Il fallait oser. Se féliciter par avance d’une chute « assez drastique » du taux de réussite au Diplôme national du Brevet – DNB -, comme si l’échec annoncé de dizaines de milliers de collégiens constituait une victoire politique, relève d’un renversement des valeurs aussi inquiétant que révélateur.
En prédisant une baisse de près de 10 points du taux de réussite lors d’une récente interview au groupe Ebra, le ministre de l’Éducation nationale ne décrit pas seulement une évolution statistique : il entérine, et pire, revendique un recul.
Depuis quand un système éducatif digne de ce nom se satisfait-il de faire moins bien ? Depuis quand un ministre considère-t-il que réduire le nombre de reçus et de mentions est un objectif en soi ? Derrière cette communication se dessine une vision brutale de l’école : une école qui trie davantage qu’elle n’émancipe, qui sanctionne davantage qu’elle n’accompagne.
Car enfin, de quoi parle-t-on ? D’élèves de 14 ou 15 ans, dont une partie a déjà été fragilisée par des années marquées par des crises successives – sanitaire, sociale, psychologique. D’élèves dont on sait que les inégalités d’apprentissage se creusent, que le climat scolaire se dégrade, que la santé mentale vacille.
Les chiffres sont éloquents et traduisent un véritable séparatisme social : 97 % des élèves issus des milieux favorisés obtiennent leur DNB quand à peine 80 % d’élèves issus des milieux défavorisés le réussissent. Autrement dit, les élèves les plus pauvres échouent deux à trois plus souvent que ceux plus favorisés.
Et face à cela, quelle réponse ? Une forme de satisfecit ministériel anticipé devant leur probable échec.
Le ministre invoque la nécessité de « préparer un examen » et demande la mise en place systématique d’une semaine de révisions. Mais cette annonce sonne creux. Comme si une semaine suffisait à compenser des années de sous-investissement, de classes surchargées et de manque criant de personnels éducatifs. Comme si la réussite ou l’échec ne reposait que sur la seule responsabilité des collégiens, sommés de « prendre conscience », pendant que l’institution se défausse.
Ce discours n’est pas seulement maladroit : il est dangereux. Il instille l’idée que l’échec serait une étape nécessaire pour « rehausser le niveau », comme si la difficulté devait être artificiellement accrue pour être crédible. Or, un examen n’a de valeur que s’il mesure des acquis réels dans un cadre juste, pas s’il devient un instrument de communication politique.
Plutôt que de se réjouir d’une baisse annoncée, le ministre devrait s’interroger sur ses causes profondes. Pourquoi les élèves des milieux défavorisés réussissent-ils moins bien ? Quels moyens supplémentaires ont été donnés aux établissements pour accompagner les plus fragiles ? Quelle politique de réduction des inégalités scolaires est réellement mise en œuvre ? Sur ces questions essentielles, le silence ministériel est assourdissant.
Faire de la baisse du taux de réussite un marqueur d’exigence est une illusion commode. La véritable exigence, c’est de donner à chaque élève les moyens de réussir. Pas de se préparer à expliquer pourquoi ils échouent davantage.
À défaut, ce ne sont pas seulement les résultats du brevet qui chuteront. C’est la confiance dans l’école publique, déjà maltraitée, qui continuera de s’éroder.
Yannick TRIGANCE
Secrétaire national PS Éducation
Conseiller régional Ile-de-France


















