Régionales 2015 : moins d’abstention au second tour

Des régions reconfigurées, une élection organisée en décembre, la quatrième en moins de deux ans, après une campagne atone, tout contribuait à une forte abstention.

Si, au premier tour, son niveau est identique à celui qui avait été observé aux départementales du printemps 2015, il est cependant un peu plus faible qu’aux régionales de 2010. La sociologie de l’abstention, sa géographie, ses motivations sont assez pérennes par rapport aux élections intermédiaires antérieures. Le second tour s’est révélé beaucoup plus mobilisateur que le premier, en lien avec la nouvelle montée du Front national, la tripartition des électorats et l’incertitude du résultat final dans beaucoup de régions. La volatilité des comportements entre vote et abstention d’un tour à l’autre a été énorme.

Des élections au terme d’une réforme territoriale

Les élections régionales des 6 et 13 décembre 2015 se sont déroulées au terme d’un processus de transformation des collectivités locales. Ayant annulé la réforme territoriale votée sous le quinquennat précédent, la gauche pouvait soit revenir au système antérieur, soit innover. C’est la seconde option qui a été retenue. Il s’agissait de revoir toute l’architecture des collectivités territoriales : communes, intercommunalités et métropoles, départements et régions. L’objectif était de simplifier les compétences de chaque niveau en évitant que chacun s’occupe de tout et de rendre ainsi plus efficace l’action de chaque acteur local. Pour les régions, on a donc – un peu – renforcé leurs compétences mais surtout diminué leur nombre pour les rendre plus compétitives face à leurs voisines européennes et pour réaliser – si possible – des économies d’échelle. De vingt-deux régions métropolitaines, on est donc passé à treize, la carte restant inchangée pour les quatre régions d’outre-mer. Plutôt à la hussarde, sans réelle réflexion collective sur la rationalité des regroupements. Le seul grand principe respecté a été de ne pas diviser les régions existantes. On s’est donc contenté de fusionner des régions anciennes dans sept cas et de laisser six régions en l’état, après des arbitrages politiques. Le sentiment d’identité régionale restait faible après trois décennies de décentralisation et on peut comprendre qu’il était difficile de mettre en avant ce critère pour créer des régions aux dimensions de l’Europe.

Le gouvernement avait choisi une procédure législative accélérée. Entre la première carte proposée par le gouvernement en juin 2014 et le vote final de la loi en décembre (promulguée en janvier 2015 après validation par le Conseil constitutionnel), plusieurs décisions ont été très disputées, notamment le mariage de l’Alsace avec la Lorraine et Champagne-Ardenne, la réunion de Midi-Pyrénées avec Languedoc-Roussillon, l’indépendance de la Bretagne, celle du Centre à l’origine destiné à être marié au Limousin et à Poitou-Charentes (qui ont finalement rejoint l’Aquitaine), le sort de la Picardie rattachée au Nord-Pas-de-Calais – touché par la crise – plutôt qu’à la riche Île-de-France. La carte adoptée ne restreint pas vraiment les inégalités puisqu’on n’a pas osé toucher à la Corse (environ 300 000 habitants pour seulement 8 680 km2), ni à l’Île-de-France qui réunit 11,8 millions d’individus pour une superficie de 12 000 km2)1. En superficie, la création de la région Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne est énorme (84 100 km2) et celle de Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées guère moindre (72 700 km2).

La reconfiguration du périmètre géographique des régions (dans sept cas sur treize) a pu décontenancer certains électeurs critiques à l’égard de ce changement et incapables de s’intéresser à un ensemble plus vaste qu’avant. Ceci peut avoir été facteur d’abstention. Mais à l’inverse, la structuration des enjeux électoraux autour de seulement treize régions rend – en principe – plus facile la médiatisation du scrutin autour de têtes de listes souvent plus connues. Ce qui devrait contribuer à la participation électorale.

Même avec une procédure législative accélérée, réformer prend du temps. L’élection, qui aurait dû notamment avoir lieu en mars 2015, a donc été repoussée à décembre, ce qui peut avoir eu un effet sur le taux d’abstention. Une élection dans le contexte de la préparation des fêtes de Noël n’est probablement pas la période la plus favorable. Mais il est vrai qu’il n’y a pas de période électorale idéale, entre les multiples contraintes de vacances et les différents types de sollicitations que rencontrent les citoyens. De plus, c’était le quatrième scrutin organisé en moins de deux ans (après des municipales en mars 2014 et des européennes en juin de la même année, puis des départementales en mars 2015). L’étude des taux d’abstention dans le passé semble indiquer une tendance à l’augmentation de l’abstention dans les contextes de scrutins rapprochés (comme par exemple en 1988-1989).

Une campagne électorale très atone, dans le contexte des attentats de novembre

L’ élection avait donc lieu dans treize régions métropolitaines mais aussi quatre régions d’outre-mer. Comme toujours, les milieux politiques se sont mobilisés très tôt pour négocier des alliances potentielles2 et sélectionner des candidats, notamment dans les régions recomposées, ce qui nécessitait des arbitrages plus difficiles qu’ailleurs sur la conduite des listes. La gauche s’attendait à perdre des régions et la droite à en gagner, ce qui était conforme au mécanisme habituel de sanction à l’égard du pouvoir central dans les élections intermédiaires, conforme aussi au désaveu de la gauche enregistré déjà aux élections départementales et confirmé par les sondages plus récents.

L’enjeu politique majeur, aussi bien dans les partis que dans les médias, semblait être le niveau qu’atteindrait le Front national, après son succès aux élections départementales de mars.

Et surtout, la question était de savoir quelle stratégie adopter dans les très nombreux cas où le FN serait présent au second tour et risquait de remporter l’élection : fallait-il un accord entre droite et gauche pour gouverner ensemble ou un retrait des listes les moins bien placées, selon la stratégie dite de front républicain ? Mais cet enjeu n’a pas mobilisé largement, pendant la précampagne, même chez les sympathisants des partis.

Comme pour l’ensemble des élections locales, aucune campagne officielle sur les chaînes de radio et de télévision n’est organisée. La seule nouveauté a consisté – en partie du fait de la date des élections en décembre –, à rouvrir la possibilité de s’inscrire sur les listes électorales jusqu’au 30 septembre alors que normalement n’auraient pu voter que les personnes inscrites au 31 décembre 2014, ce qui aurait notamment exclu un certain nombre de jeunes venant juste d’atteindre 18 ans ou des personnes ayant déménagé en 20153. On a donc favorisé l’inscription tardive de personnes désirant voter, en espérant réduire ainsi – un peu – l’abstention. Un spot publicitaire a été diffusé dans ce but en septembre  sur les radios et des sites internet. Un autre fin novembre rappelait la date des scrutins et  invitait à se déplacer pour voter.

Les attentats terroristes du 13 novembre ont conduit les candidats à suspendre leur campagne pendant près de quinze jours, ils ne l’ont reprise que timidement dans la dernière semaine de novembre. Les candidats infléchissent alors leurs discours en insistant sur la nécessité de développer des politiques sécuritaires4. On débat très peu en fonction des compétences reconnues à la région5, celles-ci étant perçues comme très techniques, ce qui n’est pas mobilisateur. Et les acteurs politiques eux-mêmes font des promesses de campagne douteuses par rapport aux compétences formelles de leur collectivité. L’intérêt pour la campagne semble avoir été assez faible, à peine plus fort que pour les élections départementales et européennes6, mais cependant sensiblement plus fort que pour les régionales de 20107.

Si les attentats terroristes du 13 novembre ont empêché le développement normal de la campagne électorale, ils peuvent cependant avoir eu un petit effet indirect de mobilisation des électeurs. On en trouve la trace dans les sondages. Si, dans le sondage TNS Sofres réalisé en ligne du 20 au 23 novembre, 58 % disent que les attentats n’ont eu aucun effet dans leur choix électoral et 35 % que ceux-ci les ont seulement renforcé dans leur intention de vote, 7 % reconnaissent avoir changé d’avis, 5 % en faveur d’une autre liste et 2 % en passant d’une intention d’abstention à une intention de vote8. Les chiffres fournis par Harris interactive (sondage jour du premier tour, en ligne, sur 4 024 personnes) semblent indiquer une volatilité plus importante en lien avec ce contexte dramatique : 15 % indiquent avoir été « amenés à voter alors qu’ils hésitaient à s’abstenir auparavant » et 3 % « à s’abstenir alors qu’ils hésitaient à voter auparavant ». Mais « le score que pouvait réaliser le FN dans la région » semble avoir eu un impact plus fort : cela aurait eu un rôle incitatif sur 20 % des sondés et un effet abstentionniste sur 2 %.

Enfin, il semble bien que les attentats n’ont pas eu un seul type d’effet et que celui-ci diffère selon les tempéraments politiques (c’est-à-dire à la fois selon la psychologie et les orientations politiques des individus). L’enquête Ipsos-Cevipof-Le Monde réalisée en ligne sur un échantillon de 23 051 inscrits du 20 au 29 novembre indique que ceux qui éprouvent des émotions actives devant l’événement, et tout particulièrement de la colère – adjectif choisi par 81 % des enquêtés – auraient eu tendance à se mobiliser davantage pour aller voter et auraient aussi pu parfois évoluer vers la droite ou l’extrême droite9. Chiffre le plus significatif : 46 % des personnes manifestant une réaction de colère face aux attentats se disent certains d’aller voter alors que ce n’est le cas que de 17 % de ceux qui déclarent éprouver de la peur. Si la colère irait de pair avec un engagement plus fort, la peur serait plutôt inhibitrice.

Au premier tour, une abstention qui reste très élevée

Le 6 décembre, un inscrit sur deux n’est pas allé voter (50,1 %). C’est évidemment un chiffre très important mais en baisse de 3.6 points par rapport à 2010 (tableau 1) et très semblable à l’abstention enregistrée en mars pour les départementales (49,8 %) qui était aussi en baisse (de 5.9 points) par rapport aux cantonales de 2011. Il est difficile d’expliquer ce léger regain participatif. Au vu des chiffres cités précédemment, on pourrait être tenté d’y voir l’effet de la conjoncture des attentats de janvier et novembre ; mais comme l’abstention était déjà en baisse d’environ 3 points pour les européennes de 201410, l’explication est douteuse.

Tableau 1 – % d’abstention aux élections régionales françaises

Taux d'abstention aux régionales 2015

Une sociologie pérenne de l’abstention

À défaut d’expliquer l’évolution (une légère décrue après une très forte augmentation aux régionales de 2010 et cantonales de 2011), on peut considérer la sociologie de l’abstention, qui comporte beaucoup de stabilité par rapport aux élections antérieures (tableau 2). On observe une nouvelle fois, pour les deux tours, comme dans toutes les élections intermédiaires, des écarts massifs selon les âges : trois jeunes sur quatre se sont abstenus11 contre seulement 30 % des personnes âgées.

Les jeunes générations, qui s’intéressent autant à la politique que les plus anciennes, considèrent de moins en moins que voter est un devoir. Elles ne se mobilisent que lorsqu’elles estiment qu’exercer son droit de citoyen a du sens, dans une conjoncture donnée12.

Un tel présupposé à l’acte de vote est évidemment très exigeant. Ne votent dans les jeunes générations que ceux qui se trouvent de bonnes raisons de le faire alors que dans les anciennes, on va voter par devoir, même si on ne saisit pas très bien quel est le sens et l’intérêt de ce choix. Se voulant bon citoyen et bon Français, on vote par principe.

Tableau 2 – % d’abstentionnistes lors des régionales* et des départementales ** de 2015 selon différentes variables sociodémographiques

% d'abstentions lors des régionales et des départementales de 2015
* Sources régionales 2015 : pour le premier tour, sondages réalisés le jour du vote par internet par l’IFOP pour le genre, l’âge, le groupe socio-professionnel et le diplôme (sur 2 904 inscrits), par Opinionway pour le niveau de revenus (sur 8 375 personnes). Pour le second tour, sondage Opinionway le jour du vote par internet sur 7 836 personnes.
** Sources départementales 2015 : sondages réalisés le jour du vote par internet par l’IFOP pour le genre, l’âge, le groupe socio-professionnel et le diplôme (sur 2 797 individus inscrits), par Opinioway pour le niveau de revenus (sur 6 119 personnes).

 

Les données montrent aussi que l’abstention est très sensible au degré d’insertion sociale des individus. Les personnes à faibles revenus, les catégories populaires, les chômeurs13, les personnes n’ayant pas fait d’études votent moins que les autres.

Et l’orientation religieuse des individus est un critère aussi très déterminant du vote ou de l’abstention. Les catholiques pratiquants réguliers participent beaucoup plus aux élections que les autres catégories, les sans religion étant les plus abstentionnistes. Cet aspect très régulièrement observé de la sociologie du vote et de l’abstention est trop souvent oublié aujourd’hui par les commentateurs. Les catholiques pratiquants ont été éduqués dans l’idée que le vote est un devoir du bon catholique et du bon citoyen. Alors que les sans religion sont beaucoup plus marqués par une culture du vote comme un droit que l’on utilise lorsqu’on estime important de s’exprimer.

Les données sur l’abstention selon le genre restent un mystère sur lequel on aimerait que les instituts de sondage s’expliquent. Selon l’FOP, au premier tour, les femmes auraient été nettement plus abstentionnistes que les hommes (écart de 12 points). Opinionway indique un écart de 16 points14, alors que dans le sondage IPSOS (à une semaine du scrutin) il n’y a pas de différence.

D’après ce qu’on sait par les enquêtes électorales antérieures, la différence de genre, avec des femmes plus abstentionnistes que les hommes, a disparu depuis le début des années 198015. Il est assez étonnant de la voir resurgir. Nous avions déjà noté ce problème sur les données des élections départementales de 201516, où les mêmes différences existaient selon les mêmes instituts. Ce qui fait soupçonner un biais d’échantillonnage, sachant que l’abstention est encore beaucoup plus difficile à mesurer correctement que l’orientation du vote. Il ne faut jamais oublier que les sondages électoraux, qui constituent la méthodologie la plus efficace pour produire des connaissances fiables sur les attitudes politiques, ont des limites et qu’il ne faut pas leur demander une exactitude parfaite.

Une géographie contrastée de l’abstention

Comme lors de beaucoup d’élections, on repère des différences géographiques qui ne sont probablement pas que l’effet de la composition démographique des territoires, mais correspondent aussi à des cultures différentes selon leur caractère plus ou moins rural ou urbain et selon les traditions politiques des régions ; la conjoncture politique spécifique à une collectivité locale peut aussi contribuer à une mobilisation plus ou moins forte. C’est ce qu’essaye de montrer le tableau 3, en comparant les résultats des régionales de 2015 avec celles de 2010.

Tableau 3 – L’abstention aux élections régionales de 2015 par région. Comparaison avec 2010

L'abstention aux élections régionales de 2015 par région

 

Comme on peut le voir dans beaucoup d’élections, l’Île-de-France est fortement abstentionniste, et tout particulièrement le département de Seine-Saint-Denis (63,1 %) et du Val-d’Oise (57,6 %). C’est pour Paris que l’abstention en Île-de-France est la plus basse (49,5 %), proche de la moyenne nationale. La composition sociale des arrondissements semble assez explicative, les taux d’abstention allant de 43,1 % dans le Ve à 56,8 % dans le XIXe17.

Le tableau 3 montre aussi que les élections régionales ne sont pas parvenues à mobiliser plus fortement les territoires d’Outre-mer qu’en 2010, alors que cet échelon de gouvernance devrait être pour eux très important, vu leur éloignement de la métropole et la tendance à y unifier le département et la région en une collectivité unique (Martinique et Guyane).

On doit aussi enregistrer une assez faible mobilisation en Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine. On pourrait être tenté d’expliquer ce niveau élevé par un fort refus de cette grande région, par attachement aux identités régionales traditionnelles. Mais en réalité, ces départements du Grand-Est sont presque toujours fortement abstentionnistes, quel que soit le type d’élections, depuis une quarantaine d’années18.

À l’inverse de toutes les autres régions, la Corse apparaît fortement mobilisée ; c’est traditionnellement le cas pour les élections régionales alors que, pour les scrutins à fort enjeu national (présidentielle et législatives), l’île de beauté est très abstentionniste. La forte perception des enjeux politiques spécifiques à l’entité corse explique probablement cette importante mobilisation lors des scrutins régionaux.

C’est évidement dans les communes des banlieues sensibles des grandes métropoles que l’abstention est la plus forte. En Seine-Saint-Denis, on enregistre une abstention de 71,9 % à Clichy-sous-Bois, de 71,3 % à Villetaneuse, 71,2 % à Aubervilliers, et de 69,3 % à Saint-Denis. Dans le Val-d’Oise, il en est de même (74,1 % d’abstention à Garges-lès-Gonesse, 73,6 % à Villiers-Le-Bel, 72,2 % à Sarcelles). Dans la métropole de Lyon, elle atteint 75 % à Vaulx-en-Velin, 68,4 % à Givors, 67,8 % à Vénissieux, 60,2 % à Saint-Priest et Rillieux-la-Pape. Sans bien sûr vouloir stigmatiser des communes où peuvent aussi exister beaucoup de dynamiques citoyennes novatrices, il faut bien reconnaître que la désespérance sociale n’incite pas à aller voter.

Le tableau 4 indique quels ont été les dix départements les plus abstentionnistes et les dix qui le sont le moins. Ce qui confirme l’importance des différences (de 63,1 % au premier tour en Seine-Saint-Denis à 38,9 % en Haute-Corse). Il est clair que les départements ruraux votent en général davantage que les départements urbains. Mais c’est surtout le rural pauvre, en voie de désertification, avec beaucoup de personnes âgées, qui vote beaucoup. La riche Haute-Savoie, très rurbaine, vote en fait traditionnellement bien peu (l’abstention a atteint dans la commune d’Annemasse le niveau record de 68,9 %)19. Parmi les communes rurales où l’abstention est très faible (soit environ 1 500 communes entre 0 et 30 % d’abstention), il n’y en a qu’une quinzaine qui ont plus de 1 000 inscrits.

Tableau 4 – Différence de taux d’abstention au 1er tour des régionales 2015 (en %)

Abstention au 1er des régionales 2015

 

Une abstention différenciée selon les appartenances politiques

Comme très souvent lors des élections intermédiaires, les sondages indiquent aussi une différence de participation selon la couleur politique des intéressés : les électeurs d’un parti d’opposition sont davantage mobilisés que ceux de la majorité, assez souvent déçus par la politique suivie par leur camp au plan national et, du coup, peu enclins à se mobiliser au niveau local. On observait déjà le phénomène lors des élections départementales du printemps 2015. On le constate à nouveau lors des régionales (tableau 5) : à des degrés divers, les trois instituts de sondages pris en compte montrent que les électeurs de Nicolas Sarkozy et de Marine le Pen en 2012 ont plus souvent voté aux élections régionales de 2015 que les électeurs de la gauche présidentielle, moins mobilisés20. L’orientation politique des individus entre donc en ligne de compte dans la décision de voter ou de s’abstenir. Celle-ci n’est pas seulement déterminée par ce que sont les individus, leur degré d’intégration sociale et leur culture politique, mais aussi par leurs réactions face à la politique gouvernementale. Le vote-sanction n’est pas seulement une attitude de l’opposition, il semble être de plus en plus fréquent chez les électeurs autrefois fidèles d’un camp, qui tendent de plus en plus à manifester de la volatilité. C’est un des effets de la montée de l’individualisation des choix politiques21.

Tableau 5 – L’abstention aux régionales 2015 (1er tour) selon le vote présidentiel au 1er tour de 2012
(en %)

Abstention aux régionales 2015
* Sources : sondages réalisés le jour du vote par internet pour l’IFOP (2 904 inscrits), pour Opinionway (7 836 personnes) et quelques jours avant pour IPSOS (8 053 inscrits).

 

Comment les abstentionnistes justifient-ils leur comportement ? 

Si on considère les motivations de l’abstention lors des élections régionales, on peut voir (tableau 6) qu’elles n’ont pas beaucoup évolué depuis les élections départementales. On observe toujours trois grands types de motivations et de justifications de l’abstention par les personnes qui reconnaissent ne pas être allé voter le 6 décembre : le mécontentement à l’égard des dirigeants du pays et de la région22, l’inutilité du vote (soit pour la situation personnelle de l’individu, soit pour celle de la région), l’incompétence à choisir un candidat (par manque de connaissances politiques, d’informations sur l’élection et d’intérêt à l’égard de ses enjeux). Comparé aux élections départementales, la motivation de l’inutilité semble moins fréquente. Ce qui pourrait laisser supposer que l’importance prise par les régions commencerait à être mieux perçue alors que l’attachement aux départements pourrait à l’avenir faiblir.

Tableau 6 – Les raisons de l’abstention aux régionales et aux départementales de 2015 (en %)

Les raisons de l'abstention aux régionales et départementales de 2015
* Sondages Jour du vote par internet, Harris Interactive sur 4 024 personnes pour les régionales, 4 109 pour les départementales, IFOP sur 2 904 inscrits pour les régionales, 2 797 pour les départementales. La question Harris Interactive permet trois réponses, la question IFOP seulement deux. Les modalités proposées pour les départementales étaient très légèrement différentes (département au lieu de région, candidats au lieu de listes).

 

Un second tour très mobilisateur

Les résultats du premier tour ont confirmé l’existence de trois blocs électoraux d’importance assez voisine, avec un FN en forte progression et premier parti de France (27,9 %), en tête dans six régions, dépassant 40 % en Nord-Pas-de-Calais-Picardie et en PACA, en état de se maintenir partout. La droite refuse toute stratégie d’alliance avec la gauche contre le FN. Les candidats socialistes préfèrent donc se retirer dans les deux régions où une victoire frontiste semble possible23. La gauche recompose ses listes dans huit régions et se présente donc unie presque partout pour ce second tour. Le résultat final s’annonce très incertain, non seulement du fait de la poussée du FN mais aussi d’un rapport de force souvent proche entre gauche et droite, ce qui contribue à la mobilisation.

La mise en évidence de la tripartition électorale au premier tour change en fait la nature du scrutin qui n’est plus seulement un combat pour l’élection des assemblées régionales et de leur exécutif, mais aussi une sorte de référendum pour ou contre le Front national.

Cette transformation des enjeux de l’élection avait toute chance de conduire à une plus forte mobilisation, comme lors des élections présidentielles de 2002.

Le 13 décembre, l’abstention tombe à 41,6 % (tableau 1), régressant de 8.5 points entre les deux tours. Le différentiel est très rarement aussi important entre les deux tours d’une élection, il est même légèrement supérieur à celui qui avait été observé entre le premier et le second tour de la présidentielle de 2002 (28,4 % et 20,3 %, soit 8.1 points). Il s’explique donc par le nombre très important de triangulaires et le niveau élevé du Front national au premier tour. Lors des régionales de 2010, il y avait davantage de situations de duels, le FN n’ayant pas pu se maintenir partout. Les situations de duels favorisent l’abstention ou le vote blanc lorsque l’électeur ne veut pas reporter sa voix sur l’une des deux listes restantes. Les triangulaires – extrême droite, droite, gauche –, surtout lorsque le résultat s’annonce serré, ont au contraire favorisé la mobilisation. Et le niveau record du Front national a donné une bonne raison d’aller voter à certains citoyens qui ne voyaient jusque-là pas l’intérêt de se déplacer pour départager des listes en compétition pour diriger des régions aux pouvoirs modestes.

L’abstention régresse en effet le plus fortement dans les régions avec des triangulaires et de hauts niveaux du Front national au premier tour (tableau 3) : – 11.1 points dans le Grand-Est, – 10.5 en Bourgogne-Franche-Comté, – 9.7 en Centre-Val-de-Loire, – 9.2 en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées et en Normandie. La régression est aussi forte à la Martinique (- 11,2), à la Réunion (- 10.9) et en Guadeloupe (- 10.1).

En PACA et dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie, la régression n’est respectivement que de – 8.4 et de – 6.4 points. Mais l’abstention y était relativement faible dès le premier tour car la situation était déjà à fort enjeu autour de la possible direction de ces régions par le FN. Au second tour, il y a eu une mobilisation additionnelle importante d’abstentionnistes du premier tour (comme dans le Grand-Est), mais en partie compensée par des électeurs de gauche du premier tour qui n’ont pas voulu se reporter sur la droite (ce qui est confirmé par le sondage présenté ultérieurement). On observe d’ailleurs que, dans ces deux régions, le vote blanc et nul est élevé, atteignant près de 5 % des inscrits, ce qui s’explique aussi par l’attitude d’électeurs de gauche qui n’acceptent pas la stratégie de front républicain avec la droite.

Le plus faible différentiel d’abstention s’observe en Bretagne (- 5.3 points)24 et en Guyane (- 4). Dans le premier cas, Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense, président de la région de 2004 à 2012, avait au terme du premier tour une confortable avance sur la droite et le FN.  Le caractère prévisible du résultat final explique que la mobilisation additionnelle y ait été modeste.

Pour la Guyane, il ne restait en compétition que deux listes, celle du président sortant de la région, réunissant des personnalités de droite et de gauche, et celle du président du département (divers gauche), les partis traditionnels ayant de très mauvaises images et ayant obtenu de très faibles résultats au premier tour. Dans ce contexte de désaveu des partis traditionnels et d’une bataille entre élus déjà en fonction, l’abstention reste très élevée au second tour (53,4 %).

Le recul de l’abstention n’a pas modifié sa sociologie (tableau 2). Outre des différences sociales toujours importantes, avec des catégories défavorisées moins mobilisées, les écarts générationnels se maintiennent : l’évolution des enjeux du vote, désormais beaucoup plus ciblés sur le Front national, n’a pas mobilisé fortement les jeunes générations, contrairement à ce qui avait été observé en 2002.

Une grande volatilité entre vote et abstention

Les trajectoires d’abstention et de vote peuvent être appréhendées en enregistrant par sondage le jour du second tour quel avait été le comportement électoral de l’interviewé lors du premier tour. On découvre alors l’importance des transferts. Sur 100 abstentionnistes du premier tour (tableau 7), 71 s’abstiennent à nouveau dans les situations de triangulaire mais 29 vont voter. En situation de duel entre la droite et le Front national, la mobilisation additionnelle est un peu plus faible (75 s’abstiennent et 25 participent au scrutin). Ce qui veut dire que, sur les deux tours, les abstentionnistes constants ont été environ 36 %, un gros tiers du corps électoral25.

Tableau 7 – Comportement électoral au second tour des abstentionnistes du premier tour*

Comportement électoral au second tour des abstentionnistes du premier
* Source : sondage Opinionway par internet le jour du vote sur 7 836 personnes.

Ces nombreux nouveaux électeurs (probablement plus de six millions de personnes) se seraient prononcés, en situation de triangulaire, à 39 % pour la gauche, à 41 % pour la droite et à 20 % pour le Front national. Dans les deux régions avec un duel, la droite aurait attiré 60 % des nouveaux électeurs et le FN 40 %. Ce qui veut dire que toutes les forces politiques avaient des réserves de voix importantes parmi les abstentionnistes du premier tour. Même le Front national, dont on pouvait penser qu’il avait fait le plein de voix dès le premier tour, vu son score et la forte mobilisation de son électorat.

Le résultat électoral officiel masque une partie de la mobilisation additionnelle entre les deux tours parce que certains votants du premier tour (probablement environ deux millions d’inscrits) n’ont pas voté au second (tableau 8). En situation de triangulaire, ce sont surtout des électeurs écologistes et de l’extrême gauche qui se démobilisent, refusant de se reporter sur une liste conduite par les socialistes. En situation de duel, le déficit à gauche est plus important, environ un électeur de gauche sur cinq refusant les consignes de front républicain en faveur de la droite pour faire barrage au Front national. Dans un cas sur quatre les électeurs de Debout la France choisissent aussi l’abstention, ne voulant pas trancher entre la droite et l’extrême droite.

Tableau 8 – % d’abstentionnistes au second tour parmi les votants du premier*

% d'abstentionnistes au second tour parmi les votants du premier
* Source : sondage Opinionway par internet le jour du vote sur 7 836 personnes.

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L’étude de l’abstention aux élections régionales des 6 et 13 décembre 2015 montre une fois de plus qu’il faut distinguer dans l’explication de ce comportement ce qui relève de facteurs de long terme, et donc d’une sociologie politique du phénomène, de ce qui est plus conjoncturel et lié aux enjeux politiques du moment. Le premier tour est particulièrement important pour repérer l’effet du temps long, notamment parce que les sondages sont plus nombreux tout au long de la campagne et le jour même du vote, ce qui permet d’assez bien appréhender le degré de mobilisation des électorats et d’apprécier les différences selon les caractéristiques sociales et politiques des individus. Par rapport au premier tour, le second introduit des éléments conjoncturels nouveaux. Ces éléments ne résultent pas seulement du rapport de force national que le premier tour manifeste, mais aussi des particularités de ce rapport de force dans chaque région, selon aussi l’offre électorale restant en compétition. Ces élections régionales ont particulièrement mis en évidence les spécificités du tour décisif, avec une participation forte des abstentionnistes du premier tour mais aussi un retrait assez important d’électeurs du premier. Ce jeu entre expression d’un choix et exit de la compétition manifeste fortement les rationalités politiques – toujours complexes, hésitantes et fragiles – des électeurs.

Pierre Bréchon
Professeur émérite de science politique, chercheur à PACTE (Sciences po Grenoble/CNRS)

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  1. La Corse est une région avec un statut particulier depuis 1982, modifié plusieurs fois. La loi NOTRe d’août 2015 renforce cette spécifici­té en supprimant les deux départements qui la composaient jusque-là. Rattacher la Corse à une région métropolitaine aurait été considéré par les nationalistes corses comme une provocation. L’Île-de-France reste une région mais un nouvel échelon territorial est instauré en son sein avec la Métropole du Grand Paris, réunissant la ville de Paris et onze nouvelles intercommunalités, soit environ sept millions de personnes concernées, correspondant à peu près au territoire de la petite couronne (Paris, Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne). Si on exclut ces deux cas de figure extrêmes, l’homogénéité régionale est plutôt renforcée, avec une moyenne de population à 4,8 millions de personnes contre 2,9 antérieurement.
  2. À la mi-octobre, le Parti socialiste organise un référendum ouvert à tous les sympathisants de gauche pour leur demander : « Face à la droite et à l’extrême droite, souhaitez-vous l’unité de la gauche et des écologistes aux élections régionales ? ». Il s’agissait d’essayer de faire pression sur des alliés potentiels mais réfractaires à des listes uniques dès le premier tour. Même s’il est sans enjeu réel tant son résultat est prévisible, le faible nombre de votants à ce référendum (environ 250 000) est symptomatique de la faible mobilisation autour des enjeux des régionales, même parmi les sympathisants de la gauche.
  3. Cette procédure a eu un certain succès. D’après le ministère de l’Intérieur, cela a permis d’inscrire 200 000 nouvelles personnes (jamais inscrites ou qui ne l’étaient plus) et d’enregistrer le changement de lieu de vote pour 600 000 autres.
  4. Quand on compare la hiérarchie des enjeux jugés importants dans le choix des électeurs au moment des départementales de mars et des régionales de décembre (sondages Harris inter­active faits le jour du premier tour), la stabilité domine mais deux enjeux se sont renforcés : la sécurité, toujours à la seconde place mais avec 39 % des choix contre 31 % en mars, et l’immigration, passée de la 7e place à la 3e, de 25 % en mars à 34 % en décembre. Ces renforcements peuvent avoir déplacé des voix en faveur du FN mais aussi fait passer des abstentionnistes potentiels à un vote en faveur de la droite ou de l’extrême-droite.
  5. Il faut être très politisé pour s’intéresser à  la répartition des compétences entre les différentes collectivités territoriales.
  6. Selon le sondage IFOP fait en ligne le jour du 1er tour (sur 2 904 inscrits sur les listes électorales), 41 % disent avoir été intéressés par la campagne des régionales, contre 31 % pour la campagne des départementales de 2015 et 35 % pour celle des européennes de 2014.
  7. En 2010, à la veille du scrutin, 54 % des sondés (TNS Sofres) disaient s’intéresser à l’élection régionale. En 2015, à quinze jours du 1er tour, c’est le cas de 60 % selon le même institut.
  8. Le sondage IFOP le jour du vote (sur 2 904 inscrits interrogés en ligne) indique un résultat très proche : 8 % des votants auraient « changé d’avis dans leur choix de vote » du fait des attentats. Mais les mutants sont 16 % parmi les électeurs du FN, signe de l’impact tout particulier des attentats sur cet électorat.
  9. Martial Foucault, Brice Teinturier « Les attentats, les émotions et les électeurs », Le Monde, 4 décembre 2015, p. 9.
  10. Alors qu’elle progressait aux municipales de mars 2014 d’environ 3 points par rapport à celles de 2008.
  11. Il faut aussi rappeler que, malgré leur inscription – en principe – automatique à 18 ans, les 18-25 ans sont moins souvent inscrits sur les listes électorales que les autres générations : de 14 % chez les 18-24 ans (d’après un sondage IFOP pour l’ANACEJ réalisé en ligne sur 1 506 jeunes du 6 au 12 novembre 2015) à 5 % chez les plus de 50 ans (enquête INSEE 2012).
  12. Pierre Bréchon, « L’abstention, de puissants effets de génération », dans Anne Muxel (direction), « La politique au fil de l’âge », Sciences po les presses, 2011, p. 91-111. Voir aussi mes différents articles sur l’abstention dans la Revue Politique et Parlementaire après chaque élection.
  13. D’après Opinionway, le taux d’abstention a atteint 67 % parmi les chômeurs au premier tour et 64 % au second.
  14. Au second tour, la différence est encore de 8 points selon Opinionway.
  15. On sait aussi qu’aujourd’hui, les femmes d’âge actif sont un peu plus inscrites sur les listes électorales que les hommes (enquête INSEE 2012). Comment comprendre, que davantage inscrites, elles voteraient moins ?
  16. Pierre Bréchon, « Nouveau mode de scrutin départemental, permanence d’une forte abstention », Revue Politique et Parlementaire n° 1075, avril-juin 2015, p. 45-60.
  17. On peut opposer les XVIIIe, XIXe et XXe arrondissements, très abstentionnistes aux IIIe, IVe, Ve, VIe, VIIe, XIVe et XVe qui le sont peu. Ce qui correspond bien à la géographie sociale de la capitale.
  18. Pierre Bréchon, « La France aux urnes. Soixante ans d’histoire électorale », La Documentation française, coll. Les études, 5e édition, 2009, chapitre 1, « Non-inscription, abstention, votes blancs et nuls », p. 25-62.
  19. C’était aussi le cas aux départementales où on y enregistrait 54,6 % d’abstention au premier tour. On ne peut donc expliquer ce vote aux régionales par le caractère géographiquement périphérique de la Haute-Savoie, et encore plus d’Annemasse à la frontière suisse, par rapport au reste de la région. 
  20. Selon l’enquête Cevipof/Ipsos à dix jours du scrutin sur un échantillon de 23 061 personnes (ce qui permet des analyses fiables pour des sous-groupes), la propension à aller voter était particulièrement faible dans deux régions : Provence-Alpes-Côte d’Azur et Nord-Pas-de-Calais-Picardie. Face à une extrême droite particulièrement conquérante, la gauche ne semble pas arriver à mobiliser des électeurs déçus et/ou désabusés.
  21. La longue élaboration du concept d’énergie – Roger Balian – mars 2013 – Académie des Sciences.
  22. Si le mécontentement à l’égard de la politique et du gouvernement constitue une motivation/justification importante de l’abstention, c’est loin d’être la seule ; ce que les commentateurs des résultats électoraux oublient trop souvent.
  23. Dans le Grand-Est, le candidat socialiste se maintient contre l’avis des instances nationales du parti.
  24. Mais il faut aussi tenir compte de votes blancs et nuls assez nombreux en Bretagne (3 %), ce qui pourrait s’expliquer par l’absence des écologistes et des régionalistes du premier tour dans la compétition finale.
  25. Ces chiffres issus d’un sondage ont évidemment des marges d’erreurs, d’autant qu’il est très difficile de bien apprécier l’abstention dans les sondages, même avec une procédure d’auto-administration du questionnaire par internet. Une autre technique d’appréhension des matrices de transferts entre premier et second tour a été mise en œuvre par Vincent Pons, consistant à comparer les résultats de toutes les communes pour estimer à partir des résultats agrégés les comportements individuels avec un algorithme statistique sophistiqué. Le résultat produit aurait des marges d’erreur de plus ou moins 3 points, ce qui est théoriquement de même ampleur que les résultats de sondages. Quand on compare le résultat de cette étude avec le sondage disponible, les écarts sont pourtant très importants. Il n’y aurait – selon l’analyse à partir des résultats communaux – que 55 % des abstentionnistes du premier tour qui auraient persisté dans leur comportement de retrait au second. Du coup l’abstentionnisme constant ne représenterait que 27,5 % du corps électoral (et non 36 % évalués par sondage). 36 % auraient été des votants constants, et 36,5 % des intermittents, répartis en 14 % n’ayant voté qu’au premier tour et 22,5 % qu’au second (voir le site www.liegeymullerpons.fr et Le Monde du 19 décembre 2015). Il est impossible d’apprécier la validité de ces résultats, la procédure mathématique utilisée restant une boite noire.