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dans Politique

Chronique présidentielle : L’énigme Dupont-Aignan

Frédéric Saint ClairParFrédéric Saint Clair
3 novembre 2021
Nicolas Dupont-Aignan

Nicolas Dupont-Aignan, président du mouvement Debout la France et député de l’Essonne a annoncé, il y a déjà plus d’un an, sa candidature à l’élection présidentielle 2022. Gaulliste, souverainiste, partisan d’une Union des droites, il incarne à droite la figure de l’éternel homme seul. Que cherche-t-il ?

Nicolas Dupont-Aignan a commencé l’année 2021 à 7% dans les sondages – résultat faible mais qui a le mérite d’autoriser le remboursement des frais de campagne – il est aujourd’hui testé la plupart du temps à 2 ou 3%. Il continue cependant de croire en ses chances de remporter l’élection présidentielle 2022, tout comme il l’a cru, en vain, en 2017 et en 2012. Il ne cherche donc aucune alliance d’avant le premier tour. Lorsque Jean-Baptiste Boursier, sur BFMTV ce week-end, lui a opposé la percée fulgurante d’Eric Zemmour, Dupont-Aignan a disqualifié les sondages et s’est défaussé en mentionnant « la petite phrase que personne ne lit ». Il croit en sa destinée, et surtout, il croit en sa singularité.

De la première, il nous est impossible de discuter. Analysons donc la seconde. Qu’est-ce qui empêche Nicolas Dupont-Aignan, dont les mesures sont à la fois tranchées et relativement modérées, de revenir, par exemple, vers LR et d’y incarner une voix singulière, ou de faire alliance ailleurs ? Ses positions sur l’immigration et l’islam sont loin d’être aussi radicales que celles d’Eric Zemmour, mais elles le sont peut-être un peu plus que celles, momolles, de Xavier Bertrand ou de Valérie Pécresse. Tout en étant critique de la gestion sanitaire de l’exécutif, notamment du passe sanitaire et de la vaccination des enfants, il est loin d’être aussi ultra qu’un Florian Philippot. Gaulliste façon RPF, et donc résolument attaché à la souveraineté de la France, il ne souhaite pourtant pas quitter l’Union Européenne, mais entend en renégocier les traités. Proche de la sensibilité de la Manif pour tous en matière de PMA, de GPA, il dit préférer une « union civile » au « mariage pour tous ». Il incarne ainsi, au sein de la droite républicaine traditionnelle, une position qui aurait mérité de n’être pas si minorée, et qui aurait eu l’avantage de lui conférer les appuis locaux qui lui manquent cruellement.

Où réside donc cette singularité politique qui l’a conduit à quitter LR, cette incompatibilité idéologique qui l’empêche d’y revenir ?

Nous avons beau chercher, nous ne trouvons pas. Debout la France n’est en effet pas le Lutte Ouvrière de la droite française. Il ne témoigne pas de cet attachement viscéral à un concept politique passéiste qui fait, comme pour LO, qu’à chaque question de journaliste – qu’elle porte sur la crise sanitaire, l’immigration ou l’éducation – la réponse revient toujours au même point : la lutte des classes ! Par ailleurs, le gaullisme de Nicolas Dupont-Aignan ne témoigne pas non plus d’une orthodoxie exemplaire qui ferait de lui une sorte d’héritier maudit du Général.

Serait-ce alors son alliance avec Marine Le Pen en 2017 qui serait responsable de son isolement ? Cette alliance que la droite LR continue de juger contre-nature et que la ligne Zemmour, réconciliatrice de Pétain et De Gaulle, va contribuer à normaliser, a effectivement joué contre Nicolas Dupont-Aignan. Mais son isolement préexiste à ce choix tactique, qui ne suffit donc pas à l’expliquer.

Par ailleurs, rappelons-nous que Nicolas Dupont-Aignan a récemment tendu la main aux différents courants de la droite souverainiste, non pas pour qu’ils le rallient, mais en vue de l’organisation d’une grande primaire. Le bal des égos et les mécaniques partisanes l’ont rendue impossible. Il n’en demeure pas moins que le président de Debout la France n’est donc pas un ermite obsessionnel, puisqu’il est capable de penser de manière collective lorsque le jeu en vaut la chandelle, voire de rallier des personnalités mieux placées comme en 2017.

Qu’est-il alors ? Peut-être un romantique de la politique, qui rêve à une société imaginaire où la démocratie serait ce processus politique fantasmé confinant au grandiose où le plus juste, le plus lus lucide, le meilleur en somme, serait immédiatement adoubé par ses pairs et désigné par le peuple. Carl Schmitt est très sévère à l’encontre du romantisme politique, qui ne peut exister, dit-il, que dans « une société minée par l’individualisme, et sous un régime bourgeois. » Une société où l’individu est « son propre prêtre, […] son poète, son philosophe, son roi, et le maître-d’œuvre pour construire la cathédrale de son propre culte. » L’urgence de l’heure nécessite peut-être que Nicolas Dupont-Aignan renonce à la poésie politique au profit des tractations partisanes, plus prosaïques certes, mais indispensables à la conquête du pouvoir.

Frédéric Saint Clair
Ecrivain, politologue 

Frédéric Saint Clair

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