Le projet de loi de finances comporte des mesures de nature à réduire l’attractivité de l’immobilier. Au même moment, un sondage révèle que les Français n’ont pas moins d’envie qu’auparavant d’accéder à la propriété, en dépit des circonstances. Il serait opportun que l’État ne s’assigne pas la mission d’exaspérer les volontés de logement des ménages. La fonction de l’État n’est-elle pas d’entraîner plutôt que de dissuader les énergies ?
L’examen du projet de loi de finances initiale pour 2027 a commencé à l’Assemblée nationale. Son article 7, débattu vendredi après-midi dans l’hémicycle, visait à plafonner de toutes les manières le statut bien connu, on peut aller jusqu’à dire populaire, du loueur en meublé non professionnel. Le gouvernement a été battu : une majorité de députés a adopté un amendement de suppression de l’article du texte originel du gouvernement. En clair, le dispositif fiscal à succès est sauvé… pour l’instant.
Entre le risque qu’il revienne au Sénat et la probabilité d’un vote bloqué par le gouvernement au titre de l’article 49.3 de la Constitution, sinon par ordonnances, le péril est loin d’être définitivement écarté. Il faut néanmoins prendre ce qu’il y a à prendre et se satisfaire du fait qu’une majorité d’élus de la nation ait compris qu’altérer le statut qui déclenche le plus d’investissements en France de la part des particuliers, notamment pour l’achat de lots dans des résidences-services à destination des étudiants ou des personnes âgées, serait préjudiciable. Étonnant, pour autant, que l’exécutif soit prêt à abîmer ce qui marche et à porter préjudice à une croissance qui n’en a pas besoin… Nous naviguons entre des mois de croissance extrêmement faible et des mois de croissance négative. Rappelons que deux mois négatifs nous mettraient, stricto sensu, en récession.
MaPrimeRénov’, le financement public phare de la rénovation énergétique, a également été rognée de 200 millions d’euros, au plus mauvais moment : les Français sont entrés dans l’élan de la mutation écologique et voilà que les règles du jeu changent encore et que les aides se réduisent. Elles ont un effet de levier considérable, que le gouvernement est également prêt à sacrifier, avec les rentrées fiscales qui y sont associées. En clair, ce pays, à son sommet, n’a d’autre ambition pour le logement que d’en replier la voilure. C’est un bien triste pays que celui qui ne veut plus vivre que gouverné par le signe moins.
Les Français sont-ils aussi minimalistes et sombres pour leurs projets en matière de logement ? Pas du tout. L’un des réseaux leaders dans la transaction résidentielle, SAFTI, vient de rendre publics les résultats d’une enquête menée par Kantar auprès de ses prospects. Les chiffres sont sans appel : en dépit du contexte actuel, 71 % des sondés ont toujours envie d’acheter et, parmi eux, 72 % se disent confiants dans leur capacité à mener à bien leur opération. 56 % attendent d’une négociation qu’elle facilite la concrétisation de leur projet et 17 % espèrent une baisse des taux d’intérêt, de façon un peu idéaliste. En somme, les Français affichent une forte détermination à devenir propriétaires, ils se projettent dans l’avenir, fût-il bien peu lisible, là où leurs responsables politiques n’ont plus envie de rien, sauf d’exténuer budgétairement l’immobilier. Un pays dans lequel les citoyens ont plus d’énergie que leurs décideurs publics est malade. L’immobilier peut sans délai faire repartir la croissance et la création de richesse, pour peu qu’on n’en dissuade pas les acteurs.
D’ailleurs, il semble que les Français n’attendent plus d’aide ni d’accompagnement de l’État : 64 % des interrogés affirment que l’élection présidentielle est indifférente pour la réalisation de leur projet. Ce n’est pas une bonne nouvelle : ce chiffre révèle sans doute une distance par rapport à la politique… et, plus lucidement, la conscience que les politiques n’ont plus de marge de manœuvre pour des gestes généreux envers les ménages. Comme on le lit dans les Propos d’OL Barenton Confiseur, qu’Auguste Detœuf a signés en 1937 : « Aide-toi, l’État ne t’aidera pas. » On se contenterait d’un État qui n’éteigne pas le désir de propriété de ses citoyens à force de décisions malheureuses.
Henry Buzy-Cazaux,
président fondateur de l’Institut du Management des Services Immobiliers
















