Dans un entretien à Libération, Cécile Duflot dit se sentir tiraillée « entre flemme et sens du devoir ». L’ancienne ministre écologiste a recours à cette formule pour entrer dans le débat présidentiel sans trop se dévoiler. Hasard ou pas, l’expression reflète assez justement le sentiment des Français, entre lassitude et obligation civique vis-à-vis de la prochaine élection présidentielle. Lassitude face à des débats ne répondant pas à leurs attentes ; sens du devoir car chacun sent bien que les prochaines orientations présidentielles seront décisives pour le pays et ses habitants.
Au début de l’été, selon une enquête Odoxa Le Figaro, 44% des personnes interrogées étaient incapables de citer spontanément le nom de la personnalité qu’ils souhaitaient voir élue. Une moitié seulement envisage la victoire d’un des candidats déjà déclaré. Autrement dit, les prises de position des prétendants ne correspondent pas aux attentes des Français. Ni la subtilité des postures, ni les petites phrases habilement distillées sur les réseaux sociaux ne suscitent un engouement particulier.
Certains candidats ont tenté de multiplier les « cartes postales » durant la saison estivale afin de tester leur profil électoral. Gabriel Attal aligne les sorties médiatiques pour afficher sa détermination élyséenne, Édouard Philippe se confie sur Linkedin sur sa personnalité. Rien n’y fait.
L’été, dans l’esprit des Français, ce sont les images angoissantes des incendies, la prise de conscience palpable des conséquences visibles du dérèglement climatique et le sentiment lassant que les responsables politiques – même s’ils évoquent régulièrement ce dossier – demeurent à côté du sujet. Chacun est bien conscient que c’est tout une façon de vivre, de cultiver, de consommer, de produire qu’il va falloir repenser, alors que l’intelligence artificielle plane comme une menace autant qu’une solution.
Or, malgré ces enjeux, les potentiels candidats continuent de se comporter comme ils l’ont toujours fait. C’est la mouvance écologiste qui se divise sur ses alliances et sa stratégie. C’est un candidat qui, une semaine avant de se déclarer officiellement, cède aux traditionnelles photos de couple en bord de mer, une semaine après celles du président de la République en jet ski avec des gardes du corps. Comme si les incendies, les canicules à répétition, l’inadaptation de l’habitat urbain ou la sécheresse des terres agricoles ne constituaient qu’une parenthèse dans le long fleuve tranquille de la chronique politique.
L’été 2026, parce qu’il concrétise les prédictions climatiques, devrait agir comme un révélateur et fixer les priorités à venir. Quand le climat change à ce point et si vite, c’est tout un modèle industriel, économique, géographique et social qui a besoin d’être revu. C’est tout l’objet d’un programme présidentiel. La présidentielle va peut-être enfin commencer.
Marie-Eves Malouines,
Éditorialiste politique











