En 2026, la France célèbre le 50e anniversaire de la parution du Mal français (1976) d’Alain Peyrefitte, un essai qui diagnostique avec lucidité des maux structurels de notre pays : une défiance généralisée, un État omnipotent et un corporatisme étouffant. Il en résulte une société incapable de libérer pleinement son potentiel.
Cinquante ans plus tard, le constat de Peyrefitte résonne toujours. La France reste un pays moyennement développé, où la défiance – envers l’État ou entre concitoyens – continue de freiner notre capacité à innover, à coopérer, et à prospérer.
Si le mal persiste, il convient de se tourner vers le remède conseillé par Peyrefitte en son temps : la confiance.
La confiance, tiers facteur immatériel oublié
Alain Peyrefitte, ministre et académicien, a passé sa vie à chercher le moteur du développement des sociétés. Il estimait que ni les ressources naturelles, ni le capital, ni même le travail ne suffisent à expliquer pourquoi certaines sociétés prospèrent tandis que d’autres stagnent. Pour lui, la réponse tient en un mot : la confiance.
Il ne s’agit pas d’une simple disposition morale, mais d’un capital commun invisible qui stabilise les engagements, écarte les incertitudes quant à l’avenir et permet aux individus de coopérer sans craindre la tromperie. Peyrefitte la définit comme un ethos de confiance compétitive : une culture où la responsabilité individuelle, la légitimité des institutions, et la coopération entre les acteurs sociaux deviennent des leviers de progrès.
Dans les sociétés en étant dépourvues – les sociétés de défiance – l’arbitraire remplace l’État de droit, la méfiance interpersonnelle étouffe l’initiative, et les corporations protègent des rentes de situation. Ces sociétés s’enferment alors dans un cercle vicieux, la méfiance entraînant une stagnation à l’origine d’une intervention publique croissante qui réduit à son tour les capacités d’innovation collectives.
La France, hélas, en est partiellement atteinte.
Un diagnostic toujours d’actualité
La France reste encore aujourd’hui un pays de défiance tout comme elle reste un pays modérément développé. La défiance s’exprime en premier lieu entre citoyens puisque seulement 26 % des Français pensent que l’on peut faire confiance à autrui contre 74 % des Danois[1]. Elle s’affiche également contre les pouvoirs publics puisque 71% des Français estiment que la démocratie ne fonctionne « pas bien » en 2025[2].
Parallèlement, la France occupe une position intermédiaire sur l’échelle du développement socio-économique. Parmi 34 membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), elle arrive ainsi 25ème en termes de PIB par habitant en 2023 et 23ème en terme d’Indice de développement humain (IDH) en 2021[3]. Elle se situe par ailleurs dans la moyenne des pays de l’OCDE dans les classements PISA[4].
Suivant la pensée d’Alain Peyrefitte, il y a une causalité entre ces deux faits, la défiance créant des freins au développement. Or, la défiance en France a été nourrie par un étatisme dont les germes remontent à l’époque de Louis XIV. La concentration des pouvoirs économiques et sociaux entre les mains de l’État est toujours actuel puisque les dépenses publiques représentaient 58,1% du PIB contre 49,8% en moyenne dans l’ensemble des pays de l’UE en 2022[5].
Et si la solution était dans nos mentalités ?
La pensée d’Alain Peyrefitte permet d’envisager la création d’un véritable pacte de confiance qui libérerait les énergies créatrices de notre pays.
Nous devons envisager de passer d’un État gérant à un État garant où le Parlement serait réhabilité et où l’inflation normative serait limitée.
Il faut accepter l’autonomie de la sphère économique. Cela passe par une réduction de la fiscalité pesant sur les entreprises et des subventions à la production et à la consommation.
Enfin, la confiance étant avant tout un pari sur les Hommes, une amélioration substantielle de notre système éducatif est nécessaire à son émergence.
En 1976, Peyrefitte écrivait : « Toute prise de conscience commence par un malaise, parce que nous nous sentons débusqués de notre confort et contraints à nous affronter nous-mêmes[6]. » Cinquante ans plus tard, ce message est toujours d’actualité.
Car le mal français n’est pas une fatalité. Il est le résultat de nos choix. Et si nous voulons en sortir, il nous faut enfin oser faire confiance – à nous-mêmes, aux autres, et à l’avenir.
François Corailler,
Juriste et auteur de Sortir du mal français : les leçons d’Alain Peyrefitte (à paraître prochainement).


















