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dans International

Cuba : célébration du centenaire de Fidel Castro dans une crise majeure avec les USA

Pascal DrouhaudParPascal Drouhaud
19 août 2026
Cuba : célébration du centenaire de Fidel Castro dans une crise majeure avec les USA
Analyse

Le mois d’Août 2026 marque pour Cuba, la célébration du centenaire de la naissance de Fidel Castro Ruz dans un climat de tension extrême avec les États-Unis, qui appliquent depuis le début de l’année une « politique de pression maximale » destinée à asphyxier économiquement le régime castriste et le forcer à s’engager dans de profondes transformations politiques, à défaut d’en accélérer la chute. 

Né le 13 août 1926 à Birán, dans l’actuelle province de Holguín, Fidel Castro est mort le 25 novembre 2016 à l’âge de 90 ans après avoir dirigé l’île pendant près de cinq décennies. Un siècle après sa naissance, les autorités cubaines ont transformé cet anniversaire en un moment de mobilisation idéologique et de défi face à Washington, alors que le pays traverse l’une des crises les plus profondes de son histoire récente, marquée par des pénuries alimentaires, des coupures d’électricité prolongées et un isolement régional et international accru. Son allié immédiat, le Vénézuéla s’est évaporé après la capture de Nicolas Maduro (1) dans la nuit du 2 au 3 Janvier 2026, le contrôle renforcé de la région Caraibes par la force dans le cadre de l’Opération « Southern Spear », « Lance du Sud » (2) conduite depuis Octobre 2025. 

A la Havane, les festivités visiblement à huis clos, se sont étalées sur une semaine. Un colloque international intitulé « Fidel : legs et avenir » a réuni plus de nombreux délégués et militants au Palais des Conventions de La Havane. Des expositions, un salon du livre, des concerts et des galas artistiques ont complété le programme de cet événement, à la croisée du défi, de la provocation et d’une défense d’une position fondamentale du régime. Le moment le plus symbolique s’est déroulé le 13 août au théâtre Karl Marx. Raúl Castro, frère de Fidel et âgé de 95 ans, y a fait une rare apparition publique, vêtu de son uniforme olive. L’assistance lui a réservé une ovation debout. Le président Miguel Díaz-Canel a pris la parole pour saluer le legs du Commandant en chef, le présentant non seulement comme une figure historique mais comme un guide pour affronter les défis de « la Cuba réelle de 2026 ».

Ces cérémonies se sont tenues dans un pays miné par une crise économique et sociale d’une gravité exceptionnelle. La production agricole, les transports, la distribution d’eau et le tourisme sont gravement endommagés. Les pénuries de nourriture, de médicaments et de carburant touchent l’ensemble de la population. Le gouvernement cubain attribue cette situation avant tout au blocus économique, commercial et financier imposé par les États-Unis, et plus particulièrement aux mesures renforcées depuis janvier 2026. 

Après la chute de Nicolas Maduro au Venezuela, principal fournisseur de pétrole de Cuba, l’administration Trump a instauré un blocus pétrolier de facto, empêchant quasiment tout approvisionnement en hydrocarbures. Des dizaines d’entités cubaines ont été sanctionnées, notamment dans les secteurs du pétrole, de la banque, des mines et du tourisme. Plus de trente-huit personnes ont été ciblées par des sanctions économiques, des restrictions de visa et des révocations de résidence. Washington a multiplié les menaces de sanctions secondaires contre les entreprises étrangères qui commerçaient avec des secteurs stratégiques de l’île.

Le lendemain des célébrations, le 14 août 2026, Marco Rubio a publié un message sans ambiguïté dans lequel il affirmait que Fidel Castro avait été « un échec total en tout, sauf à détruire Cuba et à appauvrir, emprisonner et assassiner son propre peuple ». Cette déclaration a renforcé le contraste entre le récit héroïque déployé à La Havane et la condamnation radicale formulée à Washington.

 Du côté cubain, le centenaire a été présenté comme un acte de défi et de continuité. Le gouvernement a rappelé trois principes hérités de Fidel Castro : l’indépendance, la Révolution et les valeurs du socialisme. 

Raúl Castro (3), toujours désigné comme le leader à la tête de la Révolution, demeure une figure symbolique centrale. Son inculpation en mai 2026 par un tribunal de Floride pour sa responsabilité présumée dans l’abattage de deux avions de l’organisation « Hermanos al Rescate » en 1996, qui avait fait quatre morts, a été dénoncée à La Havane comme « une provocation » destinée à humilier le pays. Cette inculpation s’inscrit dans une stratégie plus large de pression judiciaire et diplomatique visant les plus hauts responsables cubains.

L’héritage de Fidel Castro se trouve au cœur de ces tensions. Pour les autorités cubaines, il incarne « la résistance anti-impérialiste », l’alphabétisation massive de la population, les avancées en matière de santé et d’éducation, ainsi que le soutien aux « mouvements de libération » (4) dans différents « théâtres d’opération » dans le monde. Pour ses opposants, y compris une large partie de la diaspora cubaine et l’administration américaine, Fidel Castro reste le responsable d’un système autoritaire qui a nationalisé les propriétés, réprimé les dissidents, provoqué un exode massif et conduit l’économie à une stagnation structurelle. Les réformes économiques adoptées en juin 2026, comprenant cent soixante-seize mesures ouvrant davantage l’économie au secteur privé et aux investissements étrangers, sont interprétées à Washington comme des tentatives de survie opportunistes plutôt que comme un véritable changement de modèle. 

La pression américaine s’inscrit dans une stratégie hémisphérique plus large. Après l’opération qui a effacé Nicolas Maduro du pouvoir au Venezuela au début de 2026, le président Donald Trump a signalé que Cuba « pourrait tomber d’elle-même ». Des rapports du Département d’État accusent Cuba de soutenir des activités hostiles, d’entretenir des liens étroits avec la Chine et la Russie, y compris d’éventuels sites d’écoute, et de constituer une menace pour la sécurité nationale des États-Unis. 

 Des mouvements de navires de guerre américains dans la région des Caraïbes et des discussions sur d’éventuelles opérations militaires ont alimenté les spéculations, même si l’administration insiste encore, sur la pression économique et diplomatique. 

 

Dans ce face-à-face, le centenaire de Fidel Castro compte un effet miroir. Il reflète la capacité du régime à organiser une mobilisation idéologique et internationale même dans l’adversité. Il révèle cependant, la profondeur de la crise structurelle et la détermination américaine à ne plus laisser de marges de manœuvre. Raúl Castro, présent sur scène, incarne à la fois la continuité historique et la fragilité du moment : un homme de 95 ans, inculpé aux États-Unis, encore capable de galvaniser une salle, mais dont la simple apparition souligne le poids du passé sur un présent de plus en plus difficile. 

La célébration du 13 août 2026 a montré que, cent ans après sa naissance, Fidel Castro continue d’occuper le centre de la scène politique cubaine et des relations conflictuelles avec les États-Unis. Sa mémoire est brandie comme un bouclier et comme un programme. Elle est aussi contestée et apparaît comme la source de la crise avec les USA. 

Le contraste entre les discours officiels et la réalité quotidienne illustre la complexité du moment. D’un côté, la solidarité internationale et la rhétorique de résistance permettent de maintenir une cohésion interne et de légitimer le pouvoir. De l’autre, l’absence de solutions rapides aux problèmes énergétiques et alimentaires nourrit le scepticisme et l’émigration. Les États-Unis, en fermant systématiquement les voies de contournement, misent sur l’épuisement. Cuba, en célébrant Fidel Castro, mise sur la continuité idéologique et sur l’espoir que le temps, ou un changement de contexte international, lui donnera de nouvelles marges. 

La pression maximale américaine s’appuie également sur des instruments juridiques et diplomatiques. L’activation de titres de la loi Helms-Burton (4), les poursuites contre des entreprises accusées de trafiquer des biens confisqués après 1959, et les restrictions sur les transferts de fonds et les voyages contribuent à isoler davantage l’économie cubaine. Le gouvernement de La Havane dénonce ces mesures comme une violation du droit international et un obstacle au développement.  

Les résolutions annuelles de l’Assemblée générale des Nations unies condamnant le blocus, adoptées à une majorité écrasante, sont invoquées pour légitimer la position cubaine, même si elles n’ont aucun effet contraignant sur Washington. 

En définitive, la célébration des cent ans de Fidel Castro en août 2026 a cristallisé un moment de confrontation pure. Elle a permis au régime de réaffirmer son récit fondateur et de mobiliser ses soutiens, tout en exposant au grand jour la vulnérabilité économique de l’île. Elle a donné à l’administration américaine l’occasion de marteler son message sur l’échec du modèle castriste et sur la nécessité d’un changement radical. Entre ces deux positions irréconciliables, le peuple cubain continue de vivre au jour le jour, confronté à des difficultés matérielles croissantes et à un avenir incertain. 

 Pascal Drouhaud
Spécialiste en relations internationales. Président du laboratoire d’idées « LATFRAN / France-Amérique latine » 

crédit photo : Tous droits réservés : Agence EFE

—— 

Notes  

1)         Nicolas Maduro a succédé à Hugo Chavez, président du Vénézuéla du 2 Février 1999 à la date de son décès, le 5 Mars 2013. Réélu le 20 mai 2018 au terme d’élections boycottées par l’opposition, son second mandat est marqué par une instabilité politique doublée d’une profonde crise économique provoquée en partie, par la chute des cours du pétrole, principale ressource du Vénézuéla qui dispose des premières réserves mondiales de pétrole brut. 

Après avoir annoncé arbitrairement, avoir remporté l’élection présidentielle du 28 Juillet 2024, il engage un nouveau mandat tout en étant poursuivi par la justice américaine depuis 2021 en raison des liens qu’il entretiendrait avec les cartels de la drogue « Tren de Aragua » et de « Los Soles ». Il est capturé avec son épouse Cilia Flores, dans le cadre d’une Opération des forces spéciales américaines, « Absolute Resolve » dans la nuit du 2 au 3 Janvier 2026. Immédiatement exfiltré aux Etats-Unis, il est présenté devant un juge de New York qui lui a notifié les chefs d’inculpation. Il est incarcéré avec son épouse, au centre de détention métropolitain de Brooklyn. 

 

A lire : Pascal Drouhaud- David Biroste : « Amérique latine – L’après-Maduro ou le retour de la politique impériale des Etats-Unis », Revue défense nationale 12 janvier 2026 – 

 

2)          Les Etats-Unis ont mis en place, à partir du mois d’Août 2025, l’Opération « Southern Spear » / « Lance du Sud » dans la région des Caraibes. Les objectifs visent à « détecter, perturber et dégrader les réseaux criminels transnationaux et les réseaux maritimes illicites » en s’attaquant aux cartels de la drogue et à leurs complices en Amérique latine » dans le but de « protéger la nation américaine ». Neutralisation d’embarcations liées au narcotrafic dans la région des Caraibes pour la dimension sécuritaire, capture de Nicolas Maduro, recherché par la justice américaine « pour trafics de drogue » et « d’armes », dans le cadre d’une action des forces spéciales qui s’inscrit dans un volet plus politique de l’Opération, déploiement de forces navales inédites, autant d’aspects révélés par « Southern Spear ». 

 

3)         Né le 3 Juin 1931, Raul Castro   a été Ministre de la Défense de 1959 à 2008, Président du Conseil d’Etat et du conseil des Ministres (2006-2018), premier Secrétaire du parti communiste cubain de 2011 à 202, de facto successeur et dirigeant de Cuba jusqu’en 2018, garant d’une ligne historique fondatrice du régime depuis 1959. 

 

4)         Les lois Helms-Burton ( Cuban Liberty and Democratic Solidarity Act ou LIBERTAD Act de 1996) sont une législation américaine qui renforce l’embargo contre Cuba. Elles permettent notamment aux citoyens américains (et aux entreprises) de poursuivre en justice des sociétés étrangères qui investissent ou sont en lien avec des biens confisqués par le régime cubain après 1959.  

 

 

Pascal Drouhaud

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