• Contact
  • Abonnez-vous
  • Contribuez
Panier / 0,00 €

Votre panier est vide.

Abonnez-vous à la newsletter
Revue Politique et Parlementaire
  • Se connecter
S'abonner
  • Politique
  • International
  • Economie
  • Société
  • Tech
  • Événements
    • La cité des débats
      • Faut-il avoir peur de l’avenir ?
      • Aimons-nous encore la liberté ?
      • Savoir, pouvoir et démocratie
      • S’engager au 21ème Siècle
      • Nouveaux mondes, nouvel Occident ?
    • Le printemps des technologies
      • Edition 2023
      • Edition 2024
      • Edition 2025
      • Edition 2026
Contribuez aux débats
Aucun résultat
Voir tous les résultats
Revue Politique et Parlementaire
  • Politique
  • International
  • Economie
  • Société
  • Tech
  • Événements
    • La cité des débats
      • Faut-il avoir peur de l’avenir ?
      • Aimons-nous encore la liberté ?
      • Savoir, pouvoir et démocratie
      • S’engager au 21ème Siècle
      • Nouveaux mondes, nouvel Occident ?
    • Le printemps des technologies
      • Edition 2023
      • Edition 2024
      • Edition 2025
      • Edition 2026
Aucun résultat
Voir tous les résultats
Revue Politique et Parlementaire
Aucun résultat
Voir tous les résultats
dans L'édito de Myriam Benraad

L’Iran et l’anti-occidentalisme

Myriam BenraadParMyriam Benraad
18 mai 2026
Kharg, épineuse île du golfe Persique

La crise du détroit d’Ormuz révèle comment la République islamique d’Iran mobilise, remodèle et exploite le sentiment anti‑américain et anti‑occidental au sens large. Loin d’être un pur réflexe défensif, cette approche obéit à une stratégie politique sophistiquée au service du régime et de sa survie.

Dans un contexte marqué par un blocus des ports iraniens, la militarisation du détroit d’Ormuz et la menace de cibler tout navire approchant, Téhéran a transmué la guerre en « preuve » d’une agression historique de l’Occident. Comment le régime utilise-t-il un anti‑américanisme croissant et une haine tout aussi prononcée visant les Occidentaux ? Il faut bien l’admettre : en quelques semaines, l’Iran a converti un conflit d’essence géopolitique en ressource idéologique tournée vers la préservation de ses intérêts, la relégitimation du régime, une projection ample de son influence et une bataille des idées. L’enjeu n’est pas seulement celui d’une « résistance » à Washington et ses alliés, mais un remodelage du Moyen-Orient qui le positionnera comme acteur clé. Par un habile dispositif de propagande, Téhéran a manipulé à son profit une lecture anti‑occidentale des crises de notre époque.

 

Comment s’est bâti ce narratif d’agression qui repose à la fois sur une victimisation tactique et un cadrage civilisationnel des conflits ? Depuis février 2026, l’Iran se plaît à réinscrire Ormuz dans une longue généalogie d’ingérences occidentales – du coup d’État de 1953 à la guerre Iran‑Irak (1980-1988), en passant par la séquence plus récente de sanctions économiques. Ce narratif, qui joue délibérément sur le nationalisme, a transmué Ormuz en une lutte durable contre l’Occident. Le blocus américain serait ainsi, selon les gardiens de la révolution, l’ultime manifestation d’un schéma ancien de domination, d’humiliation et de dépossession. En le qualifiant de « piraterie », le régime alimente une victimisation qui lui permet, en retour, de discréditer l’action des États-Unis, de justifier ses propres mesures coercitives et de convaincre une partie de l’opinion publique iranienne de l’existence d’un ennemi extérieur commun. Cette interprétation de la crise n’est pas passive mais hautement performative en ce qu’elle façonne les conditions nécessaires à la militarisation continue du détroit.

 

De surcroît, l’Iran fait de cette dernière guerre un conflit civilisationnel opposant supposément un « Occident impérialiste » à un « Orient résistant », ce qui lui permet de l’exporter au‑delà des frontières et de fédérer une galaxie d’États et d’acteurs informels sensibles à la critique de l’hégémonie occidentale. L’Iran se pose désormais comme le porte‑voix d’un « Sud global » en quête d’émancipation, réitérant que le détroit d’Ormuz restera bloqué tant que se poursuivra le blocus des États-Unis. Il s’agit pour Téhéran d’un acte de souveraineté et d’une riposte à ce qui est présenté comme une agression justifiant une prise de contrôle unilatérale ainsi qu’une stratégie de dissuasion asymétrique qui, d’une part, compensera l’infériorité conventionnelle iranienne et décuplera le coût d’une présence américaine au long cours et, de l’autre, affermira l’image d’un Iran certes affaibli mais capable de mettre en péril toute l’économie mondiale.

 

En cadrant Ormuz par ce biais, Téhéran recourt à une ingénieuse inversion des causalités : l’Occident devient l’initiateur du conflit, in fine, tandis que l’Iran s’auto-dépeint comme un État qui ne fait que se défendre et impute cette vaste déstabilisation énergétique et économique aux seuls choix de l’administration américaine et d’Israël. Cette inversion est ici fondamentale pour tenter de rallier à ses conditions ceux qui, à l’échelle globale, dépendent des hydrocarbures. L’Iran diffuse un discours qui résonne dans de nombreux États du Moyen‑Orient, d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. Un régime aux abois a su capitaliser sur une diplomatie favorable à ce Sud global empli de ressentiment, qui fustige aussi l’impérialisme, les sanctions et désire la consécration d’un nouvel ordre international. Depuis le début de la crise, l’Iran entend aussi isoler Washington en se rapprochant de puissances comme la Chine et la Russie, et d’autres pays que l’on disait autrefois « non‑alignés ».

 

D’ajouter que ce sentiment anti‑occidental est efficace dans des sociétés arabes où le souvenir des interventions étrangères passées reste vif. Téhéran se pose comme défenseur d’un Moyen-Orient agressé, principal opposant aux ingérences occidentales. En dépit d’attaques brutales contre plusieurs pétromonarchies du Golfe, le régime a au moins partiellement neutralisé la séculaire hostilité arabe envers l’Iran chiite en la réorientant vers cet adversaire tout trouvé. En théâtralisant aussi puissamment les risques induits par la crise d’Ormuz pour l’économie, il a en outre contribué à fissurer les alliances déjà fragilisées au sein du camp occidental – entre les États‑Unis et l’Europe en particulier. Des pays très liés à Washington mais très dépendants du pétrole critiquent ainsi le blocus actuel et appellent à une désescalade. Naturellement, Téhéran cultive toutes ces dissensions, devenues une ressource pour maintenir en vie ce qu’il reste de « République islamique » et en détournant le regard d’une partie de la population des répercussions économiques désastreuses de la guerre.

 

De nombreux civils accusés d’espionnage ont été sommairement exécutés ces derniers jours, toute critique du pouvoir islamiste chiite se voyant assimilée à une complicité avec l’ennemi. Or, l’un des objectifs de la guerre était un changement de régime à Téhéran. La crise d’Ormuz aurait-elle permis à l’Iran de supprimer toute contestation interne en renforçant en réalité son appareil sécuritaire ? On le disait amoindri, mais le discours qui sacralise cette « résistance », valorise le sacrifice et perçoit dans cette grande confrontation une mission religieuse n’a jamais été aussi délétère. C’est ce même discours qui transforme cette guerre en une épreuve collective nécessaire pour resouder les rangs. En l’abordant comme une lutte civilisationnelle, le régime iranien reconfigure les rapports de force au Moyen-Orient, met à mal les relations entre les Occidentaux eux-mêmes, et rétablit patiemment son emprise. Par-delà Ormuz, encore faudra-t-il juger, dans les semaines et mois à venir, jusqu’où cette antienne bien commode produit les effets géopolitiques escomptés.

 

Myriam Benraad
Professeure honoraire à l’Université d’Exeter

Myriam Benraad

Politiste de formation, Myriam Benraad est titulaire d’un doctorat de l’Institut d’études politiques de Paris (Sciences Po, 2011) et s’est spécialisée dans les relations et la négociation internationales, les études sur la paix et les conflits, ainsi que la géopolitique mondiale et l’économie politique internationale, avec un accent particulier sur les transitions et émotions politiques au Moyen-Orient et dans le monde arabe en général. Elle a été associée à divers centres de recherche et a régulièrement exercé en tant que consultante et experte/conseillère technique pour l’Union européenne et plusieurs organisations internationales et agences de développement (notamment la Banque européenne d’investissement et la Banque mondiale). Outre ses nombreuses années d’expérience dans l’enseignement supérieur, Myriam Benraad est une chercheuse chevronnée ainsi que la fondatrice du Réseau interdisciplinaire d’études sur la vengeance (TNRS) et de l’Institut Delphes. Parmi ses dernières publications : Mécanique des conflits : cycles de violence et résolution et L’Irak par-delà̀ toutes les guerres. Idées reçues sur un État en transition.

Partager sur LinkedinPartager sur XPartager sur Facebook

Les derniers articles

Waldeck-Rousseau et la « République définitive » : De la Revue politique et parlementaire au Grand Cercle républicain

Plan de relance du logement : une occasion de rachat de la classe politique

ParHenry Buzy-Cazaux

Le plan de relance du logement, présenté en grandes pompes par le Premier ministre, passera par une loi, dont le...

Kharg, épineuse île du golfe Persique

L’Iran et l’anti-occidentalisme

ParMyriam Benraad

La crise du détroit d’Ormuz révèle comment la République islamique d’Iran mobilise, remodèle et exploite le sentiment anti‑américain et anti‑occidental...

« Africa Forward » au Kenya : renouveau de la France en Afrique ou signe d’effacement ?

« Africa Forward » au Kenya : renouveau de la France en Afrique ou signe d’effacement ?

ParPascal Drouhaud

Tandis que se tient à Nairobi, au Kenya, le Sommet « Africa Forward », réunissant une trentaine de chef d’Etat,...

Conseil d’évaluation de l’école : l’instrument d’un pilotage autoritaire hérité de l’ère Blanquer

Conseil d’évaluation de l’école : l’instrument d’un pilotage autoritaire hérité de l’ère Blanquer

ParYannick Trigance

La récente démission du géographe Jacques Lévy du Conseil d’évaluation de l’école (CEE) n’est pas un simple fait divers institutionnel....

Retrouvez nos dernières vidéos

«
Prev
1
/
95
Next
»
loading
play
Les conférences de 18h59 - Viviane Chaine-Ribeiro
play
Printemps des Technologies – La Liberté d’expression à l’ère du numérique
play
Printemps des Technologies – l'IA dans l'économie
«
Prev
1
/
95
Next
»
loading

Inscrivez-vous à notre Newsletter

Related Posts

Kharg, épineuse île du golfe Persique
L'édito de Myriam Benraad

« Golfe Persique », « golfe Arabique » ?

Kharg, épineuse île du golfe Persique
L'édito de Myriam Benraad

Moyen-Orient : quand la puissance ne produit plus d’ordre

Kharg, épineuse île du golfe Persique
L'édito de Myriam Benraad

Islamabad : un échec diplomatique acté d’avance ?

Kharg, épineuse île du golfe Persique
L'édito de Myriam Benraad

Stabiliser par les « nouvelles routes de la soie »

Groenland et « hyper-symbolisation » des marges
L'édito de Myriam Benraad

Le Parlement et la guerre au Moyen-Orient

Kharg, épineuse île du golfe Persique
L'édito de Myriam Benraad

Kharg, épineuse île du golfe Persique

Groenland et « hyper-symbolisation » des marges
L'édito de Myriam Benraad

Dubaï : la fin d’un mirage global ?

Groenland et « hyper-symbolisation » des marges
L'édito de Myriam Benraad

Turbulences en Méditerranée orientale

Article suivant
Waldeck-Rousseau et la « République définitive » : De la Revue politique et parlementaire au Grand Cercle républicain

Plan de relance du logement : une occasion de rachat de la classe politique

La Revue Politique et Parlementaire
10 rue du Colisée 75008 Paris
Email : contact@revuepolitique.fr
Téléphone : 01 76 47 09 30

Notre Histoire
L'équipe
Mentions légales

Culture
Economie
Faut… de la géopolitique
International
La tribune du parlementaire
Libre opinion
Politique
Science et technologie
Société
Vie du parlement
Nos vidéos

Welcome Back!

Login to your account below

Forgotten Password?

Retrieve your password

Please enter your username or email address to reset your password.

Se connecter

Add New Playlist

Aucun résultat
Voir tous les résultats
  • Politique
  • International
  • Economie
  • Société
  • Tech
  • Événements
    • La cité des débats
      • Faut-il avoir peur de l’avenir ?
      • Aimons-nous encore la liberté ?
      • Savoir, pouvoir et démocratie
      • S’engager au 21ème Siècle
      • Nouveaux mondes, nouvel Occident ?
    • Le printemps des technologies
      • Edition 2023
      • Edition 2024
      • Edition 2025
      • Edition 2026

Revue Politique et Parlementaire