une insuffisance d’offre, les États-Unis bloquent la ressource chez eux (dont ils sont d’importants producteurs) afin d’accroître l’offre locale et de faire baisser les prix.
La mesure serait certainement bénéfique aux automobilistes américains à court terme, mais poserait d’importantes difficultés à plus long terme.
Premièrement, la demande totale américaine pourrait être insuffisante pour satisfaire toute la capacité d’extraction et de raffinage des États-Unis (c’est bien pourquoi le pays exporte), ce qui pourrait mettre une partie de l’industrie pétrolière américaine à l’arrêt.
Deuxièmement, les acheteurs étrangers se détourneraient d’un fournisseur qui ne serait plus fiable, ce qui pénaliserait les raffineurs américains à long terme. Plus largement, les autres pays pourraient se détourner des produits américains dans une multitude de secteurs s’ils jugent que ce fournisseur n’honore pas ses engagements.
Enfin, les autres pays, fortement impactés par ce blocage des exportations, pourraient décider de mesures de rétorsion en bloquant certaines de leurs exportations stratégiques vers les États-Unis.
3. …et catastrophique pour la Frane
L’arrêt des importations de diesel américain pourrait propulser le prix à la pompe à 3,9 euros d’après les estimations de Bersingéco.
Les importations de diesel des États-Unis représentent environ 6,4 % du diesel consommé en France selon Bersingéco. En effet, il est possible d’estimer que la France consomme 32,2 Mtep1 de diesel par an (16 Mtep sont raffinées en France, 17,1 Mtep sont importées et 0,9 Mtep sont exportées)2. Les importations de diesel de puis les États-Unis sont pour leur part estimées à 2,1 Mtep3, soit 6,4 % des 32,2 Mtep consommées.
Bersingéco a considéré, d’après les estimations d’Olivier Blanchard4, que l’élasticité de la demande de carburant est de – 0,1, c’est-à-dire qu’une hausse du prix de 1 % conduit à une baisse de la demande de carburant de -0,1 %. Ainsi, de façon à ce que la demande diminue de 6,4 % (ce qui correspond à la part de la ressource qui ne proviendrait plus des États-Unis), il faudrait que le prix augmente de 64 %.
Sachant que le prix du diesel est actuellement de 2,4 €, il en résulterait un bon du prix à la pompe à environ 3,9 €.
Il s’agit là d’une estimation de prix hasardeuse. En effet, le niveau d’élasticité de la demande peut augmenter avec le niveau du prix. De plus, face à un tel choc d’autres pays pourraient prendre des mesures de blocage des exportations pour faire baisser les prix à court terme chez eux, ce qui amplifierait le choc. Enfin, on ne peut exclure, dans un pareil scénario, une panique et une ruée à la pompe qui créerait des pénuries avant même que le prix n’ait augmenté. Si l’ampleur de la hausse des prix est discutable, il est certain qu’un blocage des exportations de diesel américain déclencherait une crise violente. Bersingeco-Interdiction_export …
Sylvain Bersinger,
Economiste et fondateur du cabinet Bersingéco
- Million de tonnes d’équivalent pétrole ↩
- SDES, « Bilan énergétique de la France pour 2024 », mars 2026 ↩
- Les données SDES, « Bilan énergétique de la France pour 2024 », mars 2026 ne permettent pas de distinguer précisément les importations de diesel dans le total des importations de produits raffinés et les données Douane ne permettent pas une identification aisée du seul diesel. Comme la grande majorité des importations de produits raffinés concernent du diesel (SDES, « Bilan énergétique de la France pour 2024 », mars 2026), Bersingéco fait l’hypothèse que la part des États-Unis dans les importations de diesel est identique à leur part dans les importations totales d’hydrocarbures raffinés. ↩
- https://x.com/ojblanchard1/status/2032053039566070081 ↩


















