La France s’abîme aux plans économique et social. Tout le démontre et les gouvernants ne peuvent même plus aménager la réalité pour la présenter de manière moins sombres. L’abattement paralysé les énergies du pays. Le logement est sans doute le seul levier pour ranimer la flamme.
Bien peu osent le dire, moins nombreux encore sont ceux qui osent l’écrire: ce pays est désespérant. Les seuls qui peuvent encore espérer, croire en l’avenir, sont des chanceux et ils doivent le mesurer: le président d’une école qui contribue à donner un destin à des jeunes ou des moins jeunes se destinant aux métiers de la filière immobilière, une sage-femme qui fait naître des enfants, un médecin qui sauve, un religieux ont des preuves quotidiennes que l’énergie existe, que l’envie existe, que la salut existe. Les économistes, les entrepreneurs, les commerçants, les retraités, les salariés, les investisseurs, entendent chaque jour les pires annonces. Tous les fondamentaux de la France ont viré au rouge, la croissance, asthénique, tend vers 0. Le déficit se creuse inéluctablement et la seule façon de le maintenir dans des proportions que l’Europe puisse admettre, bien loin de la trajectoire à laquelle la France s’est engagée avec Michel Barnier puis François Bayrou Premiers ministres, consiste pour leur successeur à promettre du sang et des larmes à tous ou presque. La dernière cible, les APL (aides au logement), ne seront pas revalorisées du montant de l’inflation. En somme, l’effort des locataires éligibles va croître et l’amortisseur social sera moins efficace. Quand on voit comment se déroule les débats autour du projet de loi de relance et de décentralisation du logement, on pressent que les sacrifices ne vont pas s’arrêter là: derrière le discours au sommet de l’État qui pose le dossier du logement sur le dessus de la pile, la réalité va être d’une autre nature. Le programme de rénovation urbaine ANRU 3, qui devait être doté de 5 milliards, pourrait n’être simplement pas voté si l’on en croit le président de la commission des finances de l’Assemblée nationale. Quant au dispositif Jeanbrun d’amortissement des logements locatifs dans l’ancien, il risque de sortir de l’examen par les députés dépouillé de l’essentiel de son attractivité pour les investisseurs, à force d’obligations diverses et variées que des amendements vont lui associer. Enfin, la dotation à MaPrimeRénov est loin d’être garantie et c’est jusqu’à la pérennité de l’ANAH dont il est permis de douter dans ce contexte.
Bien au-delà du logement, dont une grande partie des acteurs souffre, les promoteurs, les constructeurs de maisons individuelles, les aménageurs, les rénovateurs, tout le tissu des entreprises est éprouvé. Les chiffres des défaillances repartent à la hausse, comme ceux des licenciements. Le moral des ménages s’assortit à celui des patrons, terne, et c’est jusqu’à la natalité qui en pâtit, les couples n’ayant plus le cœur à procréer. Comment le régime des retraites, fondé sur la solidarité intergénérationnelle, pourrait-il dans ces circonstances se rééquilibrer un jour, à quelque âge que les actifs soient autorisés à prendre leur retraite? Comme disent les jeunes, « C’est mort »…et c’est le cas de le dire. Les décideurs politiques ne gèrent plus que du négatif et plus aucun discours ne nous projette vers un certain avenir, dans aller vers une promesse d’avenir radieux -auquel plus personne ne croirait. Pour la première fois de l’histoire du pays, celles et ceux qui sont candidats à sa présidence endossent eux-mêmes cette nécessaire austérité, avec des nuances. Tel présidentiable soutient qu’il va effacer notre dette abyssale, mais qui ajoute foi à cet engagement de miracle? On le voudrait au fond, mais nous ne sommes pas seuls au monde et nous ne méritons pas les égards auxquels pourrait prétendre un pays en voie de développement et nous n’en bénéficierons pas.
À court terme, qu’est-ce qui leur redonner aux Français l’envie d’avancer, de faire des projets, de vivre en somme? L’alchimie des discours politiques ne marchera pas. La ferveur, l’enthousiasme ne se soulèveront pas. Les meilleurs orateurs échoueront. La parole politique est démonétisée. Aux leviers les plus puissants il faut du temps, au moins celui d’un quinquennat, pour refonctionner, le redressement du système éducatif, étai de la démocratie et de la République, la justice et ses moyens, l’aménagement du territoire et la réindustrialisation, la culture, l’identité et la souveraineté nationales, la fierté en un mot, tout cela prendra beaucoup de temps. Partout on sent cette lenteur, cette déprime qui retient le pays, émousse ses forces vives, cet abattement. Corriger les causes du déclassement français tous azimuts sera long.
Le logement peut instantanément recréer un élan. Aujourd’hui, la plupart des ménages peinent à se loger et ce qui devrait être un acte positif, même quand il doit résoudre une situation de vie malheureuse, une séparation ou un décès, devient un cauchemar. Sortir la France de ce cauchemar quotidien relève de l’urgence et peut déployer des effets sans délai. On sait également qu’elle richesse il créerait sans délai, en rentrées au cours même de l’exercice fiscal, plus que triple par rapport à l’effort budgétaire consenti, et en créations d’emplois. Qui le réalise dans la classe politique? Le ministre et quelques parlementaires spécialisés, bien sûr, mais ils sont bien seuls. Et parmi les candidats, des silences pesants sur leurs intentions pour le logement, au-delà des incantations, font douter de l’avenir de la politque du logement. Dimanche dernier, lors de son premier discours de campagne, une candidate a frappé un grand coup et a surpris ses compétiteurs, en décrétant le logement première cause nationale pour le cas où elle serait portée à l’Élysée. Son programme est une autre question, sachant qu’il comporte des mesures consensuelles et des marqueurs partisans, évidemment sujettes à critiques. On attend des autres candidats qu’ils commencent par dire avec sincérité qu’ils accordent la même place au logement que la première oratrice de la compétition.
Les patrons paternalistes du début du vingtième siècle et les pouvoirs publics à leur suite avaient compris que loger les ménages revenait à atteindre deux objectifs, les libérer de l’une des plus lourdes préoccupations, pour soi-même et pour ses enfants, et… les stabiliser et éviter les séditions et les grèves. Ils rejoignaient aussi les objectifs des hygiénistes du siècle qui avait précédé, visant à éradiquent l’indécence des logements causés de maladies mortelles, dont les tenants de la lutte contre le dérèglement climatique et les guerriers se mobilisent contre le mal logement sont les dignes héritiers. Bref, les décideurs actuels, qui balbutient sur le logement, quand ils ne se trompent pas, seraient bien inspirés de reprendre leur héritage. Le logement peut nous sauver du désespoir économique et social.
Henry Buzy-Cazaux,
président fondateur de l’Institut du Management des Services Immobiliers



















