On vit avec, au point de ne plus vraiment mesurer ce qu’il nous apporte: l’ascenseur équipe une proportion très importante de nos immeubles, ceux dans lesquels nous vivons ou vivent les proches chez qui nous nous rendons, et ceux dans lesquels nous travaillons. C’est sans conteste le progrès technologique le plus remarquable appliqué aux immeubles après l’eau courante et l’électricité. On pourrait aussi penser que son déploiement dans le patrimoine immobilier résidentiel et d’activité est tel qu’il n’y a plus matière à y réfléchir. C’est loin d’être le cas. La Fédération des Ascenseurs, qui rassemblent les quelque deux cents entreprises en France qui fabriquent, installent et entretiennent les ascenseurs interroge régulièrement les Français pour connaître leur regard et leurs attentes quant à l’ascenseur. Le syndicat a ainsi créé un baromètre avec IPSOS BVA, jaugeant régulièrement la relation des ménages avec cet équipement. Une façon de ne pas se satisfaire et de faire progresser ce moyen de transport devenu familier des habitants.
Les résultats de la dernière vague méritent qu’on s’y attarde. Ils confirment un certains nombre de convictions et en balayent d’autres… Une certitude: l’ascenseur occupe dans l’équation du logement une place désormais majeure. Bien plus qu’un simple perfectionnement, il conditionne le rapport que nous avons à l’habitat et infléchit même les politiques publiques.
On ne s’étonnera pas que 72% des Français utilisent l’ascenseur, performance au plus haut depuis que le baromètre existe, soit 2015. On voit aussi quelles sont leurs habitudes d’utilisation: s’en servent-ils systématiquement ou préfèrent-ils encore faire de l’exercice lorsqu’il s’agit de s’élever d’un ou deux étages seulement? C’est un détail de l’histoire, mais il atteste que la majorité entretiennent leur forme: 22% seulement empruntent cet équipement pour un étage… Dès le 2e étage, la proportion croît à 34% et elle est de 32% dès le 3e. L’usage est plus faible à partir du 4e et au-delà parce que les immeubles élevés sont plus rares. On sait en revanche que 37% l’utilisent au travail, 21% à domicile et 62% en dehors de ces situations, par exemple pour recourir à des services marchands ou non marchands dans leur vie courante. Le taux de satisfaction des usagers atteint 74%, niveau jamais atteint lors des précédentes vagues, avec notamment un indice de confiance de 81% envers les sociétés de maintenance pour assurer leur sécurité.
Ainsi, l’ascenseur est devenu un critère décisif dans l’achat ou la location d’un appartement, avec des taux qui ne cessent de progresser. À ce jour, 4 Français sur 10 en moyenne nationale estiment cet équipement essentiel, et 62% dans la région capitale, dont le patrimoine est davantage constitué d’immeubles collectifs à étages, voire de grande hauteur, résidentiels, commerciaux ou tertiaires. Par ailleurs, alors qu’en 2030 près du tiers de la population française aura 60 ans et plus, l’ascenseur ou ses formes adaptées aux maisons, élévateurs et monte-charges, sont perçus comme indispensables dans les logements des aînés.
Plus intéressants encore sont les indicateurs qui témoignent que l’ascenseur fait l’objet d’une attention particulière pour maintenir son état ou pour le moderniser. Certes, elle est un corollaire logique de l’attachement à l’ascenseur: pour autant, le sondage montre une maturité de l’approche patrimoniale qui a de quoi surprendre. Les ménages ont conscience que la moitié du parc a plus de 25 ans et 94% des usagers estiment urgente le remplacement des appareils à la faveur de la rénovation des bâtiments. Les dégradations volontaires par incivilité, constatées par près de 6 Français sur 10, accélèrent en outre l’obsolescence et les besoins de changement ou de réparation lourde. 80% des usagers considèrent qu’il serait salutaire que des provisions annuelles soient rendues obligatoires dans les copropriétés. 85% des interrogés, copropriétaires ou locataires en copropriété, sont d’avis que les ascenseurs, pour leur installation si l’immeuble n’est pas équipé (c’est encore le cas d’un immeuble sur deux dans notre pays) ou pour la modernisation, soient intégrés au plan pluriannuel de travaux décennal rendu obligatoire par la loi ALUR de 2014 au sein des immeubles en copropriété.
Au-delà de ces considérations qui décrivent le lien d’intimité entre les Français et l’ascenseur, cet équipement conditionne la réussite de plusieurs politiques publiques fondamentales. Les choix relatifs au traitement du vieillissement: les personnes du quatrième âge ne pourront rester à leur domicile et éviter les séjours en établissement spécialisé voire le placement définitif que grâce aux équipements de levage. Plus largement, en cas de mobilité réduite à certains moments de la vie, à la suite d’accidents ou lors d’une grossesse, notamment pathologique, l’ascenseur épargnera là encore l’emménagement dans des lieux provisoires, le plus souvent difficiles à trouver. Il sera également impossible de densifier pour ne plus consommer de foncier sans que nos immeubles à construire ou existants ne gagnent en hauteur…et ne soient systématiquement équipés d’ascenseurs. Sans compter la contribution de l’ascenseur à la mutation écologique: les déplacements, rapides, se font avec des consommations d’énergie très maîtrisées, à comparer au coût d’éclairage des cages d’escalier ou des dispositifs de vidéosurveillance de plus en plus courants. Enfin, la valorisation des patrimoines collectifs et individuels passe par l’ascenseur: on sait quel coefficient multiplicateur de la valeur vénale d’un appartement apporte l’installation d’un ascenseur dans l’immeuble, selon l’étage où se situe le bien.
L’avenir du logement est consubstantiel de celui de l’ascenseur et de son bon entretien, bien loin de l’image superfétatoire ou luxueuse qui lui a été associée par le passé. Les professionnels immobiliers, syndics, promoteurs, constructeurs, rénovateurs, les propriétaires institutionnels, les bailleurs sociaux doivent en prendre la pleine mesure et en tirer les enseignements dans la gestion des patrimoines, en ne transigeant jamais sur l’équipement, sa qualité et les investissements à engager pour sa maintenance.
Henry Buzy-Cazaux,
président fondateur de l’Institut du Management des Services Immobiliers



















