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dans International, N°1118

Quel bilan dresser de la première année du second mandat de Donald Trump ?

Karl HofmannParKarl Hofmann
24 septembre 2026
Quel bilan dresser de la première année du second mandat de Donald Trump ?
Analyse

La première année du second mandat de Donald Trump offre un bilan contrasté, mêlant ruptures assumées et fragilisation des équilibres institutionnels. Entre réorientation stratégique, tensions internationales et controverses internes, sa présidence interroge durablement les fondements du leadership américain et la stabilité démocratique.

Une évaluation équilibrée de la première année du second mandat du président Donald J. Trump ferait apparaître à la fois certains succès et de nombreux échecs. Ses niveaux d’approbation historiquement faibles au sein de la population américaine en témoignent.

Les élections de mi-mandat prévues en novembre 2026 devraient, si les tendances historiques se confirment, constituer un désaveu marqué pour le parti présidentiel et un référendum indirect sur Donald Trump lui-même.

Les Américains, quelle que soit leur sensibilité politique, consacrent une part disproportionnée de leur attention à analyser ou à réagir aux actions du président – ce que ce dernier considérerait sans doute comme une forme de réussite : il capte l’imaginaire collectif. Toutefois, cela ne saurait constituer une véritable philosophie de gouvernement, ni être à la hauteur de ce qui demeure l’une des fonctions politiques les plus puissantes au monde.

DES RÉUSSITES RÉELLES MAIS AMBIVALENTES

Donald Trump a remis en cause un grand nombre de postulats – y compris certains fondés. En bousculant les normes et en renversant des certitudes établies, il a ouvert la voie à une réflexion renouvelée sur le système politique américain et sur les modalités d’exercice du pouvoir à l’échelle internationale.

Il a également mis en évidence les risques d’une dépendance excessive à l’égard des États-Unis, amorçant ainsi une possible évolution vers davantage d’autonomie dans les relations internationales. Ses pressions sur les alliés de l’OTAN afin qu’ils augmentent leurs dépenses de défense, bien que formulées de manière brutale, ont produit des effets tangibles. De même, la remise en cause des circuits traditionnels de l’aide internationale, notamment en Afrique, au profit d’accords bilatéraux exigeant une plus grande implication financière des États bénéficiaires, mérite d’être relevée.

Le président s’est par ailleurs distingué par une accessibilité remarquable aux médias, américains comme internationaux. Si cette proximité s’est parfois traduite par des prises de position confuses ou préjudiciables, elle pourrait néanmoins redéfinir les standards futurs de communication politique. Sa disponibilité, y compris par des canaux informels, témoigne d’une volonté d’incarner une forme de proximité avec une partie de la population, dans la lignée de certains dirigeants populistes contemporains.

Enfin, Donald Trump a introduit des questionnements nouveaux dans le champ des relations internationales, remettant en cause des équilibres longtemps considérés comme intangibles. Cette disposition à envisager des configurations inédites constitue un facteur de déstabilisation pour des institutions souvent conçues pour préserver le statu quo plutôt que pour encourager la transformation.

Il convient également de souligner le rétablissement du contrôle de la frontière sud des États-Unis, confrontée ces dernières années à un afflux massif de demandeurs d’asile venus du monde entier, situation susceptible de fragiliser le consensus traditionnel en faveur d’une immigration régulée.

DES ÉCHECS NOMBREUX ET STRUCTURANTS

Cependant, les modalités de mise en œuvre de cette politique ont souvent été contre-productives, voire contraires aux principes constitutionnels, transformant des avancées potentielles en revers durables.

Le président a profondément fragilisé plus de huit décennies de coopération transatlantique en matière de sécurité, au bénéfice des adversaires stratégiques des États-Unis. Dans le contexte de la guerre en Ukraine, son incapacité à tenir ses engagements de résolution rapide du conflit, conjuguée à une posture ambiguë, a contribué à renforcer la position de la Russie.

La remise en cause brutale du système d’aide internationale américain a mis en péril des avancées majeures en matière de développement humain et de santé mondiale. L’intervention du « Department of Government Efficiency » (DOGE), confié à Elon Musk, au sein de l’USAID, s’est traduite par des conséquences humaines significatives et durables.

Sur le plan institutionnel, Donald Trump a rompu avec des traditions fondamentales en considérant que le Département de la Justice devait servir prioritairement ses intérêts personnels, notamment dans la poursuite de ses opposants politiques. Si ces tentatives ont largement échoué, elles n’en constituent pas moins une remise en cause préoccupante de l’État de droit.

Malgré son discours en faveur de la paix, le président a adopté une posture internationalement offensive, parfois perçue comme impérialiste. Ses déclarations concernant le Groenland ont fragilisé les relations avec le Danemark, tandis que ses initiatives au Venezuela ou à Cuba ont suscité de vives critiques. Son action militaire contre l’Iran marque une inflexion particulièrement significative.

Par ailleurs, la confusion entre intérêts publics et intérêts privés constitue l’un des traits les plus problématiques de sa présidence. L’utilisation de la fonction présidentielle à des fins personnelles ou familiales, dans un cadre marqué par une forte opacité, interroge profondément les standards éthiques du pouvoir exécutif.

Le contrôle exercé sur la majorité républicaine au Congrès a affaibli les mécanismes de contre-pouvoir, essentiels au fonctionnement du système constitutionnel américain. En contournant le Congrès sur des questions majeures, notamment militaires, Donald Trump contribue à redéfinir l’équilibre des pouvoirs.

Son attitude à l’égard de ses opposants et de certains agents publics, marquée par une rhétorique agressive et disqualifiante, contraste avec les exigences d’un leadership fédérateur. Cette personnalisation extrême du pouvoir fragilise la cohésion nationale.

Sur le plan économique, la combinaison de baisses d’impôts ciblées et d’une augmentation des dépenses publiques, notamment militaires, a accentué les déséquilibres budgétaires. Les promesses de réduction massive des dépenses se sont révélées largement irréalistes.

Enfin, certaines décisions en matière de santé publique et de recherche scientifique ont contribué à affaiblir des secteurs clés de la puissance américaine, tout en alimentant un début de fuite des talents.

La politique migratoire, enfin, a donné lieu à des pratiques contestées, notamment des interventions musclées des forces fédérales, suscitant un débat intense sur leur conformité aux principes fondamentaux de l’État de droit.

Les échecs de la première année du second mandat de Donald Trump tendent à l’emporter sur ses réussites. Ils contribuent à forger une image durablement négative de sa présidence, au moment même où les États-Unis s’apprêtent à célébrer le deux cent cinquantième anniversaire de leur indépendance.

L’histoire américaine a déjà connu des périodes de tensions, d’injustices et de divisions profondes. Elle suggère que les institutions sauront résister à cette nouvelle épreuve. Il n’en demeure pas moins que l’avenir aurait été plus serein si le président avait accordé autant d’attention à l’intérêt général et aux principes fondateurs de la nation qu’à ses intérêts propres.

Karl HOFMANN,
CEO HealthX Partners. Ancien chef de mission adjoint à l’Ambassade des États-Unis en France

crédit photo: Source : Rawpixel.com / Shutterstock.com

 

Karl Hofmann

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