Organisé par la Revue Politique et Parlementaire en partenariat avec l’European Foundation for Democracy, sous le haut patronage de M. Loïc Hervé, vice-président du Sénat, le colloque tenu le 4 juillet 2026 au Palais du Luxembourg a réuni experts, universitaires, responsables politiques et observateurs de la région afin d’analyser les profondes recompositions stratégiques à l’œuvre au Moyen-Orient. Après une introduction de Patrick Tivollier, directeur éditorial de la Revue Politique et Parlementaire, les débats se sont articulés autour de deux tables rondes consacrées, d’une part, aux conséquences de la guerre entre les États-Unis et l’Iran et, d’autre part, aux perspectives de paix entre le Liban et Israël.
Une première table ronde consacrée aux recompositions régionales
Modérée par l’essayiste et journaliste Brice Couturier, la première séquence, intitulée « Vers la fin de l’hégémonie de la République islamique d’Iran ? », a permis de confronter plusieurs lectures des transformations en cours dans l’espace proche-oriental. Brice Couturier a introduit les échanges en soulignant le caractère inédit de la période actuelle, marquée à la fois par l’affaiblissement relatif de certains acteurs traditionnels et par l’émergence de nouveaux rapports de force.
David Rigoulet-Roze a dressé le constat d’un Iran à la fois fragilisé et résilient. Si le régime apparaît affaibli économiquement et confronté à des difficultés internes croissantes, il conserve néanmoins des capacités militaires significatives et continue de s’appuyer sur un puissant ressort nationaliste. L’intervenant a également mis en évidence la remise en question du rôle traditionnel des États-Unis dans la région et l’apparition de nouvelles configurations sécuritaires impliquant notamment les monarchies du Golfe et le Pakistan.
Elizabeth Sheppard-Sellam a, quant à elle, insisté sur les ambiguïtés de la politique américaine. Selon elle, Washington demeure partagé entre la volonté de contenir durablement la menace iranienne et une tentation de désengagement nourrie par les contraintes politiques intérieures. Elle a également souligné que, malgré certaines divergences tactiques entre Donald Trump et Benyamin Netanyahou, les États-Unis et Israël continuent de converger sur un objectif central : empêcher l’Iran d’accéder à la capacité nucléaire militaire.
Le général Philippe Sidos a enfin apporté un éclairage plus opérationnel, estimant que le conflit avait démontré la capacité de résilience de l’Iran et mis en lumière certaines limites de la stratégie américaine dans la région. Son intervention a également permis d’évoquer les difficultés rencontrées par la FINUL au Sud-Liban, confrontée à un environnement sécuritaire complexe et à la persistance de tensions entre Israël et le Hezbollah.
La paix entre le Liban et Israël : entre espoir et incertitudes
La seconde table ronde, consacrée aux perspectives de paix entre le Liban et Israël, était modérée par Roberta Bonazzi, directrice de l’European Foundation for Democracy. Introduisant les échanges, elle a rappelé que la question de la paix ne pouvait être dissociée des transformations géopolitiques plus larges affectant l’ensemble du Moyen-Orient et de la nécessaire articulation entre sécurité, souveraineté et réconciliation politique.
Hanin Ghaddar a placé au cœur de son intervention la question du désarmement du Hezbollah, présenté comme une condition indispensable à toute stabilisation durable du Liban. Elle a souligné l’ampleur de l’influence exercée par le mouvement au sein des institutions et de la société libanaises, tout en s’interrogeant sur les conséquences d’un affaiblissement durable du soutien iranien.
Maya Khadra a adopté une approche davantage politique et sociétale, insistant sur la nécessité de déconstruire les préjugés qui continuent d’alimenter les antagonismes régionaux. Plaidant pour une paix fondée sur la raison, la confiance mutuelle et le respect des souverainetés, elle a présenté plusieurs pistes visant à favoriser une normalisation progressive des relations entre le Liban et Israël.
Enfin, le député libanais Georges Okais a rappelé que toute perspective de paix durable supposait le plein rétablissement de la souveraineté libanaise, le désarmement du Hezbollah et la fin de toute forme de tutelle ou d’ingérence extérieure. Il a insisté sur la vocation du Liban à demeurer un espace de pluralisme et de dialogue, refusant qu’il puisse devenir le théâtre permanent des rivalités régionales.
Conclusion
Au terme des débats, les participants ont convergé sur un constat : le Moyen-Orient entre dans une nouvelle phase de recomposition dont les contours demeurent encore incertains. Si certains signes d’apaisement peuvent être observés, les fragilités restent nombreuses et les conditions d’une paix durable apparaissent encore largement à construire. La question posée en ouverture du colloque demeure ainsi entière : la trêve actuelle constitue-t-elle le prélude à une nouvelle confrontation ou peut-elle ouvrir la voie à une paix durable entre les peuples de la région ?
Marc Chami



















