Philippe Josse doit être naturellement salué comme un fonctionnaire exemplaire. En témoigne sa carrière, elle aussi exemplaire, notamment en qualité de directeur du budget de 2006 à 2011, puis de Président de la section des finances du Conseil d’ Etat depuis 2024. Mais ce n’est pas, pour ceux qui ont eu la chance de le côtoyer, ce qui vient d’abord à l’esprit. Nous avons avant tout l’impression d’avoir perdu un ami, bienveillant, attentif aux autres, fiable, dynamique, à la fois rigoureux et débonnaire, profondément sympathique.
Derrière l’apparence du parcours classique de Sciences po à l’ENA , on trouve en fait une rare diversité de talents et d’engagements, ainsi que la volonté farouche, pas si fréquente, d’œuvrer, sur le long terme, en faveur de l’intérêt général.
Reçu au concours d’administrateur du Sénat dans les années 80, il fut affecté à la commission des finances, puis au service de la séance. Beaucoup se seraient satisfaits d’une carrière aussi bien commencée. Mais, pour Philippe, il y a une chaîne familiale à poursuivre : Pierre Josse, son grand père, fut président de section au Conseil d’Etat et avait été le commissaire du gouvernement dans l’affaire « Chambre syndicale du commerce en détail de Nevers », en 1930. Paul Josse, son père, fut ingénieur des ponts et chaussées et maire de Saintes de 1971 à 1977. Une autre branche de sa famille le rattache fortement au Conseil d’Etat : celle du président Bouffandeau, légendaire pour sa faconde autant que par sa science !
Sans doute cette tradition familiale explique-t-elle un choix courageux : renoncer à une carrière de fonctionnaire parlementaire pour passer le concours de l’ENA qu’il intègre en 1994 (promotion Victor Schoelcher ). Directeur-adjoint de cabinet auprès des ministres du budget Alain Lambert et Jean-Louis Borloo, puis directeur de cabinet de Jean-François Copé (2004-2006), il a participé, depuis les cabinets ministériels, au lancement de la LOLF (loi organique du 1 er aout 2001 relative aux lois de finances), cadre budgétaire rénové de l’action de l’Etat.
La mise en œuvre à partir de 2005, d’une réforme aussi inédite qu’importante lui doit beaucoup.
Nommé directeur du budget en 2006, il occupe cette fonction jusqu’en 2011, avant de réaliser ce qui est sa grande ambition (au sens premier et noble du terme) : intégrer le Conseil d’Etat.
Il exerce d’abord son zèle et ses talents à la section du contentieux. En 2018, il rejoint la section des finances comme président adjoint, avant d’être nommé président de cette section en 2024, date à laquelle il succède à Jean Gaermynck.
Dans toutes ses fonctions, Philippe Josse a su demeurer à l’ écoute de ses interlocuteurs et se départir de tout a priori. Il n’a jamais cherché à se mettre en avant. Il associait sa forte expérience administrative d’ancien directeur du budget à un immense bon sens et à une grande sensibilité aux aspects humains des politiques publiques.
Esprit brillant, volontiers anti conformiste, sensible aux idées nouvelles pourvu qu’elles soient opérationnelles, Philippe Josse tirait inlassablement la sonnette d’alarme sur le retard pris par la croissance de l’économie sur l’augmentation des dépenses publiques et plus particulièrement des dépenses sociales. Il concourut de toutes ses forces aux tentatives de règlement des problèmes budgétaires de 2024 et 2025
il doit être l’un des rares , sinon le seul, au niveau qui était le sien, à maîtriser toute la panoplie des métiers budgétaires en agrémentant de tant d’humour une extrême compétence et un extrême dévouement. L’un de ses innombrables bons mots nous revient à l’esprit : appeler le « power point » « pauvre point » .
Son apport à la doctrine est non moins indéniable : en faveur de la pluriannualité budgétaire ( RFFP 2022 n° 158), sur le rôle consultatif du Conseil d’Etat ( RFFP 2023 n° 164) ou par sa participation au think tank Fondafip aux côtés de Michel Bouvier et de Marie Christine Esclassan .
Au-delà de ses qualités et de sa constante implication dans les affaires publiques, Philippe laisse de lui l’image de la simplicité du juste, de la capacité d’écoute du sage, de la placidité et de l’immédiate sympathie qu’il suscitait. A son épouse, à sa famille, à ses amis et collègues, nous disons combien nous partageons leur peine.
Jean Pierre Camby
Jean Éric Schoettl
crédit photo: la politique publique de l’eau vue par Philippe Josse, Conseil d’Etat, YouTube


















