La hausse du prix du pétrole a créé une polémique autour de mots vidés de leur sens. Au RN qui accuse l’État de s’enrichir, le gouvernement a répondu par des dénégations si abruptes que les précisions ultérieures de Sébastien Lecornu le font accuser de mensonges par Marine Le Pen.
Le RN a une marotte électorale : le pouvoir d’achat. Marine Le Pen s’en voulait déjà la championne en 2022 face à Emmanuel Macron. Mais face au président de la République, lors du débat de l’entre-deux tours, la présidente du RN s’était perdue dans des explications peu convaincantes. Les propositions du RN ne résistent jamais longtemps à une discussion économique poussée, puisqu’elles prétendent à la fois baisser les recettes et augmenter les dépenses.
Sa proposition de baisser la TVA sur l’essence fait partie de ces propositions que leur simplicité rend très faciles à brandir. Sans compter que le RN l’assortit d’une affirmation encore plus simpliste : l’État s’enrichirait grâce à la hausse du prix de l’essence.
Face à ces arguments massues, le gouvernement a voulu répondre sur le même ton : « vous dites n’importe quoi, l’État ne s’enrichit pas ». Autant dire qu’il est tombé dans le panneau. Car RN et gouvernement ne parlent pas de la même chose. Les ministres parlent du budget global du pays, le RN s’en tient au prix de l’essence et accuse le gouvernement de nier une augmentation des recettes. Les deux approches diffèrent d’un seul petit mot. A la question de savoir si l’État gagne de l’argent sur le prix de l’essence, le gouvernement a répondu : non, parce que l’État reperd aussitôt cet argent du fait de la baisse de la consommation et de l’augmentation des dépenses sociales. S’il avait changé un seul mot, en disant : oui, mais il reperd aussitôt cet argent, il aurait évité un malentendu. La différence est minime sur le fond, mais lourde sur le sens. Elle est celle qui sépare un oui d’un non. Or, dans la radicalité du débat politique, seul compte le premier mot de la phrase.
Pour dissiper cette polémique, Sébastien Lecornu a tenté de déplacer le terrain de discussion. Il y a certes un « surplus » de recettes fiscales sur le carburant, mais la bonne question est de savoir comment l’utiliser. Le chef du gouvernement envisagerait des aides à la location de véhicules électriques pour certaines professions touchées par la hausse du prix des carburants.
Mais encore une fois, la radicalité du débat politique n’entend qu’un mot à la fois : « surplus ». Ce qui conduit Marine Le Pen à parler de « mensonge ». La chef de file du RN explique alors sa stratégie, si elle emploie ce mot c’est parce qu’elle sait que « le mensonge crée la défiance de l’opinion ». Or, la stratégie de conquête du pouvoir du RN repose essentiellement sur la défiance, la colère, ou la peur des Français. C’est forte de cette approche fondée sur l’émotion que Marine Le Pen s’exclame : « qu’ils nous laissent la place ! ».
« Ils », ce sont, bien sûr, les présidentiables de droite, de gauche et du centre dont la principale préoccupation au lendemain des municipales est de trouver la bonne méthode pour départager leurs ambitions. Loin de répondre à la défiance qui alimente le discours du RN.
Marie-Eve Malouines
Editorialiste













