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dans International

Intelligence artificielle en Afrique

Julien Briot-HadarParJulien Briot-Hadar
3 octobre 2023
Intelligence artificielle en Afrique

L’Afrique a surmonté beaucoup de défis au cours de ces dernières décennies. Pourtant, le continent s’inscrit aujourd’hui dans une mutation technologique, moteur de progrès et l’innovation, qui l’a conduit à être considéré comme une économie émergente.

Pour embrasser une telle croissance économique et assurer sa stabilité, la technologie doit être le mot d’ordre et les pays africains doivent donc investir dans la science et l’innovation. En effet, l’innovation apparaît aujourd’hui comme le plus grand levier pour la croissance économique et une forte valeur commerciale, et l’Afrique doit y parvenir par ses propres moyens.

Certains pays comme la Tunisie, le Nigeria et l’Afrique du Sud développent des politiques en matière de technologie et d’IA, et reconnaissent la valeur stratégique du secteur technologique pour le développement des pays. La construction de nouvelles infrastructures (physique et morale) est une nécessité pour développer une économie moderne. L’Afrique a raté, pendant ces 20 dernières années, les bénéfices de la première révolution numérique, et au contraire, a accentué sa dépendance vis-à-vis des autres géants économiques.

De nos jours, une deuxième révolution numérique est en marche. Afin de tirer le meilleur parti de la révolution de l’IA, l’Afrique doit tirer deux leçons de l’échec de sa première révolution numérique.

Les pays africains doivent d’abord adopter, promouvoir le changement, et devenir donc de early adopters de nouvelles technologies.

Deuxièmement, ils doivent construire une infrastructure de qualité et renforcer une volonté d’innovation, adossée à un environnement réglementaire fertile. L’amélioration de l’infrastructure de connectivité en Afrique (avec l’électrification, qui parfois, fait encore défaut) est essentielle pour faciliter l’utilisation des nouvelles technologies dans l’éducation et notamment dans les villes secondaires et les campagnes. Les gouvernements, les entreprises et les organisations internationales pourraient collaborer pour étendre l’accès à l’internet haut débit et réduire la fracture numérique entre les zones urbaines et rurales.

Les dernières décennies ont montré une forte volonté des Africains d’innover et notamment dans le secteur de la téléphonie.

D’ici 2025, nous compterons plus de 613 millions d’abonnés mobiles en Afrique subsaharienne, ce qui en fera la zone de croissance la plus rapide pour la technologie mobile.

En 2020, près de la moitié de la population de l’Afrique subsaharienne était abonnée à la téléphonie mobile, et un tiers avait accès à l’Internet sur smartphone ; le secteur des technologies et des services mobiles contribuait, cette même année, à 8 % du PIB[1].  L’utilisation généralisée des téléphones mobiles en Afrique offre une opportunité d’apprentissage à distance et d’accès à l’information. Les applications éducatives mobiles, les messages texte éducatifs (écrits de préférence dans les langues maternelles) et les plateformes d’apprentissage en ligne accessibles depuis les appareils mobiles peuvent aider à étendre l’accès à l’éducation dans les régions où les infrastructures physiques sont limitées.

Des entreprises, leaders dans la technologie, misent déjà sur le continent africain.

Google a ouvert son premier AI Lab au Ghana, avec l’aide de Moustapha Cissé, natif du Sénégal, afin de mieux saisir les opportunités que l’IA pourrait avoir sur l’écosystème africain. IBM Research a également ouvert deux bureaux africains : l’un à Nairobi, au Nigeria et l’autre à Johannesburg, en Afrique du Sud.

Ce changement d’écosystème est une très bonne chose pour AI Research, car les grands centres d’innovation étaient principalement situés dans la Silicon Valley et en Chine.

Les pays les plus avancés en termes d’IA sont les pays anglophones et notamment le Kenya, le Nigeria et l’Afrique du Sud.

Ces trois pays bénéficient de solides pôles d’innovation soutenus avec de nombreux accélérateurs et incubateurs dans la région, comme Nailab, ou iHUB au Kenya, SPARK et 440NG au Nigeria, ou TechStars en Afrique du Sud. Ces pays s’appuient également sur des initiatives gouvernementales, telles que le village écosystémique avec de multiples espaces d’innovation, appelé « Innovation Village Kampala ».

L’Ouganda, le Ghana, le Rwanda, la Tanzanie et l’Éthiopie présentent eux-aussi un potentiel intéressant dans le secteur de l’IA.

L’Ouganda dispose d’un village destiné aux entrepreneurs, Innovation Village Kampala.

Au Ghana, le centre africain de recherche en intelligence artificielle (CAIR) a été créé en 2018. Ce centre a pour objectif de former des experts en IA et de développer des projets innovants dans différents domaines tels que la santé, l’agriculture et l’énergie.

En Afrique du Sud, l’Institut africain des sciences mathématiques propose une maîtrise en intelligence artificielle parrainée par Facebook et Google.

Depuis quelques années, les pays francophones (la Tunisie, l’Algérie, le Maroc, le Mali, le Sénégal, Cameroun, Côte d’Ivoire, Burkina Faso, la République du Congo et bien d’autres) se développent dans le secteur de l’IA.

Le Maroc a lancé, en 2019, son plan national pour l’IA, qui vise à former des experts en IA et à développer des projets innovants dans différents secteurs. Le plan prévoit également la création d’un écosystème favorable à l’innovation et à l’entrepreneuriat dans le domaine de l’IA.

La République du Congo a, de son côté, promulgué en mars 2023 un projet de loi portant création du Centre Africain de Recherche en Intelligence Artificielle (Caria). L’institution, dont la mise en œuvre est menée en partenariat avec la Commission économique des Nations unies, pour l’Afrique jouera un rôle académique et de recherche.

Le Sénégal a mis en place un « Institut des algorithmes », rassemblant les aficionados et autres passionnés du numérique

Les pays francophones évoluent cependant à un rythme plus lent que les pays anglophones pays en matière d’IA.

Julien Briot-Hadar
Expert indépendant en compliance est doté d’une expérience de plus de neuf années acquises dans différents secteurs d’activités (le financement de projets, l’énergie et le secteur bancaire), à l’international (France, Luxembourg, Maroc et Sénégal)

[1] GSMA, L’Économie mobile. Afrique subsaharienne 2021, Londres (www.gsma.com/mobileeconomy/wp-content/uploads/2021/09/GSMA_ME_SSA_2021_French_Web_Singles.pdf)

Julien Briot-Hadar

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