Identité : le non-dit de la construction européenne ?

Nous voulons parler de l’identité européenne, non parce que nous sommes des spécialistes de ces questions, mais parce que, en tant que citoyens, nous sommes frustrés par le fait que les politiques n’en parlent pas. Certes, le mot peut être évoqué, mais jamais il ne l’est comme la raison d’être de la construction européenne. 

La question fondamentale ?

Pour ainsi dire, le concept d’identité européenne est un tabou. 

À gauche, c’est parce que le mot identité lui-même est considéré comme un concept raciste, du moins lorsqu’il est mis en avant par un Européen.

Lorsqu’il est mis en avant par un non-Européen, il est justifié par la nécessité de réparer le « crime » colonial. Le mouvement des racisés ou des indigènes de la République n’est que la radicalisation de cette pensée, caractéristique d’une certaine gauche.

À droite, on peut commencer par l’extrême droite, ne serait-ce que parce qu’elle est loin d’être marginale. Le mot identité européenne est également très mal vu, parce qu’il y a l’adjectif « européen ». On ne veut considérer que l’identité nationale, et pour l’extrême droite l’Europe est l’ennemie de la nation. 

Alors, dire, comme nous, que le fondement de la construction de l’Europe est l’identité européenne est une abomination. Il ne faut parler que de l’Europe des Nations, en passant rapidement sur le flou de cette terminologie. 

La droite classique a certes des positions plus acceptables. On évoque les racines judéo-chrétiennes, mais c’est au même niveau que la défense de la politique agricole commune, qui vise surtout la défense des agriculteurs français, sans parler des critiques contre les travailleurs européens accusés de concurrence déloyale. 

De facto, il existe plus de critiques explicites contre l’Europe que d’expressions de fierté relative à la construction européenne.

Les racines judéo-chrétiennes sont aussi revendiquées par les Américains du nord, comme du sud, et même par d’autres pays chrétiens. On ne peut parler de spécificité européenne. 

À aucun moment n’est donc posée la question fondamentale : pourquoi fait-on l’Europe ? 

L’analyse de cette question est remplacée par une avalanche de slogans, qui sonnent bien, mais finalement sont assez creux, notamment autour de l’écologie. Par exemple, on doit faire l’Europe verte. Certes, personne ne peut être contre, mais le changement climatique est une affaire mondiale. Il est d’ailleurs significatif de voir que l’énergie est loin de constituer un thème fédérateur pour les Européens. C’est plutôt le contraire.

On parle aussi de l’Europe des projets. Très bien, l’un des auteurs a eu l’honneur de présider le Conseil de l’Agence spatiale européenne. Mais il faut remarquer que l’Agence spatiale européenne est complètement indépendante de l’Union européenne. Par ailleurs, la France, comme les autres pays européens, coopère en matière spatiale avec de très nombreux pays non-européens. 

Les pro-européens, au lieu de répondre à la question fondamentale, mettent en avant les actions remarquables menées par l’Europe, comme Erasmus ou le programme cadre de recherche. Ce sont des initiatives dont on ne peut que se louer, bien sûr. Mais quel est l’objectif derrière ces actions ? S’il s’agit de mieux adapter les jeunes aux contraintes de la globalisation, alors il faut les envoyer surtout en Chine, aux États-Unis, en Inde ou en Afrique. Si on les envoie en Europe, c’est pour mieux leur faire prendre conscience de leur identité commune. Alors pourquoi ne pas le dire très explicitement ?

Quant aux chercheurs, la logique impliquerait de les envoyer dans les meilleurs centres mondiaux, en essayant d’éviter qu’ils ne restent dans le pays d’accueil. Si l’on met en avant le cadre européen, n’est-ce pas pour réaliser un ensemble plus fort que la Nation ? Alors, disons-le clairement. 

Il y a les fonds structurels. Leur utilité saute aux yeux. C’est le signe tangible d’une solidarité européenne. Pourquoi donc y a-t-il cette manifestation de solidarité européenne, alors qu’il n’y a pas de réponse précise à la question fondamentale ? 

Au moment de la réunification allemande, un effort colossal a été conduit par l’Allemagne de l’Ouest en faveur de l’intégration de l’Allemagne de l’Est, avec même un impôt spécifique. La raison de cet effort exceptionnel était explicite, acceptée de tous, sans circonlocutions sur les intérêts des uns et des autres. Il s’agissait d’Allemands. Nul besoin d’autre explication.

Au niveau de l’Europe, on tourne autour du pot. Pas question d’évoquer l’identité européenne pour les actions menées par l’Europe. On essaye de montrer que c’est mieux pour les nations européennes, alors que c’est loin d’être évident. Du coup, on donne du grain à moudre aux détracteurs de l’Europe qui, eux, peuvent insister sur là où cela fait mal, le coût subi, les contraintes, la règlementation bureaucratique, la machine infernale de Bruxelles. 

En ne disant pas la vérité, par crainte de paraître politiquement incorrect, on alimente la frustration et la colère des citoyens, qui ne peuvent que se tourner vers les mouvements populistes, ou pire voter pour le Brexit. 

Nous faisons l’Europe parce que nous nous sentons européens 

Curieusement, après-guerre, les choses étaient claires. Il y avait un but : on construit l’Europe pour ne plus faire la guerre en Europe. Aujourd’hui, il n’y a plus de but, ou plus exactement il est implicite. Nous voulons qu’il soit explicite. On construit l’Europe parce que les Européens ont une identité commune. Sans identité commune, il ne peut y avoir de solidarité, donc aucune construction européenne solide. C’est la situation actuelle. 

Notre objectif n’est donc pas de définir la politique européenne, nous n’en n’avons pas les compétences. Par ailleurs, même si l’on accepte la raison d’être sur laquelle nous insistons, il n’y a pas forcement une seule politique européenne qui en découle. L’Europe doit-elle être une grande puissance politique comme les États-Unis ou la Chine, mais alors il faudrait une Europe fédérale, ce qui se discute.

La coopération économique est bien sûr très importante, mais justifie-t-elle un carcan aussi lourd que l’Union européenne ?

Les Britanniques pensent visiblement que non. 

Nous pensons donc que les difficultés de la construction européenne sont dues au fait que l’on refuse de préciser son but, pourtant évident. C’est cela que nous voulons dénoncer. C’est le rôle de citoyens ordinaires, qui veulent éviter une construction européenne chaotique, qui « va dans le mur ». 

Pas de projet européen  sans identité  européenne

Tout d’abord la question qui fâche ? L’identité européenne s’oppose t-elle a l’identité nationale ? Évidemment non, pas plus que l’identité française ne s’oppose à l’identité bretonne ou alsacienne.  

Même dans un pays comme la France, qui est depuis fort longtemps un pays centralisé, les spécificités régionales, y compris linguistiques, sont restées fortes jusqu’à une époque récente. Dans de très nombreux pays européens, les spécificités régionales et linguistiques sont toujours très fortes. Regardons la Catalogne ou le Pays basque en Espagne, la Flandre et la Wallonie en Belgique, l’Italie du Nord et l’Italie du Sud, notamment le Tyrol italien, même la Bavière en Allemagne, l’Écosse en Grande-Bretagne. Pourquoi n’y a-t-il pas une Scandinavie, mais des pays scandinaves, un État balte mais des États baltes ? Pourquoi la Tchécoslovaquie s’est-elle coupée entre la République tchèque et la Slovaquie ? 

Pourtant, chacune de ces entités se revendique comme européenne, quel que soit leur diffèrend avec la nation à laquelle elles appartiennent.  

À ceux qui se plaignent que l’élargissement a été une mauvaise chose, on ne peut que répondre : pouvait-on dire aux Polonais ou aux Hongrois qu’ils ne sont pas Européens ?  

Au fond l’identité européenne est une évidence, mais on ne peut l’évoquer ouvertement. Encore une fois, pourquoi ce voile ? 

C’est encore plus évident quand on observe la façon dont les non-Européens nous considèrent. Pour un Chinois, un Indien, un Latino-européen ou un Américain, nous sommes des Européens. Le fait de savoir si nous sommes Belges, Polonais ou Autrichiens est très secondaire. Après tout, lorsque nous voyons un Africain, il est secondaire de chercher à savoir si nous avons affaire à un Togolais ou à un Ghanéen. Pour nous, un Uruguayen ou un Colombien est un Latino-américain, un Vietnamien ou un Cambodgien est un Asiatique. 

Alors nous sommes des Européens. Nous ne le nions pas, mais nous ne le mettons pas en avant. Nous sommes les seuls dans le monde à avoir cette attitude. Les Chinois, les Indiens, les Japonais, les Russes, les Brésiliens, les Nigérians, les Américains sont fiers de leur identité. Nous, nous sommes discrets.

Bien sûr, nous devons être fiers de notre identité nationale. Mais il faut être réaliste. L’Europe tout entière ne représente plus que 7 % de la population mondiale et ce chiffre ne fera que diminuer. La France seule ne représente que 0,9 % du monde. De même que les nations se sont construites à partir des régions, il est normal que les nations européennes donnent naissance à l’Europe. 

L’économie n’est pas la justification. Les nations les plus riches sont petites. Nul besoin de pétrole pour cela. Regardez la Suisse, les Pays-Bas, le Danemark, Singapour ou Israël. Ce sont des nations à la pointe de la technologie, au PNB par habitant très élevé. De plus l’économie ne peut enthousiasmer, car il s’agit d’intérêts financiers, où chacun, à n’importe quel niveau, cherchera son avantage. C’est non seulement vrai au niveau des nations, mais également au niveau des régions. Regardons la compétition entre Nice et Marseille, entre Bordeaux et Toulouse, entre Lyon et Grenoble, entre Nancy et Metz. Pourquoi y a-t-il une alliance Renault-Nissan et pas une alliance Renault-Volkswagen ? Rappelons-nous que l’alliance Renault-Volvo a été un échec. La coopération GE-Safran est remarquable. L’initiative chinoise Belt and Road Initiative traite de manière habile avec la Grèce, l’Italie, mais pas avec l’UE. 

Les discussions économiques sont âpres, mais en général conduisent à des arrangements. En revanche les citoyens seront soit non concernés, soit se considèreront comme les dindons de la farce. Nul espoir de construire l’Europe pour des raisons simplement économiques. Encore une fois, elles sont très importantes, mais sur ce point, on ne peut espérer que des compromis ; on ne peut s’attendre à de l’enthousiasme.

Force est de revenir à l’identité européenne, comme raison d’être. Regardons l’élan qui s’est manifesté après l’incendie de Notre Dame de Paris. C’est parce que ce symbole de la civilisation européenne est reconnu dans le monde entier et est capable de soulever l’enthousiasme et la solidarité, au-delà des aspects financiers. 

Une identité ne doit pas gommer les autres, et toutes les identités contiennent des valeurs et des scories.

Ce qui doit rendre les Européens fiers de leur identité, c’est le fait qu’elle ait apporté au monde des valeurs universelles. 

Regardons comment notre civilisation et notre culture ont réalisé des avancées sans égal dans les arts et les sciences.  Mais surtout nos valeurs, la liberté et la tolérance sont des références universelles. Il y a l’apport de la religion chrétienne, mais aussi l’apport des idées libérales. 

Certes, les Européens se sont fait la guerre, mais il s’agissait d’époques où l’Europe était le monde ou presque. C’est bien fini. De même les scories religieuses, comme l’inquisition, ou les guillotines de la révolution ont existé, mais ont été surmontées. 

Mais, même dans les difficultés historiques, cette aspiration à l’Europe a toujours été présente. Rappelons-nous Victor Hugo parlant des États-Unis d’Europe, en parallèle aux États-Unis d’Amérique. Victor Hugo était un précurseur, mais il est on ne peut plus naturel, qu’après le nazisme, les Européens aient entamé une véritable construction européenne, sur l’idée « plus jamais la guerre entre Européens ». La menace soviétique n’étant pas focalisée que sur l’Europe, il est normal que l’Otan se soit mise en place. 

Aujourd’hui, les choses ont bien changé.   Les risques sont tels, que les guerres entre nations ne sont plus possibles. La guerre devient économique, ou encore le produit d’actions terroristes, pilotées parfois par des « États-voyous ». L’URSS a disparu comme menace tangible. 

Dans ce contexte, la construction européenne s’est poursuivie essentiellement par la mise en place de procédures communes, sans doute justifiées, mais forcément vues comme des décisions bureaucratiques. La Commission européenne a sa part de responsabilité mais elle n’est pas exclusive. Celle-ci, sans pouvoir politique réel, a pensé que l’harmonisation des normes finirait par faire de l’Europe une réalité. L’erreur est patente. Cette voie ne peut continuer. 

Il faut parler de l’Euro. Sur le plan purement économique, les inconvénients dépassent les avantages, comme le disent de nombreux spécialistes. Il est né d’un compromis politique, lié à la réunification allemande, qui a peu de choses à voir avec l’économie. 

Pourtant dans le monde, force est de constater que c’est un grand succès. Pourquoi ? Parce que l’Europe, bien qu’apparaissant chaotique sur le plan politique, reste une puissance économique importante, avec un grand marché démocratique, des consommateurs au pouvoir d’achat non négligeable. C’est donc une entité propice aux affaires. L’Euro est la monnaie de cet ensemble économique. Il est donc respecté. De plus, il est, partiellement au moins, une alternative au Dollar. Tant que la Chine voudra contrôler sa monnaie, il n’y a pas d’autre alternative ; le Yen et le Franc suisse ne pouvant jouer le rôle de monnaies mondiales. 

Cela explique que l’Euro reste au niveau de son introduction et ne subit pas de secousses liées aux difficultés politiques ou même économiques de l’Europe. 

Au fond, la monnaie commune constitue un signe tangible de l’identité européenne, beaucoup plus qu’un instrument. De la même façon, le Mark était le signe de la puissance économique de l’Allemagne. Rappelons-nous la fierté des Allemands pour leur monnaie. 

Ainsi, les citoyens européens se sont approprié l’Euro. Quelle que soit l’acrimonie contre Bruxelles, une très grande majorité d’Européens, et c’est vrai en France, ne veulent pas revenir à des monnaies nationales. Même les Grecs, qui ont tant souffert, ont préféré conserver l’Euro, nonobstant les conseils d’économistes fort brillants, expliquant que c’était une absurdité. Cette détermination s’explique par l’absence totale de confiance dans les éventuelles monnaies nationales, et par la confiance dans la puissance économique européenne. 

N’est-ce pas le signe d’une prise de conscience que l’Europe demeure le niveau adéquat pour les Européens, et que s’il faut combattre la bureaucratie de Bruxelles, il faut en même temps construire l’Europe. 

La peur de la dépossession 

Le fait que les politiques ne mettent pas en avant l’identité européenne comme raison d’être de la construction européenne alimente le sentiment qu’en fait nous sommes en train de perdre cette identité.

Ce sentiment est commun à toutes les nations européennes. L’Europe est donc confrontée à une nouvelle menace commune, cette fois spécifiquement européenne, contrairement à la menace soviétique. Cette menace ne peut, en effet, être qualifiée de nationale, car elle est le fait de l’exacerbation de pressions communautaires en rupture avec l’idée même que nous nous faisons de la civilisation européenne et de ses valeurs.

Ce refus de l’identité européenne se manifeste principalement au sein des « territoires perdus ».

Il est porté par un islamisme virulent que ne partage pas l’immense majorité des musulmans. Les attentats islamistes ont constitué le paroxysme de cette menace. La crise des migrants est venue par ailleurs se greffer sur ce phénomène.

Les responsables européens, en n’affichant pas l’objectif de défense de l’identité européenne, ont apporté, chacun dans leur coin, des réponses isolées. On a abandonné la Grèce et l’Italie a elles-mêmes. L’Allemagne a négocié seule un accord avec la Turquie. En 2015, les portes de l’Allemagne se sont ouvertes et refermées aussitôt, confrontée  à la réaction de l’opinion allemande. Les portes de l’Italie se sont fermées. Le gouvernement espagnol a ouvert celles de l’Espagne, et les refermera sans doute. Les mouvements populistes, voire d’extrême droite, ont progressé partout. Quant à la Commission, elle nous a parlé de quotas, et vue la réaction de nombreux pays, ne sait plus quoi faire. 

Au fond le danger commun, tel qu’il est ressenti, unit aujourd’hui les peuples européens. Le quasi silence politico-médiatique autour de l’enjeu de l’identité européenne en butte à l’offensive de minorités agissantes exacerbe la colère des opinions et renforce leur sentiment d’abandon.

Que faire ?

Lors de son intronisation, le président de la République française a, en lieu et place de la Marseillaise, fait jouer l’hymne européen. Y a-t-il plus beau symbole d’identité européenne ? Le silence s’est imposé, en dehors de toute critique. Pourquoi ne pas avoir persisté dans cette voie ? Pourquoi s’être arc-bouté sur le seul discours économique qui nécessairement suscite des divergences d’intérêts et d’appréciations ? Les Allemands répondent à juste titre que chacun doit au préalable mettre de l’ordre dans sa maison ! Au contraire, il convenait de parler de l’identité européenne, notamment dans le cadre de la crise des migrants, pour dégager une position commune claire. La relation au monde musulman est structurante pour l’Europe.

Contrairement à la Chine, la Corée, le Japon, ou l’Inde, les sociétés musulmanes sont travaillées par les dictatures et le dogmatisme religieux. Dubaï réussit grâce au pétrole d’Abu Dhabi et parce qu’y existe un semblant de liberté. C’est l’exception. La Tunisie cherche un équilibre précaire entre religion et démocratie. La Turquie se détourne toujours plus des orientations d’Atatürk. Les islamistes sévissent dans le monde musulman, qui affronte d’énormes difficultés, lorsqu’il tente de réagir. Dans ce contexte, il est certain que les migrants, aux infiltrés près, sont des victimes soit de l’intolérance, soit de désastres économiques. 

Mais pourquoi n’existe-t-il aucune solidarité de la part de pays musulmans, comme l’Iran, le Pakistan, l’Arabie Saoudite ou les Émirats Arabes Unis ? Quant au Liban, à la Jordanie ou à la Turquie, ils accueillent des migrants, mais les parquent dans des camps sans les intégrer, souvent aux frais des puissances occidentales. 

La Chine, le Japon, la Corée ou l’Inde, ni même l’Amérique ne manifestent la moindre solidarité quant à la crise migratoire. 

Seule la solidarité européenne s’exprime. N’est-ce pas là le signe que la civilisation européenne est porteuse de valeurs tout à fait exceptionnelles ?

De nombreux pans des opinions européennes estiment que le monde musulman en Europe est en train de reproduire le contexte de ce qui se passe en terre d’Islam, malgré l’échec du modèle et l’évident projet politique des islamistes. 

Or ces atteintes manifestes à la liberté et à la tolérance, donc à l’identité européenne, ne  sont pas acceptables. Au lieu d’aider les musulmans qui se battent pour la liberté, certains responsables sont prêts à des accommodements. 

Dans les pays musulmans, ceux qui combattent admirablement pour la liberté sont stupéfaits de voir se répandre, en Europe, la même volonté conquérante de l’intégrisme islamiste. 

Le renoncement politique voire, dans le cas de l’islamo-gauchisme, la volonté de nuire sont à la source de la montée de l’extrême droite. 

Ce besoin d’identité européenne ne peut simplement se nourrir de la peur de la perdre. L’identité nationale a été l’objet d’un effort d’éducation. Il doit en être de même pour l’identité européenne. Elle doit veiller à ce que s’exerce l’esprit critique, sans autoflagellation. 

Il faut que chaque Européen connaisse trois langues européennes, en dehors de la sienne.  Les langues non européennes, si importantes soient elles, ne doivent aucunement se substituer à celles qui sont à la base de notre culture. Elles doivent être apprises par des spécialistes. L’éducation doit comprendre des cours de civilisation européenne, détaillant l’apport considérable des Européens à l’art, à la science, à la philosophie.  

Il ne faut pas proposer aux musulmans une organisation administrative, mais engager un débat sur les valeurs. Les valeurs européennes respectent l’exercice de la religion, tant que celle-ci reste du domaine de la conscience et de la croyance. Les traditions d’un autre âge, celles qui se traduisent par l’intolérance ou le fanatisme doivent être bannies par tous, notamment par les musulmans eux-mêmes. Ils ont fui leurs pays d’origine, ils ne peuvent qu’aimer leurs pays d’accueil et l’esprit de tolérance qu’ils y sont venus chercher.  

Sans doute faut-il mieux promouvoir l’Europe dans le monde. À ce titre, on aurait intérêt à transformer le ministre des Affaires étrangères européen, dont l’utilité demeure incertaine, en ministre de la Culture européenne. Sa mission consisterait à coordonner toutes les actions culturelles des différents pays européens dans le monde. 

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Nos recommandations reposent sur un modèle : celui du républicanisme français qui permet de propager un sentiment commun d’appartenance. Nous laissons aux gouvernements les recommandations institutionnelles et économiques. Nous, citoyens, nous leur demandons de défendre et de promouvoir notre civilisation. Puissent-ils nous écouter ! 

Alain Bensoussan
Lars Magnus Ericsson Chair, University of Texas at Dallas
Ancien président du CNES et de l’INRIA      

Et

Yves Gomez
Institut d’Etudes Politiques, ancien cadre supérieur BNP Paribas