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dans Politique

D’ex nihilo au néant, Renaissance, une marque démonétisée et au bord du précipice

Frédéric DosquetBertrand AugéParFrédéric DosquetetBertrand Augé
5 juillet 2024
D’ex nihilo au néant,  Renaissance, une marque démonétisée et au bord du précipice

Le constat est rude pour Emmanuel Macron. Le Président de la Start-up nation voit la marque de son mouvement politique perdre de sa valeur, au point de risquer de disparaître, 8 ans après sa création (lancement officiel le 6 avril 2016). Rayée de l’ensemble des kits de campagne de ses candidats à l’occasion des législatives de juin et juillet 2024, la marque Renaissance agit plus comme un repoussoir que comme une attraction électorale. Certes, cet état de fait n’est pas novateur et propre à la personnalité du Chef de l’Etat actuel. Déjà, en leur temps, les présidents François Mitterrand, ou encore Jacques Chirac avaient vu pareil désaveu et renoncement de la part de leurs propres troupes. Mais ce qui est le plus alarmant pour le mouvement politique du président Macron en comparaison avec ses prédécesseurs, est l’absence de racines et d’ancrages de sa marque Renaissance à subsister à son géniteur. Constitutionnellement, Emmanuel Macron quittera la présidence en 2027 en ayant vu, vraisemblablement de son vivant de présidence, la mort de son mouvement partisan qui lui avait permis de naître et d’accéder à l’Elysée.

Une instabilité quasi-permanente

Lancée en 2016 dans un esprit de conquête de pouvoir, la marque En Marche a officié avec succès, puis avec le temps, s’est décomposée. Faute d’une implantation territoriale forte (1 seul maire élu sur 42 d’une ville de plus de 100.000 habitants ; 1 seul Président de Région sur les 26) la marque présidentielle a connu quelques soubresauts. Le manque de stabilité de sa dénomination, évoluant en un temps record (En Marche est devenu La République En Marche LREM en 2017 puis Renaissance en 2022) n’a pas aidé à installer son offre de manière pérenne et centrale. Le manque d’investissements dans sa structuration managériale et l’absence de leaders à son seul service n’aura pas aidé. Les va et vient entre les postes exécutifs du mouvement et les postes ministériels ou institutionnels ont été incessants (Richard Ferrand ; Christophe Castaner ; Stanislas Guerini, Stéphane Séjourné…) et n’ont pas permis de stabiliser véritablement l’organisation partisane. En revendiquant l’amateurisme comme force d’un engagement politique désintéressé, le parti ne s’est pas développé, bien au contraire. Mais, le pire est sans doute, l’absence d’assise idéologique et de pensée structurantes faisant de cet OVNI politique, le réceptacle mou typique de la société fluide du postmodernisme. Ce refus d’entrer dans des cases établies tout en rejetant simultanément la structuration ancestrale de la politique française partagée entre la droite et la gauche, Renaissance n’a pas su proposer une boussole fiable au corps électoral français. Si bien qu’en pleine tempête, la question de son existence est bel et bien posée.

Une comète

In fine, après 8 années d’existence, force est de constater que cette marque n’aura jamais réussi véritablement à s’imposer durablement sur l’échiquier politique français. Minée de l’intérieur par une absence de volonté de se ranger derrière sa bannière, ses principales composantes lui ont refuser l’allégeance. Ainsi, le Modem (François Bayrou) ou encore Horizon (Edouard Philippe) et Agir (Franck Riester) ont pris leur liberté ou gardé leur autonomie. Cette atomisation partisane a fragilisé l’étendard Renaissance, qui s’est peu à peu féodalisé, tout en perdant de sa force et de sa vigueur à devenir la clé de voûte du système politique français. Telle une comète, Renaissance aura finalement illuminé le ciel politique pendant les années de conquête et de début de mandat du président Macron, pour risquer de disparaître de manière brutale en juillet 2024.

L’échec est retentissant. La marque Renaissance s’est démonétisée, affront suprême pour un président de la République banquier de métier. L’usure du pouvoir n’explique pas tout. Le manque de soutien et d’engagement envers ce mouvement politique n’aura fait que de le projeter dans le néant, mais, comme toute comète, peut-être réapparaitra-t-elle sous une forme ou une autre ?

Dr Frédéric Dosquet
Docteur en Sciences de Gestion, directeur de thèses (Hdr), Professeur éklore-ed School of Management, Auteur de Marketing et communication politique, EMS, 3eme édition.

Dr Bertrand Augé
Docteur en Histoire, Professeur éklore-ed School of Management

Photo : Victor Velter/Shutterstock.com

Frédéric Dosquet

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