Un pas vers le care : projet de résolution à l’Assemblée pour la création d’une Agence gouvernementale d’évaluation des approches complémentaires et des dérives thérapeutiques

Après le succès du livre collectif « Médecines Complémentaires et Alternatives. Pour ou Contre ? », publié chez Michalon en 2019 et les débats qu’il a suscités, les trois co-directeurs de l’ouvrage, Véronique Suissa, docteur en psychologie clinique, Serge Guérin, Sociologue et professeur à l’Inseec U. et Philippe Denormandie, neuro-chirurgien, ont décidé de lancer l’Agence des Médecines Complémentaires et Alternatives (A-MCA) (https://www.revuepolitique.fr/medecines-complementaires-et-alternatives-mca-pour-un-observatoire-national-des-pratiques/). La décision fut prise après un entretien avec le Professeur Salomon, patron de la Direction Générale de la Santé (DGS), en juillet 2020.

Avant cette rencontre les trois auteurs avaient organisé, avec le soutien de la DGS et la participation de la Mission interministérielle de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), un colloque au ministère de la santé. Comme pour l’ouvrage, il s’agissait de débattre et de permettre des « regards croisés » sur enjeux, problématiques et risques des usages et du déploiement des médecines complémentaires et alternatives. C’était la première fois qu’un colloque sur ce thème fut mené avenue de Ségur. D’autres débats et rencontres se sont déroulés à travers la France. Un colloque sur « MCA, prévention et vieillissement » devait se tenir aussi à l’assemblée nationale sous le patronage de la députée Jeanine Dubié. Le premier confinement en décida autrement. Mais la demande sociale pour une organisation pouvant fédérer les réflexions et les actions autour de la santé intégrative, loin de s’étioler avec la catastrophe pandémique, s’est au contraire renforcée. Pour conduire à la création de l’Agence.

Association ni partisane ni dogmatique, l’Agence se positionne comme un pôle de réflexions, d’informations et d’actions en faveur d’une intégration cohérente, structurée et sécurisée des MCA. Mais face aux dérives thérapeutiques et/ou sectaires que peuvent entraîner le recours à certaines de ces pratiques, elle défend une ligne d’action très claire : « favoriser l’essor des pratiques complémentaires adaptées tout en luttant contre les méthodes alternatives et les dérives en santé ». L’agence est dirigée par Véronique Suissa et présidée par Serge Guérin. La direction scientifique est assurée par le Pr Antoine Bioy, Conseiller à l’UNESCO.

Concrètement, l’idée des fondateurs et des experts, chercheurs et acteurs de terrain qui les ont rejoints, est de développer le soin relationnel et non médicamenteux et de mieux articuler le cure et le care. Il s’agit de structurer ce champ dans la société à partir d’une double dynamique d’intégration/vigilance.

À la fois think thank et do-thank, les réflexions de l’A-MCA sont très transverses (scientifiques, institutionnelles, sociétales) et les actions multiaxiales (débats, expérimentations, publications, formations, etc.). Toutes les initiatives de l’A-MCA s’adressent à la société dans son ensemble et à tous les contextes : prévention, santé, maladies physiques et/ou mentales, handicap, vieillissement normal et pathologique…

L’ A-MCA bénéficie du soutien et de l’implication de plus de 30 organisations majeures comme le Réseau Francophone Villes Amies des Aînés, France-Alzheimer, Siel Bleu, la, des Universités nationales et internationales, etc.

Un comité d’experts divisé en trois pôles (réflexion, actions, information), impliquant plus de 100 personnalités qualifiées, se déploie en soutien de l’Agence. Le pôle réflexion compte, par exemple, les professeurs en médecine Julien Nizard et Gilles Berrut, les acteurs associatifs Jean-Michel Ricard, président et co-fondateur de Siel Bleu et Joël Jaouen, président de France Alzheimer, les députés Philippe Berta, professeur de génétique, Jeanine Dubié, ancienne directrice d’EHPAD, Agnès Firmin Le Bodo, pharmacienne d’officine, Laurence Vanceunebrock, œuvrant contre les «  thérapies de conversion », Cédric Villani, médaille Fields ou encore Jean Gatel, ancien ministre de l’économie sociale et Myriam El Khomri, ancienne ministre du travail et auteure du Rapport sur les métiers du grand âge… L’enjeu est d’asseoir l’action de l’Agence pour que la dimension scientifique et expérientielle soit au cœur des travaux et des contributions de l’association. La dimension expérientielle est encouragée à travers le Réseau Citoyen des MCA impliquant une commission citoyenne (usagers, patients, médecins, publics informés, professionnels de santé, etc.) présidé par Bernard Denis, président de l’Union Francophone des Patients Partenaires (UFPP).

L’A-MCA s’inscrit dans un mouvement de démocratie en santé pour faire de chaque individu – y compris patients, aidants ou soignants – des citoyens de la santé, de la solidarité et de la prévention.

Cette démarche s’inscrit dans les enjeux de renforcement de la santé publique. Elle entend faciliter le pouvoir d’agir des citoyens malades ou non, se posant ainsi comme structure accompagnant toute personne recherchant une meilleure qualité de vie ou toute entité de droit privée ou publique œuvrant dans le domaine du care.

En dehors de la réflexion menée par les groupes de travail qui a permis de publier son premier rapport, préfacé par le professeur en éthique médicale, Emmanuel Hirsch, l’Agence a développé ses premières actions d’accompagnement de structure de soin souhaitant structurer la mobilisation de certaines médecines complémentaires. Elle a aussi organisé, le 22 février dernier, un colloque, parrainée par la députée Laurence Vanceunebrock, intitulé « Lutter contre les dérives en santé ». Cette manifestation avait reçu le soutien et la participation de la Miviludes et l’intervention de nombreux chercheurs et acteurs engagés contre les dérives sectaires et les dérives thérapeutiques.

En conclusion de ce colloque, la députée Agnès Firmin Le Bodo a proposé la création d’une agence gouvernementale d’évaluation des médecines complémentaires et de contrôle des dérives thérapeutiques. Une tribune publiée par Le Monde, signé par des élus, des professeurs de médecine et des associatifs, est venue renforcer cette initiative (https://static1.squarespace.com/static/5f36552f3d56cc5682e4241c/t/604c53ae652486643e6916a5/1615614895598/Tribune+le+Monde+MCA.pdf).

Dans la dynamique, des parlementaires ont déposé une résolution en faveur de la transformation de l’A-MCA en une agence gouvernementale d’évaluation des approches complémentaires adaptées et de contrôle des dérives thérapeutiques et des pratiques alternatives (https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/textes/l15b3994_proposition-resolution).

Au-delà du projet des députés, c’est bien la prise en compte d’un fait social (engouement d’une large partie des Français, risques de dérives en santé, mouvement vers une complémentarité du cure et du care, désir d’être plus écouté…) qui est la marque de cette initiative. La société bouge et la catastrophe pandémique a aussi bousculé les certitudes et les habitudes au regard de la santé au sens global.

Il est heureux que la représentation nationale s’en saisisse. La dynamique du care est une réalité qui se traduit aussi par le développement du soin relationnel, l’attention au bien-être et la volonté d’une part croissante de la population d’agir en prévention et en santé.

Véronique Suissa, Docteur en psychologie clinique
Serge Guérin, Sociologue et professeur à l’Inseec U.
Co-directeurs de l’ouvrage « Médecines Complémentaires et Alternatives. Pour ou Contre ? », publié chez Michalon en 2019